OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Au camping de la bidouille http://owni.fr/2012/08/24/au-camping-diy-bidouille-hackers-utopie-decroissance-obsolescence-fab-lab/ http://owni.fr/2012/08/24/au-camping-diy-bidouille-hackers-utopie-decroissance-obsolescence-fab-lab/#comments Fri, 24 Aug 2012 10:39:26 +0000 Ophelia Noor http://owni.fr/?p=118382 A Pado Loup, vue sur le potager et le garage.

L’arrivée se fait par un chemin arpenté et caillouteux, sous un soleil de plomb du 15 août, entouré de montagnes, de pins, de mélèzes et prairies en manque d’eau. Dans un virage, une petite pancarte de bois annonce en rouge : “A Pado Loup”. Le potager accueille le visiteur, puis le garage, et la bâtisse principale. Tout est en bois. Construit avec des matériaux locaux en mode DIY.

L’hôte du festival, Bilou, la cinquantaine est entouré d’une ribambelle d’enfants, cousins, frères, soeurs et amis venus participer et prêter main forte sur l’organisation du festival. Toilettes sèches, douches solaires, récolte d’eau de pluie, compost, utilisation de panneaux solaires et recyclage des déchets feront partie du quotidien des citadins venus se déconnecter.

Deux ans après les rencontres numériques Estives | Digital Peak, à Péone, hébérgées par Jean-Noël Montagné, fondateur d’Art Sensitif, les équipes du TMP/LAB, TETALAB, USINETTE et des volontaires relancent l’aventure : déplacer les énergies créatives du hackerspace en milieu rural et isolé. Le festival A Pado Loup se tenait du 12 au 22 août à quelques lieues du précédent, près de Beuil dans les Alpes Maritimes, au coeur du parc naturel du Mercantour. Une deuxième édition plus détendue que la précédente, sans la dimension internationale ni l’habituel enchaînement de conférences techniques propres aux rassemblements de hackers, mais avec les mêmes contraintes et objectifs.

Bidouille dans l'herbe sèche et serre transformée en hacklab - (cc) Ophelia Noor

Loin d’être une expérimentation utopique, les communautés numériques de hackers et autres bidouilleurs sont bien conscientes des enjeux liés aux crises globales : écologique, sociale, politique et énergétique. Le rapprochement avec d’autres milieux alternatifs tournés vers ces mêmes problématiques fait son chemin. En juillet dernier se tenait la deuxième édition du festival Electronic Pastorale en région Centre. Deux ans plus tôt à Péone, Philippe Langlois, fondateur du hackerspace TMP/LAB, posait déjà la question du devenir des hacklabs face à la révolution verte et développait à nouveau cette idée en juin dernier dans une conférence sur les hackerlands donnée au Toulouse Hacker Space Factory (THSF).

L’innovation dans la contrainte

Les bidouilleurs se retrouvent sous une petite serre aménagée en hacklab pour la durée du festival. Équipée de deux panneaux solaires reliés à une batterie de voiture pour faire fonctionner l’électronique, son équilibre est précaire. Mickaël et Alex du Tetalab, le hackerspace toulousain, ont pris en charge la gestion de l’alimentation électrique et de la connexion WiFi. Le petit hacklab doit rester autonome comme la maison principale.

Le WiFi libre dans les actes

Le WiFi libre dans les actes

Et si l'accès à l'internet, en mode sans fil, était un "bien commun" librement partagé par tous ? C'est ce que proposent ...

Le challenge ? Ne pas dépasser les 70 watts et garder de l’électricité pour la soirée. EDF ne vient pas jusqu’à Pado Loup, encore moins les fournisseurs d’accès à Internet. Le lieu est en “zone blanche”, ces régions difficiles d’accès et non desservies par les opérateurs nationaux par manque de rentabilité.

Pour assurer une connexion au réseau, une antenne WiFi sur le toit de la maison est reliée à celle d’un voisin quelques kilomètres plus loin. Le relai est ensuite assuré localement par le TETALAB de la maison à la serre des geeks.

Mickael vérifie toutes les heures les installations, tourne les panneaux solaires, et répare les pièces qui ne manquent pas de claquer fréquemment depuis quelques jours. Pendant ce temps, les fers à souder s’échauffent et on bidouille des postes radio FM, pour écouter l’émission quotidienne de 18 heures, point d’orgue de chaque journée. Chacun peut participer, annoncer ou proposer des activités pour la soirée et le lendemain, raconter ses expérimentations en cours. En lieu et place des conférences programmées des Estives, les discussions sont lancés sur la radio du campement.

Fabrication d'une éolienne avec Bilou, le maître des lieux et hôte du festival hack & DIY. - (cc) Ophelia Noor

Chaque jour, une partie du campement passe son temps à trouver des solutions pour améliorer des systèmes déjà en place, produire plus d’énergie avec la construction d’une éolienne, ou en dépenser moins en prenant en compte les atouts du terrain, avec par exemple la construction d’un four solaire. Les contraintes stimulent la créativité et l’expérimentation pour répondre aux besoins de l’homo numericus. Des ateliers sont proposés dans plusieurs domaines, électronique, écologie expérimentale, radio, live coding ou photographie argentique.

Les bactéries, libres et têtues

Sous un arbre avec balançoire, tout au fond de la prairie de Pado Loup, est installée la FFF, la Free Fermentology Foundation, clin d’oeil appuyé à la Free Software Foundation de Richard Stallman. Le hobby de deux chercheurs, Emmanuel Ferrand, maître de conférence en Mathématiques à Paris VII, et Adrienne Ressayre, chargée de recherche en biologie évolutive à l’INRA.

Sur des petits étals de bois, des bocaux où fermentent du kombucha, un thé chinois pétillant réputé pour ses bactéries digestives, des graines de kefir dans du lait ou dans de l’eau mélangée à du sucre et des figues sèches. Et enfin, une potée de riz en fermentation qui servira à fabriquer le makgeolli, un alcool de riz coréen proche de la bière.

(1) Atelier fermentation avec Emmanuel Ferrand et Adrienne Ressayre. (2) Fermentation du riz pour la préparation du magkeolli, (3) morceau de kombucha, (4) dans les pots, kéfir de fruit, de lait, kombucha. Aout 2012 au festival A Pado Loup, Alpes-Maritimes - (cc) Ophelia Noor

Les enjeux, selon Emmanuel Ferrand, sont similaires à ceux du logiciel libre sur la privatisation du vivant :

Les techniques de fermentation ont évolué au cours du temps, elles sont aujourd’hui accaparées par des entreprises qui veulent breveter ces produits déjà existants. La société moderne tend à normaliser les nourritures, et pour des raisons de santé publique en partie justifiées on impose des règles strictes de fabrication, on normalise les pratiques. Avec la FFF nous essayons de faire l’inventaire de ces techniques de fermentations et de préserver celles qui sont plus ou moins borderline ou en voie de disparition – parce que confrontées à des produits commerciaux normés – et de les reproduire.

Tous les matins à 11h, une petite foule se rassemble sous l’arbre à l’écoute des deux chercheurs. On prend le pouls des bactéries, le fromage de kefir, la bière de riz… Après l’atelier fermentation, la conversation dérive chaque fois sur des sujets connexes avec une confrontation stimulante entre Emmanuel le mathématicien, et Adrienne la biologiste : le génome, la pensée réductionniste, les OGM, les mathématiques, la physique, le cancer, les bactéries, le brevetage du vivant.

Des connaissances et des savoirs-faire précieux et ancestraux qui font partie de nos biens communs : “En plus de l’inventaire, nous reproduisons ces techniques ancestrales. Nous partageons nos expérimentations avec d’autres personnes sur le réseaux ou en atelier, comme aujourd’hui à Pado Loup, avec le magkeolli, le kéfir et le kombucha.”

L’écodesign militant

Chacun participe au bon fonctionnement du camp et les tâches ne manquent pas entre la préparation d’un des trois repas, couper du bois pour le feu, ou aller chercher de l’eau potable à la fontaine, deux kilomètres plus bas. Les déchets sont systématiquement recyclés et les restes des repas végétariens sont jetés dans une poubelle spéciale dédiée au compost. Toujours dans le même souci d’utiliser au maximum les ressources naturelles du lieu, Christophe André, ingénieur et designer, proposait deux ateliers d’ecodesign : la construction d’un four solaire et d’une petite maison, sur le principe de l’architecture bioclimatique.

Le jour où on lui a demandé de fabriquer un objet à duré de vie limité, Christophe André a abandonné sa carrière d’ingénieur. Confronté à la tyrannie de l’obsolescence programmée dans les modes de production industriels, il se lance dans des études de design et apprend pendant plusieurs années à fabriquer lui même tous ses objets du quotidien au lieu de les acheter. Il fonde l’association Entropie en 2008. L’idée, proposer un design d’objet sous licence libre à des entreprises, des particuliers ou des collectivités et de rédiger des notices, également sous licence libre, pour diffuser ces savoirs et surtout les fabriquer.

Le four solaire réalisé lors de l'atelier d'ecodesign avec Christophe André, fondateur de l'association Entropie - (cc) Ophelia Noor

La construction du four solaire a nécessité quatre heures de bricolage à une dizaine de participants. Le four suit le mouvement du soleil, tel un tournesol, grâce à une cellule photovoltaïque coupée en deux par une planche. Sur le principe du cadran solaire, lorsque qu’une partie s’assombrit, un petit moteur, sous une plaque tournante fait tourner le four dans la même direction que le soleil. Un gâteau aux pommes a mis plus de quatre heures à cuire.

