OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Ces hackers devenus mercenaires http://owni.fr/2012/10/23/ces-hackers-devenus-mercenaires/ http://owni.fr/2012/10/23/ces-hackers-devenus-mercenaires/#comments Tue, 23 Oct 2012 15:14:18 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=123847 Les nouveaux barbouzes. Le monde opaque du renseignement privé, des barbouzeries, surgit parfois à la faveur d'affaires judiciaires. Les protagonistes sont alors des grands flics, des anciens des services secrets, des dirigeants du CAC40, parfois des pirates informatiques. ]]>

C’est l’histoire d’un triangle, de trois personnages incarnant trois univers bien réels. Les officines d’abord. Elles sont au cœur du livre que signe Emmanuel Fansten, Les nouveaux barbouzes (Robert Laffont). S’y retrouvent des anciens des services spéciaux, des grands flics et des pirates informatiques, hackers du côté obscur surnommés les “black hats”.

Les nouveaux barbouzes

Dans cette enquête-polar, le journaliste Emmanuel Fansten plonge dans le monde du renseignement privé, le monde des barbouzes. Le secteur, officiellement labellisé “intelligence économique” s’est développé à partir des années 1990 en France. Les anciens des services secrets croisent les grands flics corrompus et de hauts fonctionnaires en activité. Lorsqu’elles sortent, les affaires d’espionnage (Renault, Canal Plus, EDF, Vivendi…) conduisent parfois au sommet de l’État. Les bonnes feuilles ont été publiées sur Slate.

Deuxième composante du triangle : les services de sécurité intérieur français, principalement la Direction de surveillance du territoire (DST) devenue en 2008 la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Enfin, les grandes entreprises du CAC40 par l’intermédiaire de leur service de sécurité.

Ce système opaque n’est porté à la connaissance du grand public qu’à la faveur d’affaires judiciaires. Des affaires pelotes jamais entièrement remontées. Dans l’une des affaires racontées par Emmanuel Fansten, les protagonistes s’appellent Greenpeace et EDF, Vivendi, la Direction des chantiers navals (DCN), Karachi.

Tous gravitant autour d’un pirate informatique.

Dans votre livre, vous consacrez un chapitre à Alain Quiros, pirate informatique passé des petites missions de dépannage à des affaires d’État, l’affaire Karachi en l’espèce. Quelle a été sa trajectoire ?

Alain Quiros est au croisement de plusieurs affaires importantes. Je l’ai rencontré lors du procès EDF. Il apparaît aussi dans une affaire concernant un laboratoire sollicité par le Tour de France (le LNDD), et l’affaire Vivendi…

Au départ, Alain Quiros n’a aucun lien avec le milieu du renseignement. Il voulait devenir pompier, rien ne le destinait à devenir apprenti barbouze. Il est arrivé par hasard dans le secteur de l’intelligence économique, un secteur fourre-tout qui va de la sécurité au renseignement, sans être vraiment contrôlé. Alain Quiros a commencé par la sécurité physique de certains sites à la Défense, avant de travailler pour le petit cabinet d’intelligence économique d’Alain Richard. À l’époque, il partageait ses locaux avec une figure du secteur : Philippe Legorjus, un ancien du GIGN qui a quitté ses fonctions après le fiasco de la grotte d’Ouvéa.

Le pirate informatique Alain Quiros est fasciné par ce monde du renseignement auquel il n’appartient pas. Un peu par hasard, par l’intermédiaire de Philippe Legorjus, il rencontre Thierry Lohro dans une soirée à Nantes.

Thierry Lorho, un ancien du “service Y”, le service opérations de la DGSE ?

Oui, Lorho est passé par la DGSE et n’hésite pas à le mettre en valeur notamment auprès de jeunes comme Quiros. Thierry Lorho a une petite société, Kargus Consultant, qui travaille beaucoup sur les opérations informatiques. Sur le papier, uniquement via des sources ouvertes, les forums, les blogs etc. Thierry Lorho comprend très vite le potentiel d’Alain Quiros en terme de piratage.

Au début, il lui demande des petits services, sécuriser sa boite email, espionner le mari d’une amie… Un jour, il lui demande de pénétrer l’ordinateur d’une personne présentée comme un ancien salarié. Au fil du temps, Alain Quiros devient l’un de ses principaux sous-traitants.

Alain Quiros est donc un exécutant ? Était-il conscient de ce qu’il faisait ?

