OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Les opérateurs parasitent le WiFi http://owni.fr/2011/09/19/les-operateurs-parasitent-le-wifi/ http://owni.fr/2011/09/19/les-operateurs-parasitent-le-wifi/#comments Mon, 19 Sep 2011 09:19:28 +0000 Ophelia Noor http://owni.fr/?p=79770

Les opérateurs ont prévu d’occuper durablement la bande WiFi, car ces fréquences libres leur offrent la possibilité de réaliser des économies substantielles. Dans le même temps, ils gardent le contrôle exclusif des fréquences GSM, 3G et 4G, payées à prix d’or, refusant, autant que les États, leur libre utilisation.

Le 15 septembre dernier, Orange, SFR, Bouygues Télecom et Free, déposaient leurs candidatures à l’ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes) pour l’achat de la première des deux fréquences 4G.

Certes la 4G sera plus performante sur Internet mais ne suffira pas à absorber un trafic mondial, qui doublera tous les ans jusqu’en 2015. Tenus à des obligations de qualité de service, et accrochés à leurs rentes, ils doivent rapidement trouver des solutions de repli.

Sébastien Crozier, élu CFE CGC Orange-France Télécom, confirme :

Le pire ennemi pour les opérateurs mobile c’est Internet. Les smartphones on fait exploser le trafic data [internet sur mobile]. Pour tenir le choc, nous devons nous délester sur des technologies de type WiFi.

Une solution avantageuse pour les opérateurs. Elle ne nécessite pas d’investissements dans de nouvelles infrastructures. Le réseau WiFi est déjà déployé sur les box Adsl de millions d’utilisateurs de l’Internet fixe, les hotspots en ville, les réseaux municipaux, commerçants, associatifs. “Les opérateurs se sont très vite inspirés de ces réseaux alternatifs au début des années 2000, raconte Laurent Guerby du réseau associatif toulousain Tetaneutral, en créant eux aussi des hotspots et en intégrant le WiFi sur leurs box”.

Préserver la neutralité du Net : l’argument bien pratique

Jusque-là, faire fonctionner les réseaux de façon centralisée avec un point de passage obligé – l’antenne relai – a permis aux opérateurs de contrôler tout le trafic cellulaire et maximiser leurs profits. En bons net-goinfres, ils ne veulent pas ré-investir dans le réseau 3G saturé et vont utiliser les fréquences libres et les technologies sans fils qui assureront leur avenir à moindres frais. Dans le même temps, la croissance exponentielle du trafic, va leur apporter des revenus colossaux : l’internet de demain sera mobile, avec les deux tiers du trafic en vidéo et 7 milliards de terminaux mobiles prévus pour 2015. Ils vont même plus loin, comme l’explique Sébastien Crozier :

Que voulez-vous qu’on fasse ? Si nous ne pouvons pas répartir le trafic sur les bandes de fréquences WiFi nous seront obligés de filtrer les contenus sur l’internet mobile pour mieux gérer les volumes de data sur le réseau. Et adieu la neutralité du Net !

Leur utilisation du WiFi permettrait donc de préserver… la neutralité du Net. “Le filtrage ne leur permettait de gagner que 10% de capacité sur 4 mois. Nous leur disions depuis trois ans que la seule solution à long terme était l’investissement, explique Benjamin Bayart, président du FAI associatif French Data Network (FDN). Or ils ne veulent pas redimensionner le réseau GSM/3G qui leur coûterait des milliards et le WiFi reste leur meilleur plan. Si cela se dénoue comme ça, ce n’est pas si mal pour les réseaux.”

Chez Orange ou Free, on l’admet sans détour :

Nous n’avons aucun droit sur les fréquences WiFi

Comprendre : nous avons autant de droits que les autres mais pas de droits exclusifs comme sur les fréquences des technologies 3G et 4G. Car n’importe qui peut utiliser les bandes de fréquence WiFi, de manière libre, gratuite. L’ironie, c’est que ces petites “junk band”, laissées libres et gratuites par les États depuis une vingtaines d’années, vont littéralement sauver les opérateurs qui vont intégrer durablement ces technologies sans fils alternatives à leurs réseaux. La candidature de Free à l’Arcep en 2009 [pdf], révélait déjà cette orientation, avec l’utilisation du réseau WiFi et de femtocellules sur les box. Une belle manière de tirer parti d’un bien commun dans le but de préserver leurs rentes.

Le squat d’un bien commun sans contre-partie ?

L’utilisation commerciale des bandes de fréquences libres n’est donc pas interdite, mais leur exploitation par les poids lourds de la téléphonie mobile sera quelque peu délicate à faire passer sans compromis. Partout dans le monde, des réseaux alternatifs, des administrations ou des commerçants, proposent depuis dix ans des espaces de communication libres et gratuits. Des entrepreneurs, des chercheurs, des hackers innovent sans cesse sur les technologies WiFi qui représentent un marché dynamique composé de modèles économiques variés et souvent porteurs de valeurs universelles. Et des clients de voiP comme Skype ou Fring permettent déjà de communiquer gratuitement ou à très faibles coûts en se passant des opérateurs.

“Il existe déjà une solution simple à mettre en place pour les contourner : libérer les points d’accès WiFi, explique Benjamin Bayart. Il suffirait d’enlever tous les mots de passe et identifiants, la bande passante serait vraiment accessible partout. Cela permettrait de passer des appels en local avec un client de voIP, en restant dans un lieu fixe. Le souci, vous diront-ils, c’est que c’est incompatible avec Hadopi par exemple.” Ou les lois sécuritaires votées en 2006. Des opérateurs qui n’hésitent pas à s’abriter derrière la loi quand leur modèle économique est menacé.

Le cabinet finlandais Notava, expert en “data offloading”, notait en 2010 dans son étude sur la croissance du trafic Internet sur mobile :

Les opérateurs qui n’adoptent pas la technologie WiFi, perdront le contrôle d’une part importante du trafic data mobile et des revenus qui y sont attachés.

Si les opérateurs squattent les fréquences libres, ce n’est pas pour sauver la neutralité du net mais assurer leur avenir et conserver leur monopole. En attendant, la société civile se voit refuser l’utilisation libre de l’ensemble des fréquences du spectre radio, et proposer des offres forfaitaires toujours aussi élevées sur les mobiles…

“Si nous étions dans une situation de libre concurrence, ajoute Benjamin Bayart, on pourrait imaginer une baisse de prix. Or ce n’est pas le cas actuellement. Sauf si un quatrième opérateur venait changer les règles du jeu en cassant les prix pour cette raison là.”