Après le repas, lorsque la nuit sans lune recouvre A Pado Loup, un grand feu est allumé. La dizaine d’enfants et les adultes s’y retrouvent pour des jeux, des concerts improvisés. D’autres lancent une projection sonore avec de la musique expérimentale pendant que l’équipe du Graffiti Research Lab part à l’assaut des prairies du Mercantour pour des session de lightpainting.

La vie la nuit : dans la yourte, le développement photo argentique, les expériences de musique expérimentale, convivialité autour du feu, et atelier lightpainting avec le Graffiti Research Lab. - (cc) Ophelia Noor

De cette seconde expérience, Ursula Gastfall, membre du TMP/LAB, préfère ne pas y penser en termes de pérennisation : “Entre les Estives et APadoLoup, deux ans sont passés. Étant accueillis par des particuliers, nous préférons ne pas faire de plan et pourquoi pas, profiter d’un lieu encore différent la prochaine fois.” L’esprit du hacking, libre et nomade continue de se disséminer dans la nature.


Portfolio complet à découvrir ici : “Festival Hack & DIY A Pado Loup”
Photographies et sons par Ophelia Noor pour Owni /-)

**Si les players SoundCloud ont sauté, laissez un commentaire ou écoutez-les ici : http://soundcloud.com/ownison

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Objectif électeurs #3 http://owni.fr/2012/04/19/objectif-electeurs-elections-presidentielle-photojournalisme/ http://owni.fr/2012/04/19/objectif-electeurs-elections-presidentielle-photojournalisme/#comments Thu, 19 Apr 2012 12:48:06 +0000 Ophelia Noor http://owni.fr/?p=106865
Objectif électeurs

Objectif électeurs

OWNI est partenaire du projet 21 voix pour 2012, soit 21 portraits d'électeurs par des photojournalistes, autour ...

Une série de portraits pour témoigner des préoccupations et des attentes de citoyens à quelques semaines des élections présidentielles.  Prendre le pouls des électeurs, dans leur diversité politique, sociale, économique.

Hier soir se tenait à La Cantine une soirée de débat et de projections avec l’équipe du projet 21 voix pour 2012 et la présentation de leur webdocumentaire 60 secondes pour un quinquennat.

Le débat était animé par Ziad Maalouf de l’Atelier des médias, et était intitulé “Les politiques dans l’oeil du viseur” :

Du terrain aux rédactions comment les métiers de l’image fixe travaillent-ils ? Entre fausses coulisses, fausses confidences, mises en scène du pouvoir et volonté d’informer, comment photojournalistes, iconographes et illustrateurs contournent-ils ces obstacles ? Qu’est ce que le web, sa viralité et ses nouveaux usages changent aux dispositifs d’information et de communication politique ?

Nous vous présentons le troisième épisode de la série 21 voix pour 2012, avec le portrait de Jérémie par Morgane Fache et celui de Vincent par Jacob Khrist.

Jacob Khrist : la décroissance

Vincent Liegey et Daniel Mermet à Budapest pendant l'émission Café Repaire Là-bas si j'y suis (France Inter) - Janvier 2012 - © Jacob Khrist/21voix2012

Jacob Khrist est à la recherche de son sujet pour le projet 21 voix pour 2012 quand il rencontre Vincent Liegey dans un café au mois de décembre 2011.  Dès le lendemain, il réalise une interview et programme son départ pour Budapest. “Vincent est doctorant, marié à une député hongroise du parti alternatif LMP. Ce qui m’intéressait aussi c’était la vision globale de la politique à notre époque, d’une personne de notre âge qui vit dans un pays où des idées extrémistes reviennent en force”.

Jacob se rend à Budapest en janvier et se retrouve, par un heureux hasard du calendrier, présent au moment où Daniel Mermet et Antoine Chao venaient enregistrer une série d’émissions pour Là-bas si j’y suis : La Hongrie en marche arrière.

Daniel Mermet, Antoine Chao et Judit Morva, rédactrice en chef du monde diplomatique édition hongroise, à Budapest en janvier 2012 pour Là-bas si j'y suis - © Jacob Khrist/21voix pour 2012

Quand j’entends : ‘une croissance illimitée dans un monde limité est une absurdité’ , je me sens en harmonie avec cette idée, le fait que la société actuelle a atteint ses limites. La décroissance est une idée qui me touche.

Vincent Liegey était le contact de Daniel Mermet à Budapest et Jacob Khrist se retrouve presque tous les soirs avec l’équipe du café repaire. “C’était un long et “gros” week-end de janvier. Avec des manifestations pour et contre le régime de Viktor Orban et le congrès annuel du parti alternatif LMP.  Et d’autres symboles tombaient, comme le lieu culturel Gödör, repris par une personne proche des idées d’Orban.”

Cliquer ici pour voir la vidéo.


L’éclosion

Vincent me parlait de la dépersonnalisation de la politique notamment dans le mouvement de la décroissance. Tout le monde peut être porte parole, électeur, ou devenir candidat. Ils disent : “Notre candidate est la décroissance”. Ce qui me touchait, c’était d’abord le côté universel de sa vision de la société. J’ai cherché à faire ressortir cela dans ma sélection audio et graphique. J’ai donc choisi de travailler sur la déclinaison d’un seul portrait avec un mouvement d’éclosion. Je représente d’abord Vincent au travers un flou avec l’idée qu’il pourrait être chacun d’entre nous. Même si on l’entend se présenter, au tout début de la P.O.M,  je voulais qu’on rencontre son regard, qui est assez fort, seulement à la fin.

Vincent Liegey - © Jacob Khrist/21voix2012

Dans ce regard, je me vois en train de prendre la photo. Mais l’idée est, à nouveau, que cet autre pourrait être chacun d’entre nous. Dans ces yeux, il y a l’autre. C’est toujours la recherche du regard qui m’importe, quelque chose qui tient de la pureté, mais aussi, la notion de flou. Je cherchais ce mouvement entre l’éclosion et l’universalité, pour représenter cette idée : la relation entre la décroissance en politique et l’épanouissement de la personne dans la société.

Budapest - © Jacob Khrist/21voix2012

Morgan Fache : les néo-ruraux

Morgan Fache suit des néo-ruraux depuis trois ans. Un sujet au long cours qu’il garde de côté pour le moment.  “Je suis plusieurs personnes qui font ce qu’on appelle ‘un retour à la terre’. Beaucoup lâchent car c’est fastidieux. Mais mon but est de suivre leur évolution dans le temps, montrer les côtés positifs et négatifs.” Ces néo-ruraux sans terres suivent une formation, apprennent les rudiments du métier et terminent leur parcours par un stage et une passation de terre quand cela est possible. Morgan ajoute :

Le problème des jeunes agriculteurs c’est le foncier. Si on ne leur lègue pas une terre, il faut l’acheter, et les terres a louer sont rares.

Jérémie © Morgan Fache /21 voix pour 2012

Point de départ, le Tarn, son département d’origine.  Morgan cherche pour le projet 21 voix un profil de paysan plutôt militant et cultivant du bio. Après une déconvenue, il se tourne vers un ami, Jérémie, en reconversion lui aussi.  “Il sort de cette même formation. Je me rappelle d’une époque où il était un peu perdu. Pas tant sur ce qu’il voulait faire, mais plutôt sur comment il allait le faire.  Après cette formation il a eu la chance de trouver une terre à louer et de ne pas avoir de soucis par rapport à son habitat.”

Sur les routes du Tarn © Morgan Fache /21 voix pour 2012

Morgan Fache passe deux jours avec Jérémie et son entourage. “Jérémie développe une agriculture hors des sentiers battus, hors labels. Il fait partie de Nature et progrès une fédération de consommateurs et d’agriculteurs avec un côté plus social qu’un simple label bio. Les échanges entre les gens sont prépondérants. C’est ce que Jérémie a toujours recherché. “

Cliquer ici pour voir la vidéo.

La terre à l’avenir

Il est 17h ou 18h. Nous sommes au mois de décembre. Il fait déjà nuit. Jérémie livre ses produits frais sur une aire d’autoroute juste avant d’entrer sur Albi. Il a une dizaine de clients fidèles, des particuliers. Ils se retrouvent deux fois par semaine avec un autre maraîcher. À deux, ils peuvent proposer plusieurs variétés de légumes et ils peuvent aussi se relayer. À partir de là tout va très vite.  Ils discutent pour voir si la santé est bonne, ils se connaissent depuis longtemps. L’ambiance est sympa, ces personnes viennent même le voir de temps en temps le week-end sur ses terres.

Portrait de Jérémie par © Morgan Fache / 21 voix pour 2012

Nous sommes repartis dans sa voiture, Bob Marley en fond sonore. C’est sur ce chemin du retour que j’ai pris la photo. Il a l’air en paix et dans son monde. La lumière était belle, avec celle des phares conjuguée à celle des petits villages que nous traversions. Cet aller vers la terre lui correspond, cela fait dix ans qu’il en parle. Même si ce n est pas toujours simple au niveau financier, Jérémie réalise ce qu’il avait envie d’être.