Au procès, il est apparu très clairement comme la victime du système, lâché par les donneurs d’ordre. Il gagne de l’argent pour chaque opération, environ 1 000 euros. Il ne mesure pas les risques qu’il encourt. C’est un informaticien pur ! Il cherche la prouesse technique, la performance.

Tout bascule quand il est mis sur le dossier EDF. Thierry Lorho organise sa rencontre à la terrasse d’une brasserie en plein Paris avec le numéro deux de la sécurité d’EDF, Pierre François, un ancien flic.

Un nom sort : Yannick Jadot, le directeur des opérations de Greenpeace. Alain Quiros accepte de pirater son ordinateur. Il a besoin d’une adresse mail, envoie un cheval de Troie en pièce jointe et cherche ensuite dans le disque dur de la cible grâce à une liste de mots-clés fournies par le demandeur.

C’est le premier basculement. Ensuite, une autre personne, le plus mystérieux de l’histoire intervient : Jean-François Dominguez, un ancien légionnaire.

Lui débarque un peu plus tard, après l’affaire d’EDF. Il va voir Lorho pour trouver un pirate informatique qui sera Alain Quiros. Lorho est le seul à connaître tous les protagonistes. Jean-François Dominguez veut des informations sur l’avocat des petits porteurs de Vivendi, Maître Frederik-Karel Canoy. Il donne à Quiros des instructions très précises dans une enveloppe kraft à la terrasse d’un café. Tout fonctionne.

Vient plus tard l’affaire du laboratoire du Tour de France (LNDD) qui donne vraiment l’impression d’avoir affaire à des amateurs alors que les enjeux sont énormes. Comme très souvent dans l’espionnage industriel, il n’y a aucun contrôle en amont. Les affaires n’éclatent que s’il y a un dérapage. Et le dérapage arrive avec cette affaire. L’avocat de Floyd Landis qui avait commandé ces documents les a publiés sur son blog. L’affaire la plus anecdotique, même si elle est grave, a permis aux enquêteurs de remonter le fil : EDF, Greenpeace, Karachi.

Malgré les procédures judiciaires, plusieurs énigmes demeurent : pour qui travaillait Dominguez ? Quelles étaient les relations de Pierre François avec la DST ?

Au cours de l’instruction, Dominguez et Lorho se sont rencontrés pour se mettre d’accord, mais le juge l’a su. Chacun a choisi une ligne de défense différente : Lorho en balançant EDF pour se dédouaner sur le reste ; Dominguez en refusant de parler. L’avocat espionné, Maître Frederik-Karel Canoy, a suggéré que Vivendi était le commanditaire. Rien ne permet de l’affirmer, mais qui d’autre aurait intérêt à se renseigner sur la bête noire de l’entreprise, l’avocat des petits porteurs ? À l’époque, la principale société d’intelligence économique, Atlantic Intelligence dirigée par Philippe Legorjus, comptait Vivendi parmi ses clients.

Aujourd’hui le procès d’EDF est passé, l’entreprise a été condamnée en tant que personne morale, fait rarissime et très symbolique dans ces affaires.

Sans faire toute la lumière sur les liens avec la DST…

Pierre François est non seulement le numéro deux de la sécurité d’EDF, mais aussi le correspondant de la DST dans son entreprise avec qui il est en contact régulier. Ces contacts sont fréquents, c’est la zone grise du renseignement. Depuis l’affaire du Rainbow Warrior qui a été un vrai traumatisme, les services préfèrent garder leur distance ou donner un feu orange, en tout cas ne pas trop se mêler de ce genre d’affaire.

Dans sa plaidoirie, l’avocat d’EDF, Alexis Gublin, a chargé la DCRI en allant jusqu’à laisser entendre que l’entreprise aurait pu être victime d’une opération scabreuse. Cette plaidoirie a été très mal vécue à la DCRI. Thierry Lorho lui-même avait un agent traitant qui a confirmé leurs rencontres fréquentes. Lorho pouvait potentiellement lui apporter des informations sur des affaires en cours. C’est l’archétype de l’ancien des services reconverti dans le privé tout en conservant des contacts avec la maison. Il joue les électrons libres. Difficile d’imaginer que la DST puis la DCRI, n’aient pas été au courant des magouilles de Thierry Lorho !

C’est un triangle avec la DCRI, Thierry Lorho et Pierre François, donc entre l’État, les officines et les services de sécurité des grandes entreprises.

D’autres pirates travaillaient-ils pour Thierry Lorho ?

Certains le prétendent, mais rien ne permet de l’affirmer.