Crédits illustrations: Loguy pour Owni /-)
Crédits photo, via Flickr : Dominic Alves [cc-by-nc-sa]

À lire aussi, notre dossier sur le WiFi libre

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Puisque personne ne veut fibrer nos bleds, pourquoi ne le fait-on pas nous-mêmes ? http://owni.fr/2010/10/17/puisque-personne-ne-veut-fibrer-nos-bleds-pourquoi-ne-le-fait-on-pas-nous-memes/ http://owni.fr/2010/10/17/puisque-personne-ne-veut-fibrer-nos-bleds-pourquoi-ne-le-fait-on-pas-nous-memes/#comments Sun, 17 Oct 2010 08:12:12 +0000 Jean-Michel Billaut http://owni.fr/?p=31690

Je me permets de vous livrer quelques élucubrations dominicales sur ce thème combien important… En tout cas à mes yeux…

1/ Tout un chacun – à part mon ami Louis Naugès et quelques autres papies irréductibles - s’accorde à penser qu’un réseau de télécommunications à TRÈS haut débit à base de fibre optique est indispensable pour le futur du pays. Indispensable pour tout le monde… Villes ET surtout campagnes.

2/ On met en place actuellement des politiques, des stratégies, on racle des fonds de tiroir. On se remue de-ci de-là… Ce n’est jamais facile en France de mettre tous les clans gaulois en ordre de marche pour aller dans le même sens (en Belgique non plus remarquez, ce n’est pas facile.)

3/ Mais personne ne s’occupe vraiment des campagnes. On est à peu près sûr que nos mégapoles vont être fibrées par nos aimables opérateurs privés… Enfin, on peut se convaincre qu’elles vont l’être dans les décennies à venir. Par contre, nos bleds dans nos magnifiques campagnes : nada… Les opérateurs privés, plutôt intéressés par l’évolution de leur cours de bourse, ne sont pas prêts de sortir des fortifs parisiennes et de nos autres grandes villes. Et savez-vous combien de bleds de moins de 5.000 habitants il y a en France ? Quelque 35.000…  Et il me semble que c’est surtout les habitants de ces 35.000 bleds qui ont le plus besoin de très haut débit, que ceux des mégapoles… Curieux quand même : ceux qui en auraient le plus besoin, on les renvoie dans leurs étables. Alors que l’on supprime la médecine de proximité, des bureaux de poste, des écoles, etc. Alors que le TRÈS haut débit permettrait de remplacer avantageusement ce que l’on nous supprime, sous prétexte que c’est trop cher, que l’État n’a plus un sous, blabla…

4/ Conclusion qui me vient à l’esprit : dans ce cas, pourquoi on ne fibre pas nous-mêmes nos campagnes et nos bleds ???

5/ Pas simple allez-vous me dire… Pas simple du tout, en effet… D’abord les Gaulois ne sont pas trop habitués à prendre leur destin en main. Ils attendent que cela leurs tombe tout crû dans la bouche. Chacun vit dans son coin, en mode silo… Et pourtant dans nos campagnes, on a des pelles, des tracteurs… et des trancheuses de trottoirs et de rues (et il doit rester quelques fourches dans les greniers, au cas où). Bref de quoi mettre en œuvre un réseau optique de fibres noires.

6/ Pas simple non plus la technologie pour mettre en œuvre un réseau optique rural… Mais avec de la persévérance. On n’a pas besoin d’X-Telecom qui vont complexifier le problème, ni d’énarques qui vont s’égarer dans des considérations diverses autant que variées. On veut de la fibre et du très haut débit. Point barre. Je me permets de vous donner une marche à suivre, en tout cas celle que nous essayons d’appliquer à Villiers-le-Mahieu. Car nous apprenons en marchant…

Avoir des relations et connaître le terrain

7/ La première chose à faire est de connaître vos élus. De bien les connaître. Maires, mais aussi députés, sénateurs, conseillers généraux. Avoir leur nom, leurs coordonnées (mail, s’ils en ont un à leur nom, adresse postale, assistantes). Et de bien connaître votre bled… Nombre de foyers – si possible nombre de foyers déjà connectés en ADSL ou autres moyens exotiques, superficie de la commune, nombre de kilomètres de chemins vicinaux (en principe ils appartiennent à votre commune.). Où passe la départementale (là, c’est du ressort de votre conseil général), où passe la nationale (là c’est en principe du ressort de l’État ??), etc.

8/ La deuxième chose à faire est de savoir si votre département a mis en place un, ou un début de backbone public. Si oui, où passe-t-il ? Quand va-t-il arriver près de chez vous ? Connaître donc le fonctionnaire en charge de la chose au département… Vous faire connaître de tous ces braves gens en leur demandant benoîtement quand votre bled va être fibré. Attention : je ne conseille pas de sortir les fourches à ce stade… Il n’est pas non plus inutile de savoir où se trouve le NRA de Madame France Télécom. Est-ce qu’il est dégroupé ? Free ou autres y sont-ils ? Quelle est la longueur moyenne de la ligne téléphonique des habitants de votre bled ? Le NRA est-il relié en backbone optique ? (probablement oui) Votre bled est-il dépendant d’un seul NRA ou est-il écartelé entre plusieurs ? (mon bled est sur deux NRA)

9/ Ensuite il vous fait convaincre votre maire… C’est mieux. Et s’il est convaincu, il va faire passer l’idée au conseil municipal. S’il ne comprend pas, il faut lui montrer… “l’évangéliser” comme on dit aux États-Unis. Lui expliquer EN TERMES SIMPLES comment fonctionne Internet… Faire une démo chez vous en lui proposant un café… Le faire participer à un Skype visio sera le bienvenu (avec moi ?). Lui montrer quelques recherches sur Google sur son nom ou des choses qui lui tiennent à cœur, etc.

Attention : PAS DE PHILOSOPHIE, comme j’ai pu voir ici ou là. QUE DU CONCRET. La philosophie à ce stade est le meilleur moyen pour qu’il ne fasse rien… Les élus sont plutôt des gens âgés qui sont nés avec la télévision et le téléphone analogique. Ils ne sont pas rompus, comme nos “digital natives”, aux joies ineffables des réseaux sociaux. Chaque génération a ses technologies et donc ses usages. Il faut faire de vos élus des “e-immigrants”, en douceur… En ayant toutefois en tête un plan de développement économique de votre (vos) bled(s) basé sur le réseau optique (ce que j’avais proposé à Pau). Ne pas parler de ce plan au départ si vous en avez un, sauf si vous avez un élu éveillé, comme l’était feu André Labarrère, maire de Pau.