Sur les terres de Jérémie © Morgan Fache /21 voix pour 2012


Photographies par ©Jacob Khrist et @Morgan Fache pour le projet transmédia 21 voix pour 2012

Les photographes

Morgan Fache vient d’avoir 31 ans. Travailleur social pendant cinq années dont la moitié à l’étranger, c’est en Nouvelle-Calédonie en 2008 qu’il décide de faire de la photographie son métier. Après un CAP photo, il enchaîne les postes d’assistant auprès de différents photographes et répond à ses premières commandes en freelance. Intéressé par des thèmes sociaux et particulièrement le travail de mémoire sur les communautés dites marginales, il intègre la filière photojournalisme de l’EMI-CFD en 2011.

Jacob Khrist a (bientôt) 33 ans. L’appareil photo constamment en bandoulière, il documente la scène artistique parisienne pendant plusieurs années. C’est à travers les portraits qu’il retranscrit sa vision du monde, et de l’humain. Son intérêt pour les nouvelles formes de narration et les possibilités offertes par le “transmédia”, l’amènent à l’EMI-CFD en 2011.

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2012 tout en tabous http://owni.fr/2011/07/15/decroissance-nucleaire-medias-les-sujets-tabous-de-la-presidentielle/ http://owni.fr/2011/07/15/decroissance-nucleaire-medias-les-sujets-tabous-de-la-presidentielle/#comments Fri, 15 Jul 2011 14:59:40 +0000 Merome http://owni.fr/?p=73674 La présidentielle est LE moment démocratique de la vie politique française. Pendant quelques mois, on devrait aborder sans détour les sujets les plus novateurs, porteurs d’espérance, originaux, étant entendu que pas mal d’indicateurs sont au rouge, y compris ceux pour lesquels les gouvernements successifs se sont battus bec et ongle depuis des décennies (chômage, croissance, insécurité).

Puisque tout ce qu’on a essayé jusqu’ici ne marche manifestement pas, il serait judicieux, de la part des politiques comme des médias, de s’intéresser à toutes les théories, politiques et économiques, alternatives. Je vais vous confier une chose : cela ne se produira pas. Pour la plupart des gens qui ont voix au chapitre dans notre pays : there is no alternative.

Puisque les JT vont réchauffer les vieilles soupes dans les casseroles des hommes politiques, il ne reste plus que le web pour trouver du neuf, aussi je vous fais la liste de tout ce dont vous n’entendrez pas parler dans les médias, et qui vaut pourtant la peine de s’y intéresser.

La décroissance

Ça fait juste cinq ans que j’en parle ici et le mouvement existait déjà auparavant, c’est donc loin d’être une nouveauté, mais on n’en parle toujours pas plus que ça dans les médias dominants. Sauf bien sûr pour décrédibiliser le concept en présentant des allumés du retour à la terre, chantant des cantiques autour d’un feu de camp, ou fouillant dans les poubelles pour se nourrir des surplus de la société de consommation.

Pourtant, une chose est sûre : la croissance infinie dans un monde fini est impossible. C’est juste un principe physique aussi indiscutable que la pesanteur, la relativité ou la poussée d’Archimède. J’ai du mal à comprendre pourquoi 98% de la classe politique continue à s’accrocher à la croissance comme une moule à son rocher, et pourquoi 95% des Français y croient encore.

L’indicateur PIB est obsolète. S’il a pu représenter une certaine forme de progrès humain à une époque, ce n’est aujourd’hui clairement plus le cas. L’abandonner pour d’autres indicateurs plus pertinents est urgentissime. Je ne connais pas un seul journaliste qui interroge les politiques à ce sujet. Pour en savoir plus, lisez ou écoutez Serge Latouche, Paul Ariès, Hervé Kempf. Des centaines de vidéos circulent sur le web, les bouquins sont disponibles en librairie. À vous de jouer.

La création monétaire

Un des thèmes les plus scandaleux du siècle, mais qui reste un mystère aussi bien gardé que le Da Vinci Code : qui crée la monnaie ? On a tous vaguement l’intuition que c’est l’Etat qui frappe la monnaie, et crée l’essentiel du pognon qui circule. On se trompe tous dans les grandes largeurs. 7% de la monnaie est fiduciaire et effectivement émise par la banque centrale.

Le reste, 93% est émise par des banques privées, au moment de l’accord de prêt. Si vous n’êtes pas familier avec cette théorie, vous devez la nier en bloc. C’est pourtant une réalité officielle : l’essentiel de l’argent qui circule est de l’argent-dette, créé de toutes pièces (si je puis dire), au moment où les banques privées accordent des prêts. Si, comme moi, vous ne comprenez rien à la finance et à la compta, ça vous indiffère sans doute. Nous avons tort. C’est sans doute un des points clés des dysfonctionnements de nos sociétés, à commencer par cette course effrénée à la croissance (voir plus haut).

Si l’État ne contrôle pas la création de sa propre monnaie, alors, il n’y a pas d’État. Et les institutions démocratiques qui entretiennent l’illusion que nous ne sommes pas en dictature, sont des marionnettes aux mains des puissances privées.

Une petite vidéo pédagogique (avec des bruitages agaçants, désolé) pour vous introduire sur le sujet :

Cliquer ici pour voir la vidéo.


D’autres documents à visionner : L’argent-dette (en faisant abstraction du côté complotiste), The American Dream, La conférence d’Etienne Chouard sur la création monétaire

Le revenu de vie / revenu universel / revenu citoyen

Solution directe au problème posé ci-dessus : et si on faisait le pari de distribuer la monnaie autrement, équitablement entre tous. Les avantages d’un revenu inconditionnel, que chacun de nous toucherait tout au long de sa vie, qui remplacerait toute autre forme d’allocation et qui viendrait en complément du revenu généré par son emploi, sont nombreux et séduisants.

Mais, catalogué comme “droit à la paresse”, avec tout ce que ça peut avoir de péjoratif dans le monde du “travailler plus pour gagner plus”, on n’est pas prêt d’en parler sérieusement à la télé. Tourné en ridicule par tous les financiers et les patrons qui n’ont évidemment aucun intérêt à ce que leur pression savamment entretenue sur l’emploi disparaisse, le débat sur le revenu de vie sera remis aux calendes grecques.

Pourtant deux candidats à la présidentielle en parlent d’ores et déjà, et ils sont inattendus : Christine Boutin et Dominique de Villepin l’ont mentionné à plusieurs reprises, prouvant s’il en était besoin l’obsolescence du clivage gauche/droite dans le contexte actuel.

Il est probable que ces deux candidats travestissent l’idée de base pour la vider de toute sa substance. Mais le fait qu’aucun journaliste n’ait eu l’idée d’interroger ces personnes plus profondément sur le sujet en dit long sur le sort qui lui sera réservé pendant la campagne.

Pour en savoir plus sur le sujet, suivez @stanjourdan et @galuel sur twitter. Et lisez la Théorie Relative de la Monnaie de ce dernier.

Le tirage au sort

Puisque le pouvoir est aux mains d’une oligarchie, on peut se poser la question du fonctionnement démocratique dans ce qu’il a de plus essentiel aujourd’hui : l’élection. À la base, l’élection est un mode de sélection des candidats qui n’a rien de démocratique. Seuls les meilleurs (les critères restants à définir) sont sélectionnés. Les assemblées élues n’ont donc rien de représentatives, ni de démocratiques.

On s’imagine souvent que le tirage au sort apporterait autant de problèmes que de solutions, mais c’est parce que nous restons dans une vision très simpliste de ce mode de sélection. Comme le dit fort justement Etienne Chouard : “on n’est pas obligé de le faire bêtement”. Et de préciser tous les mécanismes qui permettent d’éviter qu’un crétin, un méchant, un dangereux, soit au pouvoir parce qu’il a été tiré au sort.

On peut d’ailleurs noter que le système du tirage au sort fonctionne pour les jurés. Il n’y a aucune raison que cela ne soit pas aussi efficace pour les institutions.

Pour aller plus loin sur ce sujet qui, c’est absolument certain, ne sera abordé sur aucune radio et aucune télé, c’est encore Etienne Chouard qu’il faudra consulter.

La collusion entre les médias, les politiciens et les industriels

Si l’on ne voit pas tout ça à la télé c’est parce que journalistes, industriels et politiques partagent les mêmes intérêts. Par conséquent, il n’est même pas question de censure, mais plutôt d’auto-censure. Un journaliste, aujourd’hui, n’a aucune espèce d’intérêt à aller enquêter dans les coulisses du pouvoir, à poser des questions qui fâchent ou à déranger les industriels qui le payent indirectement.

Le travail de Pierre Carles depuis des années est extrêmement éclairant à ce sujet. En réalisant des documentaires sur la télé, il s’est attiré rapidement les foudres de toutes les chaines qui refusent, du coup, de diffuser ses documentaires pourtant extrêmement intéressants. (À voir absolument dans cet ordre les trois documentaires : Pas vu pas pris, Enfin pris et Fin de concession.)

Dans le même thème, saviez-vous que les industriels, politiques et gens de médias les plus influents se retrouvent chaque dernier mercredi du mois pour un dîner ? Appelé le Diner du Siècle, on imagine qu’il s’y échange des propos assez loin de la réalité du terrain et du quotidien des français.