D’autres entreprises de sécurité, Géos, Risk&Co ou autres, font-elles appel aux compétences de pirates informatiques ?

Des sociétés spécialisées dans le renseignement informatique existent et font appel à des pirates pour cartographier les réseaux etc. Rien d’illégal. Parfois, ils franchissent la ligne jaune. La frontière est ténue. Pirater un ordinateur est la manière la plus rapide et la plus certaine d’obtenir des informations. Certains hackers sont devenus des mercenaires du renseignement. Le cas de Quiros est typique : les mercenaires sont dans des situations précaires, quand ils se font choper, l’entreprise se dédouane. Ce sont deux univers très différents qui se rencontrent. Alain Quiros est la partie immergée d’un système très vaste.


Photo par An untrained eye [CC-bync]

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L’Anonymous Calin a été arrêté http://owni.fr/2012/10/19/lanonymous-calin-a-ete-arrete/ http://owni.fr/2012/10/19/lanonymous-calin-a-ete-arrete/#comments Fri, 19 Oct 2012 10:41:40 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=123321 Owni, un nouveau membre français du collectif informel Anonymous a été arrêté lundi et mis en examen. Il s'agit de Calin que les superflics de la DCRI recherchent depuis plusieurs mois.]]>

Les superflics voulaient un Calin depuis des mois, il l’ont eu. Non pas la séance improvisée de free hugs, mais le membre du collectif informel Anonymous répondant au pseudonyme de Calin. Arrêté lundi 15 octobre, il a été placé en garde à vue, avant d’être mis en examen mercredi et présenté devant la juge Noémie Nathan, du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris. Jointe par Owni, l’avocate de Calin Anne-Sophie Lagens confirme.

Une opération menée une nouvelle fois par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Comme en janvier, comme en juin dernier. Et tout s’est enchaîné. En janvier, l’arrestation de Pierrick Goujon (Triskel) provoque l’ire d’Anonymous français qui lancent plusieurs attaques contre des sites. Le climat est chargé, explique Matthieu Hy, l’avocat de l’un des mis en examen :

En janvier se conjuguent trois motifs de protestation pour les Anonymous : les discussions autour du traité Acta, l’arrestation de certains d’entre eux ainsi que la fermeture de Megaupload.

La DCRI veut un calin

La DCRI veut un calin

Trois #Anonymous présumés ont été arrêtés par la DCRI. Le service de contre-espionnage français en recherche un ...

541 noms de policiers

L’une des protestations de janvier reste particulièrement en travers des autorités. Les identités, adresses mails et numéros de portable de 541 policiers du syndicat Unité-SGP Police (classé à gauche) sont diffusés par des Anonymous. Ces policiers étaient inscrits à la newsletter du site, a expliqué Nicolas Comte, le secrétaire général du syndicat. L’un des Anonymous arrêtés les aurait obtenus en exploitant une faille sur le site Internet.

Une faille parmi d’autres qu’il avait découverte et signalée six mois auparavant. Rien n’aurait été fait pour la combler, assure-t-il, plaidant la bonne foi. Plusieurs échanges avec l’administrateur du site de Unité-SGP Police se seraient tenus à ce moment-là. Une information que le syndicat avait confirmée à Owni en juin dernier, lors de l’arrestation de trois personnes suspectées entre autres de ce piratage.

Les policiers pensaient alors tenir Calin dans le trinôme arrêtés le 19 juin. Erreur. Seule deux personnes, sur les trois, sont mises en examen. L’un d’eux pour six motifs : l’accès et le maintien frauduleux sur les sites du syndicat et immigration.gouv.fr, la diffusion de la faille du site du syndicat, la collecte de données à caractère personnelle des 541 policiers, la mise en ligne de ces données personnelles, enfin pour association de malfaiteurs pour une attaque contre le site modernisation.gouv.fr.

4 100 adresses d’Anonymous

La traque a donc duré un peu moins de six mois, jusqu’en juin. Elle a fait appel à des ressources inattendues. Pour retrouver l’un des Anonymous, les policiers ont utilisé un document, diffusé par les Anonymous eux-mêmes. Des mésententes internes avaient poussé certains à publier les pseudo et emails de 4 100 Anonymous, une fuite qui a fait le bonheur des enquêteurs.

Les rapports de la DCRI sur Anonymous

Les rapports de la DCRI sur Anonymous

Depuis un an, la DCRI enquête sur un collectif d'Anonymous dans le cadre d'une procédure ouverte au Tribunal de grande ...