10/ Ensuite… À mon avis, ne pas vous casser pas la tête pour savoir s’il y a des fourreaux enterrés dans votre commune, et à qui ils appartiennent... Car là, vous êtes mal barré… Un membre du conseil municipal de Villiers-le-Mahieu a eu l’outrecuidance d’envoyer une bafouille officielle (avec timbre et tout.) à Madame France Telecom… Laquelle lui a répondu fort sèchement (avec un timbre) que ce n’était pas ses oignons… Et que de toute façon, le préfet du département interdisait de publier la chose, vu que c’était secret défense (sic). Des fois que les clans mal famés du département d’à côté viennent nous les déterrer…

Vous pouvez aussi accrocher un fourreau de fibre sur les poteaux électriques. Je suggère au départ de ne pas trop passer de temps sur ces poteaux basse et moyenne tension (d’autant plus que vous pourriez vous électrocuter). On ne sait pas trop à qui ils appartiennent. La basse tension : c’est en principe à votre collectivité. Vous pouvez toutefois les recenser (nombre de poteaux, longueur de la ligne). Cela ne mange pas de pain. Comment êtes vous électriquement raccordés aux bleds voisins ? Pour faire par exemple une e-intercommunalité ? Ces poteaux sont-ils en bon état ? (les statistiques semblent montrer qu’il faut remplacer un poteau sur vingt pour supporter un fourreau…).

Surtout, surtout ne vous engagez pas dans des discussions stériles sur l’enfouissement ou les poteaux électriques… C’est le meilleur moyen de ne rien faire…

Prêcher la bonne parole numérique

11/ Ce n’est pas fini… Car il faut aussi évangéliser vos concitoyens…Tout le monde oublie cette opération. Et c’est un très gros boulot. Il ne sert à rien d’aller voir Madame Michu qui habite à côté de chez vous pour lui demander si elle veut une fibre. “Une quoi ?” va-t-elle vous dire. Non. Très mauvaise méthode. Je suggère la méthode que nous allons peut-être employer à Villiers-le-Mahieu… Créer une “webschool” (comme il y en avait une à l’Atelier de la Compagnie Bancaire, comme il y a une aujourd’hui dans l’entreprise industrielle LIPPI). A priori, mon maire est OK. On aura un local. Et cela peut être financé par votre conseil général (à condition de l’appeler “espace publique numérique” et de s’engager à initier les patrons de TPE).

Mais pour être financé, il faut un délibéré officiel du conseil municipal, avant de déclencher le processus. Ce qui peut prendre un certain temps… Mais cela vous laisse du temps pour trouver un jeune galopin qui va tenir cette webschool… (je l’ai trouvé en ce qui me concerne vendredi soir lors d’un petit cocktail chez mon expert-comptable qui habite le bled d’à côté et qui voudrait bien lui aussi une fibre pour ses activités. J’y ai aussi “vérolé” un marchand de fromages de Bazemont qui râle comme un poux contre son maire, et un promoteur immobilier des Clayes-sous-Bois. Heureux de vivre le gars, roulant en cabriolet, mais au courant de rien.)

Faites de l’agit-pro analogique 1.0. Tout est bon : à l’épicerie, au bistro s’il en reste un dans votre village, à la sortie de la messe… Sur le terrain de foot où joue votre môme, à la sortie des écoles…(institutrices et instituteurs peuvent être un excellent relai). Le barbecue du voisin qui vous a invité. Essayer de trouver les deux ou trois gars du bled qui ont envie d’en découdre : vous allez avoir besoin d’eux pour mettre la population au boulot. Ne pas hésiter à payer une bière au cantonnier de votre village. Je vous rappelle qu’il y a 2.000 ans, douze types -non treize- ont fait un tel ramdam que l’on en parle encore aujourd’hui, alors qu’à l’époque il n’y avait pas de journaux, de télés, de 20 heures, de Lady Gaga, etc. (vous me direz qu’ils ont mal fini). Donc avec deux ou trois types dans un bled de moins de 1.000 habitants, avec les moyens modernes de communication, cela devrait faire l’affaire… Car ils vont vous servir… Le journal de Villiers-le-Mahieu (mon bled), qui est diffusé à tous les foyers du village, va publier un article sur la “fibre dans le 78 et à Villiers”. Je me suis commis d’un projet d’article. J’espère que ce journal paraîtra avant notre prochaine réunion le 29 novembre prochain… Cela démarrerait l’agit-pro 1.0 dans le village…

12/ Ce n’est pas fini… Il faut faire une configuration de votre réseau optique. J’ai eu la chance sur ce point de rencontrer lors d’une journée sur le TRÈS haut débit chez Acome à Mortain dans la Manche, Jean-Louis Souche de la société Marais. Pour ceux qui ne le savent pas, Acome est le seul fabricant 100 % français de fibre optique qui nous reste (en plus, ce n’est pas une société, mais une coopérative). Marais – dont l’actionnaire principal est la Caisse des Dépôts – a mis au point une trancheuse de trottoirs et de rues.

Elle tranche une saignée de 3 cm de profondeur sur 2 cm de large. Cela suffit pour y loger une fourreau de fibre. Que l’on rebouche ensuite avec un béton particulier. 400 mètres par heure. Et là semble-t-il, pas de permission à demander à la Dame, ni au préfet, ni à Saint Frusquin. Puisque ces rues appartiennent à la collectivité. Nous avons reçu plusieurs fois Jean-Louis à Villiers-le-Mahieu. Son avis : un réseau optique en peer-to-peer avec un POP que l’on peut loger à la mairie (il y la place). Organisation en étoile. 400 fibres seraient nécessaires (703 habitants, de l’ordre de 200 foyers – 2 fibres par foyer qui partent toutes du POP chez l’habitant). L’étude précise devrait être terminée fin novembre de cette année.

Jean-Louis propose de nous trancher “gratuitement” (il nous ferait payer que l’amortissement de la machine sur une semaine…). À nous ensuite de mettre les Mahieutins au boulot pour déployer le réseau dans la tranchée, et recouvrir le tout avec le béton adhoc (d’où les deux ou trois types dont je parlais plus haut). Naturellement sous les conseils éclairés de Marais. Acome lui, nous propose gratuitement les fibres… (je ne sais pas trop si Cisco ou autre nous proposera gratuitement les matos… mais si on essaye pas ??).