Martine Aubry, qui fait partie du club, s’en est expliquée sur BFM TV (vous noterez que ce n’est pas le journaliste, mais un internaute qui a posé la question : d’ailleurs, les journalistes comme les politiciens, y compris Mélenchon, ignorent ou feignent d’ignorer l’existence de ces diners).

Bien sûr, le Siècle n’est pas le seul club à réunir le gratin parisien. Alain Minc a récemment donné une petite réception pour la même engeance ou presque, sous les objectifs des caméras de Médiapart. Vous noterez que même des journalistes de Marianne étaient invités. Ce qui me conforte dans l’idée que j’avais développée dans un article précédent.

La déroute du nucléaire

Autre sujet à éviter absolument pour les journalistes : les suites de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Pensez donc : quel que soit le vainqueur de 2012, il sera pro-nucléaire. Inutile donc de porter ce débat à la connaissance des Français, il est déjà plié. Les choses empirent doucement au Japon et plus personne n’en parle. Fessenheim, la plus vieille centrale française, située sur une faille tectonique a été reconduite pour dix ans. Tout va pour le mieux.

En revanche, vous entendrez parler de :

L’immigration, sous toutes ses formes, fléau de notre société. Les étrangers sont violents, nuls à l’école, pas intégrés, chômeurs. Ils sentent pas bons et violent nos femmes aussi. Mais ça, ce sera pour plus tard dans la campagne.
On parlera du chômage aussi, à outrance, pour bien rappeler à tous qu’il faut aimer son emploi et l’exercer jusqu’à la mort du mieux qu’on peut.

La crise ne sera abordée que sous son angle le plus dramatique, afin de rappeler que les temps sont durs pour tout le monde et qu’il faut se serrer la ceinture. Pas une fois, la responsabilité des banquiers et des politiciens ne sera mise en cause.

Les grèves, les manifestations de la jeunesse, les indignés seront toujours tournés en ridicule. On mettra un micro sous le nez du premier imbécile qui ne sait pas de quoi il parle pour en faire le porte parole d’une génération de décérébrés qui n’ont décidément rien compris.

La grossesse de Carla continuera la série glamour des mariages princiers qui ont fait l’objet de centaines d’heures de direct inutiles. Les constructeurs automobiles, les vendeurs d’énergie, les fabricants de téléphones portables seront invités régulièrement sur les plateaux pour présenter leurs nouveautés qui vont changer le monde, en plus de nous abreuver de leurs pubs débilisantes.
Toutes les dérives de la société, les suicides, les violences, les actes désespérés seront mises sur le dos d’internet puisque c’est le dernier endroit où l’on peut lire des informations dissonantes. Si l’on peut, on bâillonnera ce média, sinon, on en soulignera le danger pour la société.

Sauf…

Sauf, bien sûr, si l’on se réveille et que, chacun à notre niveau, on fait en sorte que se diffuse l’information et que se tiennent les débats, sans les médias. Mais dans ce cas, il faut se grouiller. Le temps presse !


Billet initialement publié sur On Refait le Blog sous le titre “Chroniques présidentielles – les sujets tabous”

Illustrations FlickR CC PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par Twaize PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par Community Friend PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par philippe leroyer

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Bonne résolution pour 2011 : guérir l’économie de la maladie de la croissance http://owni.fr/2010/12/31/bonne-resolution-pour-2011-guerir-leconomie-de-la-maladie-de-la-croissance-decroissance-crise-pib-ecologie/ http://owni.fr/2010/12/31/bonne-resolution-pour-2011-guerir-leconomie-de-la-maladie-de-la-croissance-decroissance-crise-pib-ecologie/#comments Fri, 31 Dec 2010 16:19:04 +0000 Stanislas Jourdan http://owni.fr/?p=37458 A l’exception notable d’une branche d’Europe Ecologie, l’ensemble de la classe politique positionne ses programmes politiques dans des objectifs de recherche de la croissance économique. La croissance est ainsi vue comme le seul moyen de résoudre le chômage, de rembourser les colossales dettes publiques, et de réduire les inégalités.

Pourtant, alors que nous ne sommes qu’à l’aube d’une nouvelle crise financière, notre espérance de croissance a-t-il jamais été aussi faible ? Et alors que de plus en plus de voix se lèvent pour prôner la décroissance, n’y a-t-il pas des raisons légitimes de croire que le capitalisme arrive à la fin d’un cycle expansionniste ?

Après m’être attaqué il y a quelques semaines au mythe du plein emploi, c’est donc le mythe du retour de la croissance qu’il faut aujourd’hui abattre pour construire le monde de demain.

Quand la croissance ne permet plus de rembourser les dettes…

Tout d’abord, commençons par analyser la conjoncture actuelle. Les rocambolesques « sauvetages » de la Grèce ainsi que de l’Irlande nous présagent un avenir bien sombre sur l’ensemble de l’Europe. De quoi s’agit-il exactement ? Ce n’est pas aussi compliqué que cela puisse paraitre, et je vais en tout cas essayer de résumer la situation.

Les états européens accumulent les déficits publics depuis 30 ans. Pour se financer, ils se sont endettés sur les marchés en émettant des obligations (= des dettes à moyen terme). Qui achète ces obligations ? Essentiellement les banques, assurances et autres investisseurs de nos propres pays, parfois même des investisseurs étrangers (la Chine par exemple). Pourquoi le font-ils ? Parce que les états sont théoriquement des agents qui ne peuvent pas faire faillite, donc les obligations sont réputées « sans risque », la bonne affaire quoi!

Sauf que la crise financière des subprimes de 2008 a accéléré l’endettement des états, qui ont perdu leurs dernières plumes dans des plans de relance coûteux et inefficients. Du coup, ceux-là même (les banques) qui achetaient les yeux fermés les obligations d’état se sont levés un bon matin en réalisant que l’état grec n’était plus en état de payer. Ils se mettent donc à revendre massivement leurs titres, provoquant ainsi une panique et une hausse des taux des obligations vers 12-13% voire plus, ce qui signifie que la Grèce ne peut tout simplement plus financer son fonctionnement : c’est la faillite.

Afin d’éviter cela, l’Union européenne a décidé de créer un fond de stabilité, qui permet à l’UE de racheter des obligations grecques pour rassurer le marché et financer la Grèce à un coût raisonnable.

Le problème, est que la Grèce, bien que dans une situation exceptionnelle, n’est pas un cas isolé. Répétez le scénario au cas de l’Irlande (fait), de l’Espagne (ça arrive…), du Portugal, de la Belgique, de l’Italie et de la France, et vous comprendrez alors que la sphère financière est comme une épée de Damoclès au dessus de l’économie européenne. Notre espérance de croissance est complètement hypothéquée par les marchés. Combien faudrait-il de milliards d’euros pour sauver tous ces pays surendettés ? Certainement trop…

Mais d’ailleurs, quand bien même le fond de stabilité permet de remettre à flots les pays qui en ont besoin, il n’est pas du tout certain que cela suffise à remettre ces pays « dans le droit chemin ». Car la contrepartie de l’aide de l’Europe, c’est la mise en place de plans de rigueur. Or ces plans vont naturellement freiner la croissance par la baisse du pouvoir d’achat. Concrètement, un pays comme la Grèce n’a que 2 options : entrer dans la déflation afin de relancer sa compétitivité à moyen terme (comme le suggérait Dominique Strauss-Kahn) ; ou au contraire provoquer de l’inflation, ce qui permet de faire « fondre » la dette souveraine. Mais dans tous les cas, la  croissance à court terme est très fortement compromise par les deux scenarii ! Or, en absence de croissance, comment feront les états pour rembourser les nouvelles obligations émises (et leurs intérêts !) ??!

Bref, vous l’aurez compris, nous sommes loin de la « reprise » que nous promettaient nos dirigeants il y a quelques mois.  Mais la vérité est plus profonde que cela. Ce que nous rappelle cette crise, c’est que depuis les années 80, nous avons endetté toujours plus massivement encore la société (citoyens, entreprises et états confondus) pour tenter de stimuler une croissance inexistante et ainsi retrouver le plein-emploi. Mais cette croissance n’était que virtuelle, car, étant sans cesse dans l’impossibilité de rembourser les intérêts de la dette (vu que la croissance n’était pas suffisante…), son coût était sans cesse repoussé par de nouveaux emprunts… Après la crise de 2008 « sanctionnant » le niveau excessif des dettes privées, c’est aujourd’hui les dettes publiques qui se trouvent dans le collimateur de la méfiance des marchés. La boucle est bouclée…

La morale de cette histoire, c’est que le surendettement généralisé du système ne peut plus continuer. Nous touchons aux limites du système, la fin d’un cycle : nous devons nécessairement trouver d’autres moyens de financer l’économie (en reprenant par exemple la souveraineté de la création monétaire – perdue depuis Maastricht). Mais en attendant, il faut bien que quelqu’un paie… !

… ni de créer de l’emploi

Nous venons de voir comment, derrière une crise en apparence conjoncturelle, notre espérance de croissance à court et moyen terme avait été anéantie par la  sphère financière. A présent, analysons comment les autres fondements de la croissance économique du XXème siècle sont remis en cause : les ressources naturelles et la démographie.