Les policiers ont pu faire le lien entre un pseudo et une adresse mail. Puis mettre un nom sur cette adresse mail en sollicitant fournisseurs d’accès, de messagerie, services bancaires… Un petit matin de juin, ils ont frappé à la porte de l’un des suspects. Lundi, c’était au tour de Calin.

Sa mise en examen pourrait signifier une clôture rapide de l’instruction. L’un des Anonymous arrêté en juin a été entendu mercredi par le juge Noémie Nathan. La magistrate du pôle financier a notamment relevé une vidéo, publiée par le mis en examen, pour apprendre à installer TOR – un logiciel qui permet d’anonymiser sa connexion Internet.

“Les vendeurs de masques sont-ils responsables si des braqueurs les utilisent ?” s’interroge le mis en examen. Son avocat comprend difficilement que le désir d’anonymat soit suspect :

Dans une démocratie, le vote n’est-il pas secret, anonyme ? Lorsqu’il s’agit de contester l’action d’une autorité étatique, les premiers Anonymous sont les électeurs.

Les 541 policiers dont les noms ont été publiés goûtent peu la sortie de leur anonymat (relatif). Plusieurs dizaines de policiers se sont constitués partie civile à ce jour. Ils veulent réclamer des dédommagements dont le montant pourrait vite devenir exorbitant si leur constitution est jugée recevable.


Photo par PaperBoyNYC [CC-by]

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Hicheur : “j’étais le pigeon providentiel” http://owni.fr/2012/07/02/adlene-hicheur-jetais-le-pigeon-providentiel/ http://owni.fr/2012/07/02/adlene-hicheur-jetais-le-pigeon-providentiel/#comments Mon, 02 Jul 2012 04:30:44 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=114597 Owni, Hicheur dénonce, non sans arguments, la construction d'un dossier à charge. "De l'inquisitoire, pas du judiciaire" explique-t-il. ]]>

Adlène Hicheur est sorti de prison. Le 15 mai au matin, le conseiller d’insertion et de probation suggère que sa détention pourrait prendre fin “très prochainement”. Le soir même, il est dehors. Il aura passé plus de deux ans et demi à la maison d’arrêt de Fresnes, maintenu en détention provisoire toute la durée de l’instruction.

Physicien au Centre européen de recherche en nucléaire (Cern), ce physicien de haut niveau a été arrêté le 8 octobre 2009 au domicile de ses parents, à Vienne dans l’Isère. Les mots-clés fusent alors dans la presse : physicien, nucléaire, Al Qaida. Terrorisme. À l’issue de sa garde à vue, Adlène Hicheur est mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Ses activités sur Internet sont dans la ligne de mire des enquêteurs. Lui dénonce depuis le début un dossier vide, instrumentalisé à des fins politiques.

Le parfait terroriste physicien

Le parfait terroriste physicien

Il y a deux ans, un physicien du Cern d'origine algérienne, devenait le client idéal de l'antiterrorisme à la française ...

Il a accepté de répondre à Owni, d’évoquer sa détention, sa relation avec les enquêteurs puis les magistrats, mais aussi les curiosités de cette affaire, notamment l’identité de son mystérieux correspondant, un certain Phoenix Shadow. Les services antiterroristes en sont persuadés : derrière se cacherait un cadre d’Al Qaida au Maghreb (Aqmi), Moustapha Debchi, mais la preuve de cette équation n’a jamais été apportée.

Condamné le 5 mai à cinq ans de prison, dont un an avec sursis, il est sorti à la faveur de remise de peine. Sans attendre, il a repris contact avec ses anciens collègues, pour éviter “de sombrer dans la dépression”. Ultime bataille, il tente de faire rectifier sa page Wikipedia : “Une vie ne peut pas se résumer à un fait divers”.

Quelle a été votre réaction à l’annonce du jugement ?

Aucune surprise. J’avais vu le déroulement de l’instruction, j’avais vu qu’on avait fait de moi une victime expiatoire d’une certaine politique. C’est le paradigme du bouc-émissaire : on prend une personne qu’on charge du point de vue symbolique et on l’immole rituellement devant la société. Je ne me faisais aucune illusion, je voulais seulement être jugé rapidement pour que la détention provisoire cesse, pour ma famille, pour moi.

Le système a tenu à aller jusqu’au bout parce qu’il fallait envoyer des messages forts à la société. Ce mode de gouvernance est très dangereux. J’appelle ça de l’aliénation sécuritaire. Ça tue le génie créatif, l’épanouissement intellectuel. Mieux vaut agiter des chimères que faire face à ses propres carences. Dans leur tribune les gens de Tarnac l’ont très bien dit : la peur est le sentiment le plus facile à instrumentaliser.