En définitive notre stratégie revient à mettre au boulot les gaulois de notre village... Pas facile vous en conviendrez. Mais la webschool devrait aider et l’agit-pro 1.0 aussi. Naturellement, si cela fonctionne, cela veut dire que le coût de notre réseau fibre noire, dont nous serions propriétaires, tombe. Donc plus besoin de payer en principe l’abonnement de 13 euros/mois  à la Dame pour la ligne de téléphone fixe (d’autant plus que la plupart de nos villageois ont un mobile). Ni d’ailleurs les 30 euros/mois d’abonnement ADSL.

Comment trouver l’argent ?

13/ Point suivant, le financement… Cela ne coûterait pas grand chose, mais quand même. Le gouvernement va enfin sortir son “grand emprunt numérique”.  Mais je ne me fais pas trop d’illusions sur ce point (j’ai envoyé un mail à Benoît Loutrel qui s’en occupe chez Fillon – mais je ne compte pas trop sur une réponse : sont très occupés ces gens-là, et Villiers-le-Mahieu est si petit et si loin de l’intelligentsia parisienne – 50 kilomètres plein ouest : c’est beaucoup trop)…

Nous avons invité lors d’une précédente réunion (qui s’est tenue chez moi – handicap oblige) notre députée Madame Anny Poursinoff (une Verte, arrondissement de Rambouillet qui a battu l’umpiste local). Notre maire lui a dit sa détermination pour un réseau optique à Villiers, Acome nous a fait un topo sur la fibre, Jean-Louis a évoqué la stratégie du micro-tranchage réalisé en partie par les habitants (nous appelons cela le “modèle mahieutin”). Mathieu Rochart de WebOconference a évoqué le télétravail ce qui est important pour nous (Michel Schaller, vice-président du Gixel, devait venir pour présenter la plateforme télésanté du gouvernement – mais il n’a pas pu se dégager – il viendra la prochaine fois le 29 novembre prochain). Télétravail et télésanté sont les deux mamelles des e-campagnes, aurait dit le bon Sully.

Anny s’est rendu compte que nous n’étions pas des bœufs… “Je ne vais pas prendre le leadership, mais je vais vous aider quand vous aurez besoin de moi…” Pas mal non ? Et elle vient de prévenir par mail. Car Anny utilise le mail comme elle respire (ce n’est pas le cas des maires de mon canton de Montfort l’Amaury, qui ne répondent pas aux mails qu’on leur envoie, ou qui font répondre par leur assistante…). Elle envisage de nous donner 1 à 2.000 euros pris sur sa réserve parlementaire de l’année prochaine. Je ne le savais pas, mais nos députés (nos sénateurs aussi je suppose) disposent d’une réserve de 35.000 euros par an. Mais cet argent ne peut être investi que dans une association (j’aurais préféré une SIC… mais bon c’est mieux que rien).

14/ Point suivant (hé non ce n’est pas fini…). Nous avons donc notre petit réseau. Mais on le raccorde où pour accéder au réseau des réseaux ? Nous avons pris langue avec Laurent Braconnier qui au conseil général des Yvelines manage l’opération backbone public. Et va s’occuper du schéma d’aménagement numérique du département. Nous avons un backbone qui part du nord du département, longe la frontière est jusqu’à Vélizy et ses zones d’activité. Le backbone va être prolongé vers le sud, et le sud-ouest. Il devrait passer à Méré l’année prochaine. Méré est à 7 km de chez nous. Donc nous pourrions nous raccorder sur le backbone public. Mais là, il nous faut une structure pour assurer la collecte, la gestion et la maintenance de notre réseau… Nous avons pensé à Axione, Packet Front et Labs 2 (en Suède). Il y a probablement des petits opérateurs locaux/régionaux gaulois qui pourraient être intéressés ??

Autre solution… Une fois le réseau en place, on va présenter nos hommages très respectueux à Madame France Telecom, à Monsieur Free (qui arrive aussi à Thoiry à 3 kms au nord ouest de chez nous… Mais mon ami Niel le patron de Free, m’a dit : “Je vais peux-être à Thoiry en optique, mais maintenant, Billaut tu te démerdes pour que la fibre arrive dans ton bled” (3 km environ). Sans oublier la famille Darty et sa DartyBox, les gens de Bouygues, etc. Et on lance un appel d’offres… Donc, il est encore difficile de savoir combien vont coûter les 100 mégas symétriques pour le foyer mahieutin. Probablement moins cher que l’ADSL à 30 euros/mois. Mais n’oubliez pas… Si votre Madame Michu adhère à l’idée de la fibre, qu’elle envisage qu’une fibre entre chez elle, acceptera-t-elle pas contre de se séparer de son fil de cuivre ? Car sinon elle paiera deux abonnements… Bref, il y a tout un marketing local à mettre en œuvre. Pour cela on pourra copier ce qu’a fait mon ami Kess Rovers à Nuenen en Hollande.

Je commence les simulations financières, sur la base d’une année d’abonnement gratuite… A priori, il faudrait avoir au départ au moins 30 à 40 % d’abonnés fibre… Sinon problèmes. L’opération de marketing local a donc une grande importance… Si 30 à 40 % des foyers mahieutins signent en effet une déclaration d’intention, il serait possible d’aller voir une banque pour obtenir un crédit sur dix à quinze ans… Enfin je pense…

Voilà en gros, ousque l’on en est… Si vous avez des idées…

J’ai aussi écrit à Monsieur le Directeur Général de la Caisse des Dépôts : Monsieur Augustin de Romanet que j’ai eu l’occasion de croiser dans une autre vie. Comme la Caisse est l’actionnaire majoritaire de Marais, pourquoi Marais ne deviendra pas outre trancheur, opérateur rural ? En intégrant toute la chaîne de valeur ? Il me semble que Jean-Louis aurait l’étoffe pour faire cela ? Pas de réponse de Monsieur de Romanet pour l’instant.

J’ai aussi commencé une e-agit-pro dans le département sur mon tweet, et mon wall Facebook… “Vous habitez les Yvelines ? Vous voudriez une fibre chez vous ? Contactez-moi… J’ai reçu en trois jours quatre demandes de gens intéressés… qui se demandent comment faire.