Ce n’est un secret pour personne, notre économie repose en grande partie sur la consommation de matières premières dont les réserves naturelles sont par nature limitées : le pétrole, le cuivre, le gaz, le charbon, l’uranium etc. Sans ces ressources là, nous serions incapables de produire et marchander autant qu’aujourd’hui. Certes, personne ne peut prétendre savoir quand nous serons à court de ces-dites ressources, mais nous savons tout de même que nous ne pourrions soutenir les besoins planétaires si le reste du monde avait le même niveau de vie moyen que celui des citoyens des pays développés. Autrement dit, dans l’état actuel, si la croissance de pays comme la Chine et de l’Inde continue, elle se heurtera nécessairement au manque de ressources planétaires (ce qui nuirait alors à la croissance mondiale).

D’autre part, nous savons que la population des pays développés est vieillissante et que notre population ne croît aujourd’hui que grâce à l’immigration. Qu’en sera-t-il à l’avenir ? Il est fort probable que la population actuellement stagnante va diminuer, réduisant de fait la consommation domestique (qui est le principal moteur de la croissance française de ces 15 dernières années…) Dans les pays du Sud qui n’ont pas achevé leur transition démographique (l’Afrique surtout), la population augmentera encore pendant quelques décennies, alors même que l’on ne sait même pas comment nourrir les populations existantes. Les capacités de production risquent de ne pas subvenir aux besoins des prochaines générations.

Tout semble donc indiquer que notre système économique n’est pas viable dans ces conditions. En fait, la notion de croissance (sous-entendu : illimitée) risque de se confronter à la réalité des limites de notre planète dans laquelle la plupart des ressources ainsi que la population ne peuvent pas être illimités. Nous avons tendance à l’oublier, mais la croissance des 50 dernières années a été exceptionnellement exponentielle. Il ne serait donc pas « anormal » qu’elle ralentisse fortement au XXIème siècle. Comme le suggère le graphique ci-dessous (déniché ici), nous ne ferions qu’entrer dans une nouvelle péridode : la phase de stabilisation de la croissance :

Que nous réserve un avenir sans croissance ? Avant de tenter d’en projeter quelques pistes, faisons tout d’abord la critique du modèle de croissance. La croissance n’est qu’une représentation statistique de l’expansion de l’économie. On sait bien que le PIB n’est pas du tout représentatif du bonheur d’une population. C’est évident, mais toujours bon à rappeler : si la croissance ne profite qu’à 10%, et appauvrit les 90% restants, alors à quoi bon la rechercher ?

Et c’est malheureusement à peu près ce qui se passe en France depuis les années 80.

D’une part, on constate que le lien entre croissance et emploi s’est affaibli. Autrement dit, la croissance économique n’est pas nécessairement créatrice d’emploi, notamment en raison des gains de productivité comme je l’expliquais dans mon dernier article, étroitement lié à l’augmentation du travail à temps partiel subi. Nous assistons donc à une « croissance sans emploi ».

Source : Rapport Insee : Le contenu en emplois de la croissance française (pdf)

Par ailleurs, nous savons également que la croissance des 30 dernières années est marquée par un partage déséquilibré de la valeur ajoutée entre capital et travail qui est la conséquence directe d’un rapport de force défavorable aux travailleurs (en raison du au chômage). Ce rapport est stabilisé à environ 67% depuis 1985 au lieu de 72% auparavant.

Pas grand chose me direz-vous, sauf que dans le même temps, la rémunération du travail a progressé très faiblement, à un rythme moins élevé que la croissance de la valeur ajoutée (0,7% pour les salaires contre 2% d’augmentation de la VA). Cette stagnation, couplée à une inflation (même sous contrôle), entraine naturellement une baisse du pouvoir d’achat dont plus d’un se plaint aujourd’hui. Cependant, plutôt que de se cantonner au clivage classique « actionnaires vs. salariés », n’oublions pas que la valeur ajoutée partageable est aussi plombée par le poids des cotisations sociales. Il résulte donc en partie d’un choix de société : une large couverture sociale en échange de moins de pouvoir d’achat.

Source : rapport de l’Insee : Partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunérations en France (pdf)

Enfin, autre point à noter, la croissance économique ne tient pas compte des externalités négatives qu’elle commet. Ainsi, lorsqu’une entreprise pollue une rivière, ou qu’un secteur crée à lui seul une crise économique (suivez mon regard…) il contribue tout de même à la croissance. Pire, lorsqu’une autre entreprise dépollue, son activité génère également de la « croissance »… Je vous laisse imaginer ce que cela donne lorsqu’une seule entreprise fait les 2 activités (exemple de l’industrie de l’armement qui conçoit à la fois les mines anti-personnelles et les appareils de déminages…).

Pour conclure, malgré la croissance économique des 30 dernières années, il semble que les inégalités se soient creusées tout en remettant en cause la soutenabilité de l’environnement pour les générations futures. La croissance, n’est donc pas forcément positive en soi. Si elle ne profite qu’à certaines populations, au détriment d’autres, alors la croissance peut même avoir un effet nul sur le progrès d’une société. Sommes-nous en arrivé là ? Difficile de trancher en l’absence d’indicateurs précis sur ce sujet. Et puis surtout, on peut également objecter que la situation serait pire sans croissance. Cela est peut être vrai pour la période qui s’achève, mais qu’en est-il de la période à venir ? N’y a-t-il pas des moyens de faire progresser la société sans croissance économique ?

Puisque les fondements de la croissance économiques sont aujourd’hui abbatus, allons nous alors vers la catastrophe ? L’économie va-t-elle se réduire, nos niveaux de vie diminuer ? Allons nous donc vers la décroissance absolue, ou assistons nous simplement à une transition vers un autre paradigme économique?

De l’accaparement au partage : remettre l’économie dans le droit chemin

Le paragraphe précédent nous permet déjà de relativiser ces craintes : la croissance n’a de toute façon jamais permis de résoudre tous les problèmes. Au contraire, elle les a parfois aggravé. Mais outre cela, il faut nuancer le concept « décroissance ». Il ne s’agit en aucun cas d’une décroissance absolue : certains secteurs d’activités, zones géographiques continueront de croitre.

Par exemple, la pénurie prochaine de ressources naturelles nous incitera à trouver de nouveaux moyens d’économiser ou de recycler les matières premières : il faudrait faire plus avec moins, alors que le capitalisme se contentait de l’efficacité, nous devrons rechercher l’efficience. L’économie aura pour salut les gains de productivité qui seront source de croissance dans les secteurs qui en vaudront la peine (mais ce type de croissance ne sera pas créateur d’emploi, au contraire).

Par ailleurs, comme le notait Thierry Crouzet dans sa relecture de Paul Ariès (un des promoteurs de la décroissance), si les ressources physique sont effectivement limitées, le monde de l’immatériel, lui, ne l’est absolument pas. Ainsi, on peut aisément imaginer qu’à l’heure de la société de la connaissance, nous verrons apparaitre de nouvelles formes de croissance. L’économie de l’abondance, de la gratuité, des modèles open-source… voilà déjà des exemples de création de valeur émergents qui semblent échapper aux logiques économiques traditionnelles ! La valeur de wikipédia pour la société est incommensurable, pourtant sa contribution au PIB n’apparait dans aucune ligne de compte !

Au terme de « décroissance »,  je privilégie donc le terme de « post-croissance » car il sous-entend davantage l’arrivée d’une nouvelle ère, d’un nouveau paradigme : celui où la croissance économique n’est pas au centre du système.

Car finalement, le problème de notre système, c’est justement que sans croissance, il part en vrille : le chômage, les dettes, la finance etc… Nous avons construit une société dont la croissance est à la fois le moteur et le talon d’Achille. C’est donc précisément de cette relation de dépendance qu’il faut s’échapper. L’économie post-croissance, ce serait donc une économie qui permette de continuer à progresser quel que soit le niveau de croissance. Et vous serez peut être surpris, mais c’est possible.

Peter Victor, économiste canadien et auteur de Managing Without Growth a réalisé un logiciel permettant de faire des simulations économiques sans croissance (ou très peu) à partir de différentes hypothèses d’investissement, de consommation, de gains de productivité etc. Ses conclusions aboutissent à l’édification de plusieurs scénarios possibles, tous très différents : catastrophiques autant que positifs. La question n’est donc pas tant de savoir si notre société peut survivre sans croissance, mais de déterminer ce qu’il faut mettre en œuvre pour que cela soit possible !

Sur la base des meilleurs scénarios qu’il a trouvé, Peter Victor propose les directives suivantes :

  • soutenir massivement et directement les populations les plus pauvres ainsi qu’une meilleur répartition des richesses en général (moins de « super-riches ») ;
  • investir dans la production de biens publics plus que des « positional goods » (biens de consommation ostentatoires), ainsi que des investissements de productivité ;
  • Dans l’idéal, les balances commerciales devraient être nulles (exports = imports).
  • la population doit stagner.
  • l’établissement de quotas d’utilisation des ressources naturelles ou de production d’externalités négatives.

Ces politiques sont loin d’être hors de portée. Des mesures comme le revenu garanti minimum associé à un système monétaire à dividende universel, les monnaies complémentaires, ou encore la réforme de la fiscalité, l’extention du domaine de la gratuité, sont des exemples de mesures concrètes et réalisables qui s’inscrivent parfaitement dans cette perspective.