La peur, l’inconnu, l’ignorance : les trois se tiennent. Les apprentis sorciers sont incapables de résoudre des problèmes sur des sujets sérieux comme le chômage, mais ils sont les premiers à agiter la matraque. Mon cas met à nu leur prétention de respecter les gens qui travaillent. Je suis l’exemple typique de taulier au travail, de personne qui se lève tôt. Ma vie est brisée pour des éléments qui n’auraient jamais conduit à une incarcération dans un autre pays. Ça devrait mettre la puce à l’oreille à tout le monde, même des gens qui n’ont pas la même culture politique que moi. On commence par les uns et on va ensuite vers les autres. C’est exactement la logique d’un système totalitaire.

Le tribunal a aussi prononcé la confiscation des saisies d’argent liquide, environ 15.000 euros, et du matériel informatique.

La saisie de l’argent liquide c’est du vol institutionnalisé, la saisie de mon matériel informatique un assassinat intellectuel. J’avais des centaines d’heures de travail dessus ! Des idées, des articles, des cours, des données scientifiques…

Vous étiez poursuivi pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, pour financement du terroriste et pour avoir diffusé de la propagande, ce que le procureur désignait sous l’expression “jihad médiatique”.

C’est vraiment de la surenchère. Je n’ai pas de site, pas de blog. Je n’ai intégré aucun projet médiatique contrairement à ce qui a été dit. J’ai interagi en tant que user (utilisateur) sur des forums, échangeant des opinions. C’est vraiment de la mauvaise foi de l’accusation ! Qu’est-ce qu’ils appellent jihad médiatique ? C’est un peu vague… Ce qui peut leur poser problème, c’est que des groupes, disons politico-militaires pour rester technique, fassent des reportages sur leurs activités et les publient. L’expression fourre-tout, d’après ce que j’ai compris, permet de toucher toute personne qui aurait accès à un moment ou à un autre à des publications de ces organes médiatiques.

Est-ce que traduire ce genre de publications en citant la source constitue du jihad médiatique ? C’est très vicieux de rechercher des actes positifs qui constituent des incriminations, surtout au vue des conséquences terribles ! N’importe quel journaliste peut être amené à faire ce genre de travail sans pour autant faire partie de l’organe médiatique ou approuver ce qu’il traduit. Pour en arriver là, il faut vraiment qu’il n’y ait rien dans le dossier. C’est grotesque et ridicule. Ils ont essayé de m’avoir a minima.

Vos défenseurs avaient dénoncé une instruction à charge, mais à la veille du procès, Me Baudouin, votre avocat, s’en remettait à l’indépendance de la Cour et au regard nouveau qu’elle poserait sur votre dossier.

La 14e chambre correctionnelle du TGI de Paris ne juge pas, elle condamne.

Hicheur bon terroriste confirmé

Hicheur bon terroriste confirmé

Le physicien du Cern accusé d'activités terroristes, Adlène Hicheur, a comparu jeudi et vendredi devant le tribunal ...

Il avait également pointé la façon dont la président, Mme Rebeyrotte, menait la séance.

Il n’y a pas eu de questions sur des points précis, pas de débat contradictoire. Ce n’était pas un procès mais un rouleau compresseur visant à asphyxier la défense. Plusieurs griefs étaient lus pendant 20 ou 30 minutes et je n’avais pas le temps de répondre. Pour moi, la condamnation n’a pas été prononcée par la justice mais par la police. La police me voulait, me voulait condamné.

Dans les institutions d’un État qui se respecte, il existe des contre-pouvoirs qui peuvent arrêter ce genre de bêtises. Le grand public retient des mots-clés : “musulman”, “physicien”, “Al Qaida”. Ça relève de la psychologie de masse.

Quelles relations aviez-vous avec le juge d’instruction, Christophe Teissier ? Dans un entretien accordé à Mediapart, vous évoquiez une audition “stérile et sans intérêt”.

Les mêmes éléments revenaient sans arrêt. Au début, j’étais naïf. Je pensais qu’au moins un ou deux magistrats constateraient le vide du dossier et décideraient d’arrêter. Petit à petit j’ai découvert la justice française, la chape de plomb qui vous tombe dessus. La mauvaise volonté se mêle à la mauvaise foi. Et là on comprend qu’on est entre de très mauvaises mains.