Pour conclure (très provisoirement) :

1/ Je ne sais pas si nous allons y arriver. Mais qui ne tente pas. En plus cela m’occupe les neurones… Comme je suis en principe en retraite officielle, et amputé d’une jambe… Plutôt que regarder TF1, je préfère l’agit pro… J’avais demandé à Eric Schmidt, le big boss de Google, s’il pouvait envisager de venir fibrer Villiers, comme il le fait gratuitement pour 500.000 foyers américains. Il m’a répondu dans la journée qui suit (et oui ils répondent ces gars là aux mails qu’on leur envoie) “que ce n’était prévu, que l’Europe c’était trop compliqué, blabla…”

2/ Une autre solution serait d’attendre et d’éviter ainsi d’aller titiller nos élus analogiques 1.0. Attendre que ces derniers partent chez Dieu le Père (on m’a dit qu’il y avait du TRÈS haut débit sans fil là haut, ce qui va faire plaisir à mon ami Naugès). Car la génération 2.0 arrive. Elle fera, elle sans blabla. Je pense que notre Président de la République en 2017 sera un “digital native” du e-party. Le problème naturellement, c’est que d’ici là je risque de partir aussi, vu mon âge…

3/ D’aucuns me disent que si nous avions eu un réseau à bon débit avec une organisation de notre santé à la sauce 2.0, je n’aurais pas été amputé de ma jambe (le Samu avec les technologies traditionnelles téléphoniques a refusé de se déplacer, ce qui m’a pris sept heures pour arriver sur un table d’opération…trop tard). Le Très haut débit, M’sieur Sarkozy, n’est pas billevesée… Vous réduisez la voilure santé dans nos campagnes (entre autres)… Alors pourquoi ne pas organiser ladite santé en mode 2.0, avec par exemple un plateforme e-santé du Samu avec de vrais toubibs, permettant de voir le malade en visio très haute définition ?

PS : La Gazette des Communes dans son n°du 11/10 évoque le projet de Villiers-le-Mahieu. J’ai invité Cédric Ingrand de LCI à venir faire un ‘tit reportage, mais le jeune homme a d’autres chats à fouetter…

Je peux vous donner les mails de toutes les personnes que je cite dans ce post… Par ailleurs, je vais peut-être pouvoir utiliser la plateforme de WebO. On pourra se faire des réunions visiophoniques collaboratives, à plusieurs dizaines de personnes. Par exemple que Jean-Louis vous explique de vive voix comment faire ; que Michel Schaller vous explique la télésanté, etc. Vous pourrez leur poser vos questions comme dans une vraie réunion…

Pensée du jour… Si vous ne vous bougez pas, vous n’aurez rien… Alors “just do it”

Billet initialement publié sur le blog de Jean-Michel Billaut

Ardèche Drôme Numérique , Jimmy Legrand, Twistiti

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Lettre ouverte à Madame Bettencourt: allez, un p’tit geste… http://owni.fr/2010/07/19/lettre-ouverte-a-madame-bettencourt-allez-un-ptit-geste/ http://owni.fr/2010/07/19/lettre-ouverte-a-madame-bettencourt-allez-un-ptit-geste/#comments Mon, 19 Jul 2010 10:40:42 +0000 Jean-Michel Billaut http://owni.fr/?p=22355 À l’attention de Madame Liliane Bettencourt

18, rue Delabordère

92200 Neuilly-sur-Seine France

Madame,

Je dois dire que je suis avec grande passion vos aventures, dignes d’un roman d’Eugène Sue. Certains de mes amis envisagent d’ailleurs d’en faire un film. Mais je les en ai dissuadés, car il me semble qu’ils n’ont pas le talent d’un Spielberg… Je pense qu’il faut au moins un réalisateur de ce calibre pour conter tout cela à nos enfants. À la rigueur un Roman Polanski. Quant au casting, j’ai quelques idées, dont je pourrais éventuellement vous entretenir… (je pense notamment qu’un Harrison Ford avec son fouet, serait très bien pour…)

En attendant, je me suis dit que peut-être, moi aussi je pourrais bénéficier d’une de vos enveloppes… Mais je ne sais pas trop si je suis dans le bon “scope”… Vous semblez en effet très attachée au financement de la politique française. Personnellement, je dois vous dire que je n’ai nulle envie de me présenter aux suffrages des Gaulois. Beaucoup trop compliqués à manager. Trop de clans, etc. Déjà que chez moi, je n’ai aucun pouvoir…

Non. Je ne vous demande pas une enveloppe pour cela : ces gamineries ne sont plus de mon âge…

Je vous demande une enveloppe pour financer le réseau de télécommunications optique de Villiers-le-Mahieu dans les Yvelines. Villiers se trouve entre Paris et New York, mais plus près de Paris que de New York quand même. Très sympathique village de l’Île-de-France, avec un château du XIIIe siècle (ayant appartenu à Bernard Buffet), ainsi qu’une église consacrée à Saint Martin. Église de la même époque. Pourquoi grands dieux un réseau optique connecté à l’Internet ? Peut-être, Madame, n’êtes vous pas très “Internet minded” ? (vous êtes née comme moi au temps du poste à galène). Malheureusement, en ce qui me concerne, j’ai quitté ces périodes analogiques. Je suis devenu un immigrant digital. Et je dois avouer qu’avec l’Internet la démocratie a peut-être de meilleurs jours devant elle.

Liliane découvre l'Internet.

Notre réseau optique nous permettrait d’abord de disposer de connexions Internet très rapides, plutôt que de nous traîner avec des débits malingres. Heureusement, heureusement que Mediapart ne propose pas trop de vidéos sur son site ! Je ne pourrais les regarder… Nous pourrions aussi mettre en œuvre de nouveaux services pour la population dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’environnement durable avec du télétravail, évitant ainsi à de nombreux Mahieutins de se rendre chaque jour à leur travail dans la capitale et d’en revenir le soir… Et de réfléchir à la démocratie 2.0… Et de la mettre en œuvre dans notre beau village…

Combien mettre dans l’enveloppe ? J’en laisse le soin à votre grande appréciation, mais il me semble que 200.000 euros serait idoine. Voire confortable. Naturellement ce réseau s’appellerait le “BettencourtNet”. Et je me fais fort de convaincre le maire et son conseil municipal de débaptiser notre rue principale, et de l’appeler “rue Liliane Bettencourt”. Rassurez-vous, je n’aurai pas besoin de distribuer des enveloppes pour cela. Payer une bière “chez Zézette” à quelques membres bien choisis du conseil sera largement suffisant (comment, vous ne connaissez pas “chez Zézette” ? Dommage…)

Je ne sais pas trop si vous êtes une habituée du mail sur l’Internet. Mais une réponse de votre part dans ma boîte aux lettres électronique (jmbillaut@yahoo.fr) serait très bien. Je ne sais pas trop non plus, si vous êtes une grande habituée du virement électronique d’argent sur l’Internet. C’est ce que l’on fait de mieux aujourd’hui. Passer des valises pleines de billets en Suisse est d’un ringard ! Vous pourriez aussi verser cette enveloppe sur Leetchi (un site web de cagnotte électronique). Certains de mes amis envisagent en effet de lancer une souscription sur l’Internet pour financer ma fibre optique, et naturellement celle des Mahieutins. Votre enveloppe y serait sans nul doute d’un apport conséquent.