Malheureusement, il semble que l’on soit en train de prendre une direction tout à fait opposée. Accrochés à leurs vieux dogmes obsolètes, les politiques vont continuer à nous vendre leur soupe à la croissance pendant un certain temps encore.  Ils empireront encore plus la situation comme ils le font actuellement en essayant de sauver le système financier.

La crise de la dette souveraine qui vient va faire mal, très mal. Nous pouvons tout juste espérer qu’elle fera surtout mal aux « bonnes personnes » (i.e. les plus riches) et qu’elle sera le coup de fouet salutaire qui nous forcera à changer nos mentalités et nos comportements… Mais dans tous les cas, les 10 prochaines années risquent d’être longues avant que l’on entre enfin dans le XXIème siècle.

Sources des graphiques et autres données statistiques :
Le contenu en emplois de la croissance française (rapport Insee)
Partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunérations en France (rapport Insee)
Consultez aussi mon pearltree sur la décroissance

Article initialement publié sur Tête de quenelle sous le titre La croissance économique est au bout du rouleau.

Photos FlickR CC Anne Oeldorf-Hirsch ; killthebird ; The US National Archive ; Josep Tomas.

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Evolution de la consommation collaborative au rythme des réseaux http://owni.fr/2010/11/15/evolution-de-la-consommation-collaborative-au-rythme-des-reseaux/ http://owni.fr/2010/11/15/evolution-de-la-consommation-collaborative-au-rythme-des-reseaux/#comments Mon, 15 Nov 2010 10:57:33 +0000 Hubert Guillaud http://owni.fr/?p=35680 La consommation collaborative correspond au fait de prêter, louer, donner, échanger des objets via les technologies et les communautés de pairs”, explique le site éponyme lancé par Rachel Botsman et Roo Rogers, les auteurs de What’s mine is yours, the rise of collaborative consumption (Ce qui est à moi est à toi, la montée de la consommation collaborative).

Ceux-ci affirment d’ailleurs que cette pratique est en passe de devenir un “mouvement”. Un mouvement qui va des places de marchés mondiales comme eBay ou Craiglist à des secteurs de niches comme le prêt entre particuliers (Zopa) ou les plates-formes de partage de voitures (Zipcar). Un mouvement dont les formes évoluent rapidement, comme le montre le secteur automobile par exemple, où nous sommes passés de la vente de voitures par les constructeurs au partage de voitures (Zipcar, StreetCar, GoGet… et Autolib bientôt à Paris) au covoiturage (Nuride qui est plutôt un système de compensation pour inciter les gens à prendre d’autres types de transports, Zimride, Goloco ou Covoiturage en France) à la location de voiture en P2P (DriveMyCar, GetAround, RelayRides, WhipCar). Dans la monnaie, nous sommes passés des banques établies, à des systèmes de prêts entre particuliers (Zopa, Peepex…), puis à des monnaies alternatives (Superfluid ou Batercard…).

“La consommation collaborative modifie les façons de faire des affaires et réinvente non seulement ce que nous consommons, mais également comment nous consommons”, affirment ses défenseurs. De nombreuses nouvelles places de marchés voient ainsi le jour en ligne : que ce soit les systèmes qui transforment les produits en service (on paye pour utiliser un produit sans avoir besoin de l’acheter), les marchés de redistribution (qui organisent la redistribution de produits utilisés ou achetés quand ils ne sont pas ou plus utilisés) et les styles de vie collaboratifs (des gens avec des intérêts similaires s’assemblent pour partager bien, temps, espace, compétences, monnaie, comme dans le cas des achats groupés sur l’internet via les ventes privées, ou du développement des espaces de Coworking comme les Cantines en France).

La liste des sites web permettant ce type d’échanges gagne toutes les thématiques : de l’échange de maison (HomeExchange) à la location de chambre ou de canapés chez le particulier (Airbnb et Couchsurfing) ou de parking en ville (ParkAtMyHouse), voire de jardins (Urban Garden Share ou Landshare)… au prêt de matériel électroménager (Zilok), à celui des produits culturels (Swap), ou de fringues (thredUP), ou à l’échange de la production du jardin (LePotiron)… jusqu’au partage de compétence (Teach Street ou Brooklyn Skill Share) et bien sûr au don d’objets usagers (Kashless, FreeCycle et autres Ressourceries…).

Cliquer ici pour voir la vidéo.


Vidéo : la vidéo promotionnelle du livre de Rachel Botsman et Roo Rogers.

Les fans du partage ont déjà leur magazine : Shareable.net. D’un coup, L’âge de l’accès que décrivait brillamment Jeremy Rifkins dans son livre semble être en passe de s’être réalisé… mais pas de manière uniforme. Les visions et les modèles économiques qui président à la “consommation collaborative” n’ont pas tous la même orientation politique, ne partagent pas toute la même vision de l’économie et du fonctionnement de nos sociétés, tant s’en faut. Certains donnent clairement lieu à des modèles d’affaires qui n’ont rien d’altruiste (Groupon a généré 500 millions de dollars de revenus cette année), alors que d’autres proposent ouvertement un autre modèle de société et d’échange.

Un mode d’échange par défaut

Pour Rachel Botsman et Roo Rogers ces systèmes ont “tendance à devenir, par défaut, la façon dont les gens échangent que ce soit des biens, des lieux, des compétences, de la monnaie ou des services”. Et des sites de ce type apparaissent chaque jour, tout autour du monde. Mode ou phénomène de niche qui devient phénomène de masse ? Difficile à dire parce qu’il n’est pas évident d’arriver à mesurer ce phénomène.
C’est pourtant ce que veut proposer le site Collaborative Consumption, tenter de donner une mesure au phénomène, tout en recensant les outils et en centralisant la discussion sur cette évolution, pointe Bruce Sterling sur Wired.

Jenna Wortham pour le New York Times a ainsi loué un Roomba, ce robot aspirateur, pour 24 heures via la plate-forme SnapGoods. Une plate-forme parmi de nombreuses autres comme NeighborGoods ou ShareSomeSugar. Il existe bien d’autres services de ce type, allant des services d’achats groupés comme Groupon ou Vente privée, aux sites de voyages entre pairs comme Airbnb, aux sites d’échanges de maisons comme Home Exchange, voir même aux sites d’investissements collaboratifs comme My Major Company ou Kickstarter.

Il y a plusieurs formes de consommation collaborative : les formes où l’on achète en commun, de manière groupée, un bien ou un service pour obtenir le plus souvent un prix ; et les formes où les gens se prêtent, se donnent ou s’échangent des biens et services plutôt que de les acheter, estime Jenna Wortham.

Pour Ron Williams, cofondateur de SnapGoods, ce phénomène est lié à ce qu’il appelle “l’économie de l’accès” qu’évoquait Jeremy Rifkins. “Il y a une sensibilisation croissante au fait que vous n’êtes pas toujours heureux d’hyperconsommer. La notion de propriété et la barrière entre vous et ce dont vous avez besoin est dépassée.” La crise est également passée par là et le fait de pouvoir tester un produit avant de l’acheter réfrène (à moins qu’elle ne l’encourage) l’hyperconsommation dans laquelle notre société a depuis longtemps basculé, comme le souligne Gilles Lipovetsky dans son essai sur la société d’hyperconsommation.

Pour autant, ces places de marchés ne devraient pas renverser le modèle traditionnel avant longtemps, estiment les spécialistes. “Ce n’est pas la fin de notre vieille façon de consommer. Mais petit à petit, l’échange entre pairs pourrait bien devenir la façon par défaut dont nous échangeons”, estime Rachel Botsman.

Du produit au sens de la communauté

En attendant, les gens louent un nécessaire de camping pour un voyage, plutôt que de l’acheter, passent la nuit chez d’autres habitants plutôt qu’à l’hôtel… Pour les gens qui louent leur matériel, c’est une façon de se faire un peu d’argent, voire de rentabiliser leur achat. Ce n’est pas pour les économies qu’ils permettent de réaliser que ces services devraient gagner en popularité, mais parce qu’ils renforcent le sens de la communauté.

Ces services transforment un bien de consommation en un moyen de rencontrer ses voisins, estime un utilisateur actif. “Nous surfons sur le désir d’avoir toujours de réelles connexions avec la communauté”, estime Paul Zak, directeur du Centre pour les études en neuroéconomie de la Claremont Graduate University. L’interaction sociale réduit l’émission d’hormones de stress, même en ligne, estime le chercheur qui a montré que poster un message sur Twitter déclenchait une libération d’ocytocine, un neurotransmetteur de satisfaction. Selon lui, le commerce en ligne est appelé à se déplacer au-delà des transactions pour développer l’interaction et les contacts sociaux, comme nous le faisons déjà dans les magasins réels.

Le web ramène le business à l’individu à mesure que les sociétés de commerce en ligne deviennent plus petites, plus spécialisées, de niches. Paradoxalement, le web nous ramène à un modèle d’affaires centré sur l’humain.