Peut-être un dernier conseil (gracieux naturellement) ? Je vous suggère de vendre L’Oréal. Fabriquer de l’eau savonneuse, c’est bien (financer la politique française avec la vente d’eau savonneuse – notre démocratie est tombée bien bas… vous en conviendrez). Mais devenir opérateur de télécommunications à très haut débit sur l’Europe aurait un certain panache. Ce n’est certes pas M’sieur de Maistre qui vous aurait donner ce conseil, n’est-il ? D’autant plus que, là, vous pourriez vous associer avec Google. Ah ! Vous ne connaissez pas Google ? Bon. Il faudra que je refasse une p’tite conférence d’initiation. Car figurez-vous, que c’est moi qui ait initié M’sieur Lindsay Owen Jones et son staff aux joies ineffables de l’Internet…

Je vous prie de croire, Madame, en l’expression de mes sentiments très distingués.

Votre humble serviteur,

Jean Michel Billaut

PS :  si vous engagez d’autres majordomes, serviteurs, chauffeurs, jardiniers, cuisiniers, femmes de ménage comme dans le temps ancien, ne les prenez pas trop jeunes. Car les jeunes, les “digital natives” comme on dit aujourd’hui, disposent d’enregistreur MP3 miniaturisés. Et surtout, surtout n’installez pas de WiFi dans votre bel hôtel particulier “art moderne” de Neuilly. Car là on pourrait suivre en temps réel la remise d’enveloppe sur l’Internet… Vous devriez aussi calculer votre e-réputation. Cela se fait aujourd’hui. Et ouvrir un blog. Vous auriez un succès fou… Vous pourriez même gagner un peu d’argent pour vos bonnes œuvres…

Billet initialement publié sur le blog de Jean-Michel Billaut sous le titre “Lettre ouverte à Madame Liliane Bettencourt ? Et moi ? Et moi ? Et moi ? (sur un air bien connu)”

Image CC Flickr DavidDMuir et rogiro

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Contrôler les « positions éminentes » du cyberspace http://owni.fr/2010/03/30/controler-les-%c2%ab-positions-eminentes-%c2%bb-du-cyberspace/ http://owni.fr/2010/03/30/controler-les-%c2%ab-positions-eminentes-%c2%bb-du-cyberspace/#comments Tue, 30 Mar 2010 08:16:12 +0000 Philippe Quéau http://owni.fr/?p=11157 L’Internet est un domaine public mondial dont la maîtrise est vitale pour les États-Unis, de même que la mer, l’air et l’espace, estime l’armée américaine. Comment la volonté de « domination » se traduit-elle dans le cyberespace ? De façon générale, quelles sont les « positions éminentes » dans la société de l’information et de la connaissance ?

Pour comprendre la nature de la mondialisation à une époque donnée, il peut n’être pas inutile de se référer aux stratégies militaires d’occupation de l’espace global, elles aussi fort caractéristiques et révélatrices des grandes structurations à l’œuvre.
Pour illustrer ce point, je voudrais parler de la question actuelle des « positions éminentes » pour le contrôle des domaines publics mondiaux.

De tout temps, en matière de stratégie militaire, le contrôle des « positions éminentes » a joué un rôle essentiel. La maitrise des points hauts, ou de l’espace aérien en sont des exemples. De nos jours, il s’agit surtout de s’assurer le contrôle de la « position éminente » suprême : l’espace.
Rappelons qu’il y a environ 1000 satellites actifs actuellement en orbite. La moitié d’entre eux appartiennent aux États-Unis, et ceux-ci sont approximativement pour 50% d’usage civil et pour 50% d’usage militaire. Rappelons aussi que le 21 janvier 1967 un Traité international a banni la nucléarisation de l’espace – mais pas l’usage d’armes conventionnelles dans l’espace. C’est cette réalité que la polémique internationale autour du système de défense antimissile révèle.

Dans le cadre d’une stratégie globale, que l’on a pu qualifier de « pax americana », l’armée américaine a identifié comme d’importance vitale divers domaines publics à l’échelle globale (« global commons ») : la mer, l’air, l’espace et le cyberespace (sea, air, space, cyberspace).

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Elle a aussi défini une doctrine stratégique à leur égard, qu’elle a formulée ainsi: « La domination militaire des domaines publics mondiaux est un facteur clé de la position de puissance globale des États-Unis » (“The “command of the commons” is the key military enabler of the US global power position”).
Le contrôle des domaines publics mondiaux signifie que les États-Unis obtiennent beaucoup plus d’usages et d’avantages de la mer, ou de l’espace que les autres puissances, qu’ils peuvent empêcher leur utilisation par celles-ci, et que ces dernières perdraient tout engagement militaire sur les domaines publics mondiaux si elles cherchaient à en empêcher l’accès aux États-Unis. “Command means that the US gets vastly more military use out of the sea, space and air than do others, that it can credibly threaten to deny their use to others, and that others would lose a military contest for the commons if they attempted to deny them to the US.” Barry Posen, The Military Foundations of US Hegemony, International Security, Summer 2003, pp. 5-46 .

On trouve aussi formulée une doctrine plus “politique” des domaines publics mondiaux, traduisant de façon fort intéressante l’admission d’un lien structurel entre les « domaines publics » et le « bien commun » mondial. C’est la doctrine selon laquelle : « La stabilité des domaines publics mondiaux est en soi un bien commun » (“Stability within the global commons is a public good”).
Tout le monde a en effet un intérêt évident à une « stabilité » des domaines publics. La plupart des pays ont un très grand intérêt à cette stabilité, mais il est aussi vrai que d’autres pays, qui n’en tirent que peu d’avantages directs, restent de par leur degré de développement incapables de tirer tout le parti souhaitable des domaines publics mondiaux.
La puissance dominante, qui en tire des avantages tactiques et stratégiques absolument essentiels, estime en conséquence qu’il lui revient le rôle d’assurer la protection ou la garantie de cette stabilité. La question plus générale de savoir si cette stabilité est mieux garantie sous leur égide, plutôt que par un autre mécanisme, par exemple multilatéral, reste ouverte.