Voilà longtemps que les places de marchés comme eBay utilisent la notation et les critiques des consommateurs pour créer un sentiment de confiance entre les participants et éliminer les participants non fiables, en plus de protections techniques. Cette nouvelle vague de systèmes de pairs à pairs utilise également les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter pour susciter de la confiance. “Cette nouvelle économie va être entièrement basée sur la réputation, qui fait partie d’un nouveau tournant culturel : votre comportement dans une communauté affecte ce que vous pouvez faire ou ce à quoi vous pouvez accéder dans une autre”, estime Rachel Botsman. Pas sûr que la réputation soit aussi poreuse d’une communauté l’autre, ni que l’utilisation des sites sociaux comme systèmes d’identification suffise à transformer la relation d’échange. Comme le montre le succès du BonCoin, il n’y a pas nécessairement besoin de ce type de fonctionnalités pour développer les échanges.

Article initialement publié sur Internet Actu.net sous le titre “La montée de la consommation collaborative”

>>Crédit photo Flickr CC : colodio

>Capture d’écran du site Neighborgoods

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“Nous sommes au bord du précipice et nous allons faire un pas en avant” http://owni.fr/2009/09/09/%e2%80%9cnous-sommes-au-bord-du-precipice-et-nous-allons-faire-un-pas-en-avant%e2%80%9d/ http://owni.fr/2009/09/09/%e2%80%9cnous-sommes-au-bord-du-precipice-et-nous-allons-faire-un-pas-en-avant%e2%80%9d/#comments Wed, 09 Sep 2009 12:56:10 +0000 Montpellier Journal http://owni.fr/?p=3377 Pierre Rabhi est agriculteur et écrivain. Il a été candidat à l’élection présidentielle française en 2002. Son programme mettait notamment en avant la décroissance soutenable et appelait à “l’insurrection des consciences”. Il était invité jeudi au Corum par la Société anthroposophique pour une conférence intitulée : “En mouvement pour la terre et l’humanisme”. En cette rentrée scolaire où la tentation est grande de remettre la tête dans le guidon, Montpellier journal a pensé qu’il n’était peut-être pas inutile de porter à la connaissance de ses lecteurs, le contenu de cette conférence.

Pierre Rabhi au Corum de Montpellier, le 27 août 2009 (photo : Mj)Il est, en effet, facile d’établir des liens entre l’histoire de l’Humanité, ses transgressions et ses dérives, brossée par le conférencier devant 150 personnes et des sujets locaux comme la croissance urbaine, le doublement de l’A9, Velomagg’, le tramway, Agrexco, Odysseum, les déchets, la publicité, etc.

Pierre Rabhi préside l’association Colibris qui tire son nom d’une légende amérindienne :
“Un jour,
dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit :
« Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »
Et le colibri lui répondit :
« Je le sais, mais je fais ma part. »

L’article qui suit peut se lire et s’écouter en partie. Le son intégral est à la fin. Après l’état des lieux, une deuxième partie traitera des “utopies d’aujourd’hui qui sont les solutions de demain”.

“Nous sommes plus que jamais sommés de changer
pour ne pas disparaître”

“La planétarisation de tous les problèmes” ou pourquoi “nous sommes plus que jamais sommés de changer pour ne pas disparaître.”

Écouter le son (1 min) :

“Sur une échelle de 24h, l’être humain est sur la terre depuis 2 minutes. [...] Cette créature semble retourner contre la nature tout ce qu’elle en reçoit.”
Écouter le son (2 min) :

Comment la nature “aurait pris le risque de l’être humain”
“J’avais écrit un poème style genèse où j’imagine la planète terre se préparant. Bien avant notre avénement, elle se prépare, elle se fait belle.”
Écouter le son ou (1′15) :

Quand l’être humain se considère “comme appartenant à la vie” puis bascule vers “la vie m’appartient”.
“C’est là où se fait le clivage entre les peuples que l’on dit primitifs mais qui ont la sagesse de reconnaître qu’ils font partie de cette vie et qu’ils sont donc une des belles manifestations de la vie.”
Écouter le son (1′30) :

Le moment de la transgression : l’agriculture et la naissance du stockage
Écouter le son (1′) :

“On est passé des spiritualités libres dans lesquelles chacun ressentait les choses au clergé c’est-à-dire à la spiritualité administrée et organisée. Elle s’est accompagnée de l’avénement des civilisations. [...] Le problème de la civilisation c’est que l’être humain sort de ce qui lui revient légitimement et ce qu’il reconnaît comme ce qui entretient sa vie à outrepasser ce qui est légitime c’est-à-dire qu’il va vouloir maîtriser beaucoup plus de choses.”
Écouter le son (2′45) :

“Certains peuples sont allés si loin  qu’ils sont ensevelis
sous le sable des déserts qu’ils ont provoqués”

“La civilisation sort des strictes limites de ce qui est nécessaire pour aller vers le superflux. [...] Au fur et à mesure qu’on avance dans ce qu’on appelle “le progrès” c’est-à-dire quand l’être humain entre en civilisation, cela s’accompagne d’un dépouillement graduel de cette fourrure vivante qu’on appelle la biosphère. Certains peuples sont allés si loin qu’ils sont ensevelis sous le sable des déserts qu’ils ont provoqués. [...] Petit à petit, notre histoire s’est enclenchée sur cet espèce de malentendu qui a fait que l’être humain a perdu toute satisfaction sans se donner aucune limite. Et ne se donnant aucune limite, partout, nous n’avons plus perçu la planète comme un magnifique oasis, un véritable miracle extraordinaire.”
Écouter le son (4′30) :

“Au lieu de considérer la planète comme un don extrêmement rare, nous la considérons comme un gisement de ressources qu’il faut épuiser jusqu’au dernier poisson, jusqu’au dernier arbre. [...] Nous sommes en danger parce que ces pulsions que nous avons depuis les origines sont maintenant efficacement instrumentalisées. Entre les hommes qui coupaient les arbres avec une cognée et une hache et ceux qui disposent d’une tronçonneuse, ce n’est quand même pas la même chose.”
Écouter le son (1′10) :

Comment Pierre Rabhi n’a pas réussi à acheter un arbre de plusieurs siècles à son voisin pour éviter que celui-ci ne l’abatte en 20 minutes. Une illustration de “la capacité de l’être humain à être un prédateur”.
“Nous sommes au bord du précipice et nous allons faire un pas en avant. Il ne faut surtout pas faire ça. Il faut donc comprendre que nous avons à repenser le monde et la vie. Mais on ne pourra pas le faire si on n’intègre pas l’aspect sacré de la vie. Ça ne veut pas dire spirituelle. Le sacré pour moi c’est reconnaître la vie en toute chose.”
Écouter le son (2′30) :

“Le lion n’a pas de banque ni d’entrepôt d’antilopes”

La télé, le milliardaire et la prédation humaine. “Je ne veux pas qu’on compare la prédation animale et humaine. Le lion n’a pas de banque ni d’entrepôt d’antilopes.”
Écouter le son (3′15) :

Les Sioux : frugaux dans l’abondance
“L’écologie c’est une leçon magnifique d’économie. Aujourd’hui on parle d’économie alors qu’il n’y a rien qui n’a moins mérité le nom d’économie que l’économie. [...] Il faut appeler ça la prédation généralisée, l’insatiabilité permanente mais ce n’est certainement pas l’économie.”
Écouter le son (2′25) :

“Il y a une urgence écologique et humaine absolue qui ne peut pas souffrir d’être différée. Qu’avons-nous comme réponses ? On va créer des Grenelles, il y a le développement durable. Mais quel développement durable ? Quel Grenelle ? L’enjeu est tellement énorme ! Politique, géopolitique. Pendant qu’on essaye de nous faire faire quelques économies d’énergie, du bricolage, vous avez la Chine qui est en train de polluer avec les mines… La prédation s’est accélérée. Quand on vous dit, par exemple, que l’Indonésie a augmenté son PIB ou son PNB de 10 %, on ne vous dit jamais que ça se traduit par la destruction de X milliers d’hectares de forêt. La nature et les biens de la nature sont considérés comme des éléments qui font du fric mais on ne prend pas en compte que c’est le patrimoine collectif indispensable à aujourd’hui et à demain qu’on est en train de dilapider.”
Écouter le son (2′15) :

“La nature n’as pas de poubelle, tout ce qu’elle produit elle le recycle. Nous, nous sommes dans un système où tout ce que nous produisons se traduit par 30-40 % de déchets. C’est-à-dire des choses absolument inutiles et qui participent à l’accélération de l’épuisement des ressources de cette planète.”
Écouter le son (1′15) :

“Je n’ai jamais trouvé une femme qui ait inventé un engrenage”

“La naissance de ce avec quoi j’ai un énorme contentieux : “la modernité”. C’est-à-dire le mythe fondateur de “la modernité” : un être humain triomphant c’est-à-dire prométhéen et qui n’a cure ni de la nature ni du vivant. Seulement il a instauré un système dans lequel la rationalité a pris tellement d’importance que cette rationalité a occulté nos autres façons d’appréhender le monde comme l’ont fait depuis longtemps nos ancêtres c’est-à-dire pas seulement par l’intellect mais par leurs sensations, leur intuition.”
Écouter le son (2′05) :