Mais ce qui m’intéresse surtout ici c’est le concept stratégique de « position éminente », dans le contexte plus large des sociétés de la connaissance.
La notion concrète de « position éminente » varie à l’évidence suivant les milieux où l’on opère. La volonté de « domination » (« command ») qui se traduit d’une certaine manière dans l’espace, comment se traduit-elle donc dans le cyberespace ?
Plus généralement, quelles sont les « positions éminentes » dans la société de l’information et de la connaissance?

On peut avancer par exemple les nœuds de concentration mondiale du trafic Internet, les treize « serveurs racine » du DNS (dotés du système « Carnivore » ou de logiciels d’analyse des données « deep packet inspection »).
Mais il y a aussi le contrôle de l’architecture des réseaux et de ses grandes « autoroutes de l’information » (citons le système d’espionnage Echelon pour les satellites et divers autres systèmes d’espionnage pour les fibres sous-marines). L’architecture logicielle générale, les routeurs (avec les trap-doors), la prééminence dans le domaine des virus et autres chevaux de Troie électroniques, font à l’évidence partie des autres « positions éminentes » dont il s’agit de s’assurer le contrôle. Voir à ce sujet http://www.eff.org/issues/nsa-spying.

Naturellement, si j’ose dire, les « domaines publics » de la société de l’information peuvent être « contestés » par d’autres puissances (« contested commons »). L’espace en fait partie. On cite souvent, à cet égard, le récent tir d’un missile chinois sur l’un de ses propres satellites. Cela a pu être interprété comme un « message » adressé au monde sur la question de l’arsenalisation croissante de l’espace.
Les attaques de cyberguerre (cf l’affaire Google) font partie du même scénario de « contestation des communs ».

Un autre exemple de « communs », à la fois contestés et enchevêtrés (couplant des questions de stratégie militaire globale, et des systèmes clé pour les sociétés d’information): le système GPS, qui se voit concurrencé par le système européen Galileo.

On pourrait utilement chercher d’autres aspects stratégiques du concept de « position éminente » dans le cadre des sociétés de l’information. Ainsi, quel statut donner au renforcement continu de la propriété intellectuelle depuis plusieurs décennies ? (Barrages de brevets, frappes juridiques préemptives). Le non-débat public et démocratique sur l’Accord commercial Anti-Contrefaçon (ACAC ou ACTA en anglais) en fait partie.
Font aussi partie de la stratégie du « contrôle des communs », les questions de la captation privative des capitaux cognitifs (Google), sociaux (Facebook), attentionnels (Twitter), humains (marchandisation des données personnelles, observation et de l’exploitation des « intentions » des usagers).

Il faudrait, plus généralement, s’interroger sur le rôle global, stratégique et tactique, des techniques d’appropriation et de domination du domaine public des informations et des connaissances, et les confronter à une réflexion, par ailleurs urgente, sur la nature même de l’intérêt général mondial.

> Billet initialement publié sur Metaxu sous le titre “La position éminente”

> Illustration sacrifice_87 sur FLickr

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Les deux attentats du métro de Moscou sur les blogs russes http://owni.fr/2010/03/29/les-deux-attentats-du-metro-de-moscou-sur-les-blogs-russes/ http://owni.fr/2010/03/29/les-deux-attentats-du-metro-de-moscou-sur-les-blogs-russes/#comments Mon, 29 Mar 2010 18:28:11 +0000 Alexey Sidorenko (trad. Claire Ulrich) http://owni.fr/?p=11116 Les blogs se sont montrés particulièrement réactifs après les attentats de Moscou de ce lundi matin. Avec les portails d’information, ils ont pris le relais des médias traditionnels. Une séquence racontée par Alexey Sidorenko, pour Global Voices.

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Photo par Vanity Press sur Flickr

capture-de28099ecran-2010-03-27-a-2253072La routine d’un lundi matin à Moscou a été brisée par deux attentats à la bombe dans le métro [en anglais], qui ont fait au moins 38 victimes et 70 personnes (beaucoup des victimes sont des étudiants ou des personnes de moins de 40 ans).

Les attentats ont été commis par deux femmes, que l’on présume affiliées au mouvement des Rebelles du nord-Caucase [en anglais]. Les blogueurs russes ont été parmi les premiers à annoncer cette tragédie, et sont devenus les seuls médias accessibles, les grands sites d’informations russes étant mis hors jeu par l’afflux de visiteurs et les chaines de télévision étant longues à réagir.

Sur Twitter,  Krassnova remarque[russe], que le mot-clé #metro29 a été cité 40 fois par seconde tandis que les chaines de télévisions ont proposé de leur côté quatre flash. En moins de deux heures, un site dédié, metro29.ru, a été lancé pour couvrir les événements.

L’un des premiers blogueurs à avoir publié la nouvelle a été Marina Litvinovich (abstract2001 sur LiveJournal), une militante de l’opposition, qui a publié des photos de la station de métro Loubianka [russe], où la première explosion a eu lieu :

Lobby of "Lubyanka" Subway Station, photo by abstract2001

La station “Loubianka”, photo de abstract2001

Voici aussi une vidéo sur YouTube de l’évacuation des passagers à la station Park Kulturi où la seconde explosion a eu lieu, publiée par baranovweb [Attention: certaines des images contenues dans cette vidéo peuvent choquer] >

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Les réseaux de communication se sont totalement arrêtés ensuite. Alors que les Moscovites terrorisés essayaient d’obtenir des nouvelles de leurs proches ou amis, le réseau de téléphone mobile au centre de Moscou a cédé. Sur LiveJournal, offnet accuse une procédure bureaucratique de cette rupture du réseau de téléphonie mobile ; elle requiert la mise en place d’un répétiteur supplémentaire, même dans les situations extrêmes. Sur Habrahabr, rubyrabbit a publié une liste complète des sites d’informations qui ont plongé dans le noir.

La ligne de métro Sokolnicheskaya (rouge) a été totalement fermée par les enquêteurs. Des blogueurs ont publié une vidéo de la panique des passagers à la station Komsomolskaya. Les Moscovites ont préféré ne plus descendre dans le métro, même si certaines lignes fonctionnaient encore. Le très populaire blogueur Nikolay Danilov (nl sur LiveJournal) a publié des photos de la foule des travailleurs préférant marcher jusqu’à leur lieu de travail.