“Je n’ai jamais trouvé une femme qui ait inventé par exemple un engrenage, une manivelle. Ca ne semblait pas les intéresser. [...] Il y a une forme de masculinisation de notre paradigme qui a exacerbé tout le côté violent, puissance. C’est un espèce de diktat permanent, mental, partout. Et je ne le dis pas parce que je suis jaloux, ce n’est pas une question de biceps. Il y a des biceps aussi symboliques, il n’y a pas que les biceps physiologiques. La force ! Et cette force a généré un antagonisme structurel qui a abouti à une fragmentation de notre système vivant. [...] Chaque nation est circonscrite dans son territoire qui vise à survivre et donc c’est l’antagonisme et la compétitivité économique et militaire. En s’enfermant dans des frontières sécuritaires qui sont censées produire de la sécurité, ça produit de l’insécurité. Et l’insécurité va nous amener à dire : “Il faut des armements pour défendre”, etc. Et ça justifie toutes ces horreurs, toutes ces inventions complètement stupides et négatives qui démontrent bien que l’espèce humaine n’est pas intelligente. Si nous étions intelligents, on n’en serait pas là où on en est aujourd’hui.”
Écouter le son (3′05) :

Transporter une personne avec une voiture ?
“C’est comme jouer au billard avec une poutre”

“La fragmentation a même atteint la médecine. On fait de la dissection, on étudie le corps humain et les organes et puis chacun s’empare d’un organe et en fait sa spécialité. Ce qui fait que vous rentrez dans le Taylorisme. Aujourd’hui pour être soigné, c’est énorme : vous allez voir quelqu’un qui s’occupe d’une oreille, quelqu’un qui s’occupe du pied, le troisième s’occupe… Et on est en train de courrir d’un spécialiste à l’autre. Alors qu’en fait, à l’évidence, notre corps et notre esprit sont un et indivisible. Par conséquent, la sagesse des médecines chinoises, etc. était beaucoup plus juste en disant c’est une globalité. Non seulement l’individu est global mais il est inscrit aussi dans l’univers.”
Écouter le son (1′10) :

“Qu’a fait la révolution industrielle ? Elle a exhumé la matière morte du sous-sol qu’elle a exaltée. Et aujourd’hui nous sommes dans une civilisation minérale et de la combustion énergétique. [...] Quand on est deux, on peut dire que le ratio est à peu près bon mais quand je suis tout seul dans ma voiture, je pèse 52 kg, ma voiture pèse 1,5 tonnes,… Jamais il n’y a eu une logique pareille de dire qu’il faut une 1,5 tonnes pour déplacer 52 kg. C’est complètement aberrant, stupide. C’est comme jouer au billard avec une poutre. C’est aussi stupide que ça. Et ça c’est très symbolique du non-sens dans lequel nous sommes tombés.”
Écouter le son (1′45) :

“L’outil qui était censé nous servir est en train de nous asservir”

“La voiture nous a fait percevoir le temps et l’espace autrement. Nous avons organisé notre espace de vie dans la dispersion : l’école là-bas, le travail de l’autre côté, les commerces là-bas, etc. Ce qui fait que la voiture est devenue indispensable parce qu’elle relie les différents pôles nécessaires à notre existence. Ce qu’avant, on faisait intelligent avec ses jambes. On rapprochait au moins les choses entre elles. Cette dispersion a amené un système qui nous a installés dans le traquenard où nous ne pouvons plus nous passer de nos outils. C’est-à-dire que l’outil qui était censé aider, améliorer la provision, est devenu indispensable. Aujourd’hui, j’entends dire : « Ah ! l’ordinateur ne fonctionne pas », etc. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l’outil qui était censé nous servir est en train de nous asservir.”
Écouter le son (1′10) :

“Cet asservissement fait qu’il y a des outils que nous amenons comme une substitution aux défaillances humaines. Aujourd’hui nous avons des outils de communication mais de moins en moins de relations. Le manque de relations est pallié par la communication. De plus, ce sont des outils qui connectent les solitudes puisque nous sommes dans une société de la solitude. Ça ne veut pas dire que je suis contre ces outils. Ils sont devenus extrêmement perfectionnés mais la conscience qui les utiliserait rationnellement en les subordonnant, en les maintenant comme des outils, n’est pas assez évoluée pour pouvoir en faire des outils utiles. [...] Tout ça fait partie de cette évolution dans laquelle nous ne nous rendons pas compte que la civilisation industrielle est passée par l’exhumation de la matière morte retournée contre la biosphère et ensuite surtout par l’aliénation humaine.”
Écouter le son (1′55) :

“Des hypernantis qui font une concentration extraordinaire
de tout l’effort collectif”

“Le progrès censé – censé – améliorer la condition humaine a provoqué, au contraire, une parité entre le Nord et le Sud qui est catastrophique. C’est-à-dire que les pays disposant de technologies, avancent, à grande vitesse – sans savoir exactement où ils vont et puis il y a quatre cinquième de l’Humanité qui essayent de les suivre. Comme elle peut. [...] Vous avez un système pyramidal mondial dans lequel vous avez des hypernantis qui font une concentration extraordinaire de tout l’effort collectif et puis vous avez la frange des indigents. Ce que nous sommes en train aujourd’hui de vivre par le fait même que l’Humanité subit cette partition et cette partition fait que l’Humanité se déséquilibre.”
Écouter le son (1′30) :

L’expérience de l’entreprise
“Je voyais que dans ce microcosme là, il y avait ce que déterminait l’ensemble du système social c’est-à-dire la productivité, la divinisation du travail. Ah ! le travail. Le travail. Travailler. Je veux bien travailler, d’accord mais à condition que le résultat de mon travail s’inscrive dans une équité et pas dans une disparité.”
Écouter le son (2′30) :

L’arrivée des mines de charbon dans le sud algérien ou le bouleversement d’un système social
“Dans les premiers temps, dans ces milieux là, quand ils avaient perçu leur salaire certains ne revenaient pas travailler ou revenaient un mois après.Quand ils revenaient travailler, on leur sonnait les cloches, comme on dit et ils répondaient naïvement : « Mais monsieur, je n’ai pas fini de dépenser mes sous. » C’est-à-dire pour eux : « Puisque j’ai de quoi vivre, eh bien je vis. Voilà. »”
Écouter le son (2′05) :

“Je ne veux pas qu’on m’appelle consommateur,
c’est une insulte”

“Mais travailler pour travailler pour travailler pour accumuler, etc. c’est ce qu’on trouve dans notre système. Cette divinisation du travail pour la productivité en tant que telle, deuxième facteur important du monde moderne. Y’en a trop ? Ça ne fait rien, on continue. Y’a trop de produits agricoles ? C’est pas grave, vous continuez, c’est subventionné, etc. Cette outrance et cet excès sont quelque chose d’absolument ahurissant. Tout cela sous la bannière d’un progrès qui est censé améliorer la condition humaine. Cette aliénation n’est pas prise en compte comme faisant partie véritablement des pertes et profits d’un système dont le métabolisme est de produire de la finance – et même plus de l’argent – peu importe les effets produits sur la communauté humaine et les citoyens. C’est ce que nous voyons aujourd’hui : peu importe les citoyens, on les met dehors pourvu qu’on sauvegarde la capacité à produire des ressources.

Et tout ça, c’est la bannière de : “Vous allez voir ce que vous allez voir, la modernité, la science, la technique vont libérer l’être humain.” [...] Quand on examine l’itinéraire d’un être humain dans la modernité, qu’est ce qu’on retrouve, de sa naissance à sa mort ? De la maternelle jusqu’à l’université, il est enfermé. Ensuite, il y a les casernes pour les hommes – un peu moins maintenant. Et quand on demande aux gens où ils travaillent, tout le monde travaille dans des boîtes : “Je travaille dans une petite boîte.” “Je travaille dans une grande boîte”. Et même pour aller s’amuser, on va en boîte. On y va comment ? On prend sa caisse. Et puis vous avez la boîte où on stocke les vieux en attendant la dernière boîte. Comme destinée, il y a quand même à se poser des questions. Ça, ça s’appelle l’aliénation de l’être humain manipulé par un système qui ne lui dit jamais satisfaction mais toujours insatisfaction. C’est-à-dire comment faire la frustration programmée. Toujours plus, toujours plus, toujours plus. Indéfini, sans aucune limite. Et l’être humain manipulé pour qu’il ne soit jamais satisfait. Toujours quelque chose.

Et la publicité ? On accuse beaucoup les sectes soit disant de manipuler mais la publicité le fait 24h/24 légalement. Elle manipule les êtres humains à être toujours insatisfaits. Et on nous appelle consommateurs. Je ne veux pas qu’on m’appelle consommateur, c’est une insulte. Je suis d’abord un être humain avant d’être un consommateur. Vous voyez ces petites nuances qui n’ont l’air de rien mais qui sont extrêmement importantes. Aujourd’hui, pouvons-nous être conscients de notre inconscience ? Tout le problème est là.”
Écouter le son (3′15) :

Écouter le son intégral de la première partie (48′) :

Télécharger le son intégral de la première partie (fichier Mp3 de 44 Mo)
Télécharger le son intégral de la deuxième partie (fichier Mp3 de 48 Mo)

> La deuxième partie de cette conférence : “Une famine universelle est en train de se préparer”, à apprécier sur Montpellier Journal

Voir aussi :

Terre et humanisme, association initiée par Pierre Rabhi

Colibris – Mouvement pour la Terre et l’humanisme

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http://owni.fr/2009/09/09/%e2%80%9cnous-sommes-au-bord-du-precipice-et-nous-allons-faire-un-pas-en-avant%e2%80%9d/feed/ 4