Muscovites getting to their workplaces, photo by Nikolay Danilov (nl)Photo de Nikolay Danilov (nl)

Les chaines de télévision n’ont pas seulement été lentes à réagir, mais sont aussi accusées de ne pas avoir accordé aux attentats et à l’urgence la place qu’ils méritaient. Un autre blogueur russe connu, Anton Nossik ( dolboeb sur LiveJournal), écrit [en russe]:

в 12:00 по Первому каналу начался плановый выпуск новостей. Не спеша, рассказывают о взрывах метро в Токио (1995), Баку, Париже, Дюссельдорфе, Лондоне, о соболезнованиях Януковича, депутатов Верховной Рады, Ангелы Меркель, передают заявление Бернара Кушнера. Затем скороговоркой дали recap, довольно чёткий, всех основных событий в Москве, длиной в полторы минуты: 35 погибших, 70 раненых, метро не ходит от Комсомольской до Спортивной, в центре города пробки, правительство требует усилить безопасность всех российских аэропортов. На минуту включили Тимура Серазиева с Лубянской площади, и тут же пошла реклама здоровой пищи, пепси-колы, какого-то Антистакса, шоколада «Вдохновение», сока «Любимый»,синтетических моторных масел Mobil1, средства для мытья окон, нового йогурта «Яблоко Мюсли», Афобазола от тревоги и напряжения, кофе Jakobs Monarch, хлопьев от Nestle с цельными злаками. Каждый из роликов был длинней прямого включения с Лубянки. После завершения семиминутной рекламной паузы досрочно началось часовое ток-шоу «Участок».

“A 12h00, Channel One a commencé à diffuser ses programmes habituels. Sans se presser, ils nous ont raconté les attentats dans le métro de Tokyo (1995), Bakou, Paris, Düsseldorf, Londres, ont communiqué les condoléances du [président de l'Ukraine Victor Yanukovich], puis celles des députés ukrainiens, puis celles d’Angela Merkel et Bernard Kouchner.

Ensuite, très succinctement, ils ont diffusé un court bulletin de tous les événements en cours à Moscou, qui durait une minute et demie : 35 morts, 70 blessés, le métro ne fonctionne plus entre Komsomolskaya et Sportivnaya, il y a des embouteillages au centre-ville, le gouvernement demande de multiplier les contrôles de sécurité dans tous les aéroports russes.

Pendant quelques secondes, un de leurs reporters, Timur Seraziev, est apparu à l’image depuis la place Loubianka, puis ils sont passé aux publicités pour des nourritures saines, Pepsi, Antistax, le chocolat Inspiration, le jus de fruit The Loved One, l’huile synthétique Mobil1, un produit pour laver les carreaux, le nouveau yaourt muesli-pommes, Afobazol – un médicament contre l’anxiété et le stress -, le café Jacobs Monarch, les cornflakes au blé entier Nestlé. Chacune des pubs était plus longue que le reportage en direct depuis Loubianka. Après une pause publicitaire qui a duré sept minutes, ils ont diffusé un talk-show qui n’était pas programmé, “District.” “

Les blogs et les portails d’information ont permis de combler le déficit d’informations.

Le portail lifenews.ru a publié une galerie de photos dont des photos des wagons de métro soufflés par l’explosion [Ndt : attention, certaines photos peuvent choquer]. Sur LiveJournal,  seg_oégalement publié des photos de la zone de la station de métro Parc Kulturi.

La BBC et the Guardian ont ouvert sur leur site une page spéciale pour que les lecteurs puissent contribuer à l’information - LiveBlog [en anglais] et Live Coverage [en anglais] – et ont couvert les principaux événements. La plateforme de blog LiveJournal a ouvert un canal spécial [en russe] dédié aux attentats. Ci-dessous, des messages publiés par ceux qui ont survécu aux attentats :

oyolin:

Я работаю на Лубянке. В школе. Начинаю работать в 8. В 7.50 я приехала на Кузнецкий Мост. Хотела перейти на Лубянку, но там всё было в думу, людей не пускали. Вышла через Кузнецкий Мост. На Лубянской площаде сразу же всё перегородили, приехали спасатели. На работе до сих пор кризисная ситуация. Родители звонят, беспокоятся, мамы плачут. Это ужасно.

“Je travaille à Loubianka. A l’école. Je commence à 8 heures. A 7h50 je suis arrivé à la station Kuznetsky Most. Je voulais changer de ligne et prendre Loubianka, mais tout était plein de fumée, les gens n’avaient pas le droit d’entrer. Je suis sorti à Kuznetsky most. Sur la place Loubianka ils ont tout bloqué, les équipes de secours sont arrivées. Nous sommes en pleine crise ici au travail. Les parents appellent, ils sont très nerveux, les mamans pleurent. C’est horrible.”

kotikeksik:

Время 14.40. Я только-только собрала в кучу голову. Меня перестало трясти, когда я встаю со стула, и я больше не плачу. Пытаюсь заставить себя поработать.

“Il est 14h40. je viens juste de réussir à me reprendre. Je ne tremble plus quand je me lève de la chaise, je ne pleure plus. J’essaie de m’obliger à travailler.”

davete:

Выхожу на Парке Культуры. Поднимаюсь уже было к выходу. Рядом идут сотрудники милиции. К ним обращается какая-то женщина:
-Что случилось то?
-Ой, да авария какая-то, технические причины.
В эту же секунду прогремел взрыв.
Противоположный от моего поезд, по направлению к станции Кропоткинская.
Взорвался где-то в середине.
Людей было не много, давки не было. Но взрыв очень мощный. Не сомневаюсь, эта бомба – военного стандарта.

“J’étais en train de sortir de la station Parc Kulturi. Des agents de police marchaient à coté de moi. Une femme leur a demandé :
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Eh bien, un accident, raisons techniques.
Et c’est a ce moment-là qu’à eu lieu l’explosion. Sur le train qui partait dans la direction opposée, vers la station Kropotkinskaya. Il a explosé vers le milieu. Il n’y avait pas tant de gens, pas de bousculade. Mais l’explosion a été très puissante. Pas de doutes, cette bombe était une bombe de type militaire.”

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http://owni.fr/2010/03/29/les-deux-attentats-du-metro-de-moscou-sur-les-blogs-russes/feed/ 2