J’avais en tête que le magistrat n’était pas un flic, même si la réputation du pôle antiterroriste n’est plus à faire… J’avais espoir qu’on revienne à un peu de sagesse ou à défaut d’équité : quand il n’y a rien, il n’y a rien. Il a joué le rôle d’un flic main dans la main avec le procureur.

“Et ils s’acharnent, ils s’acharnent”

Comment se sont passés les interrogatoires pendant votre garde à vue ?

Mal. Le rapport voyous-braves gens était inversé : les voyous c’était eux ! Parfois, les insultes fusaient. Les policiers utilisaient mon frère, la santé de ma mère pour faire pression sur moi pendant ma garde à vue. Ils ressemblent à des psychopathes hystériques tout excités. Peut-être parce qu’ils sont toute l’année dans un bureau à se croiser les doigts… Dès qu’ils peuvent avoir un os à ronger, toutes les frustrations de leur quotidien – pas terrible d’ailleurs – se déchargent sur vous.

Les gens de Tarnac l’ont bien compris. Ils sont passés par la machine. Ils ont souffert de la même chose que moi : l’acharnement policier. Il en faut peu. Deux ou trois officiers se montent la tête, au bout d’un moment c’est comme si vous leur apparteniez, et ils s’acharnent, ils s’acharnent. Et puis, des carrières sont en jeu… Dans mon affaire, il y a eu au moins une promotion avérée : les grades changent entre les PV de début et de fin. Utiliser les moyens de l’État pour faire du mal à quelqu’un est d’une lâcheté sans nom.

Sous quelle forme avez-vous ressenti ce “déchargement” ?

Le ton, l’excitation. En garde à vue, on m’a dit : “vous allez perdre votre boulot, vous ne serez plus physicien, vous ne serez plus au Cern”. C’est d’un cynisme total ! Les gars sont assurés de leurs pleins pouvoirs. Il y avait un plaisir à me faire perdre un certain statut social, l’un des chenapans l’a exprimé ouvertement. Ça tranche avec le comportement des deux enquêteurs suisses qui sont venus m’interroger en septembre 2010. C’était des gens très posés, très carrés. Ils ont fait leur boulot sans tout ce cinéma.

Des détails très ténus sont montés en épingle : le plus choquant est sans doute les questions sur la pratique religieuse. Pourquoi on me demande si je prie ou si je jeûne dans le cadre d’une enquête judiciaire ? On évoque la vie et la culture familiales. Je réponds que nous sommes proches de la religion musulmane tout en étant ouverts. Ensuite les questions dévient sur des situations politiques, en Irak en Afghanistan. Jamais j’aurais pensé à ce moment-là que mes réponses seraient utilisées dans le réquisitoire. C’est de l’inquisitoire, pas du judiciaire.

Lorsque le procureur vous avait demandé si vous étiez salafiste, lors du procès, vous lui avez répondu qu’il faudrait une thèse de doctorat pour en parler.

Je trouve étonnant qu’un tribunal chargé de caractériser une infraction pénale parle de salafisme. On balance les slogans, des chimères, des sorcières. Je peux parler en détails des tendances et mouvances dans le monde musulman. J’ai beaucoup lu et c’est frustrant d’avoir affaire à des gens qui ne sont pas très au fait mais utilisent ça comme outil de guerre psychologique. C’est chasser toute rationalité à l’affaire pour garder l’irrationnel qui excite les cordes de l’opinion publique.

Il y a des raccourcis un peu simplistes du genre “salafisme = activité armée”. Les Frères musulmans ne sont pas salafistes mais ont des branches armées dans différents pays. Les Taliban n’ont rien à voir avec les salafistes. C’est beaucoup plus compliqué que le simplisme présenté au public.

Vous étiez interrogé par des agents de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) ?

Par deux binômes d’agents de la DCRI. Un de jour, un de nuit. J’avais l’impression qu’ils avaient découvert un filon : le filon Internet. Avec Internet, il n’y a pas de filature, de planques avec le thermos… Sur Internet, les ingénieurs se bloquent sur l’IP et interceptent le flux. En parallèle, les policiers peuvent même jouer aux jeux vidéo dans un bureau à côté à Levallois.

Ivan Colonna dans la cellule à côté

Comment s’est passée votre détention à Fresnes ?

L’administration est stricte, zélée même. Les cours de promenade sont minuscules, 40m2. Personne ne peut s’imaginer les affres de la détention : ce sont des familles brisées, des couples désunis, des épouses qui pleurent dans les parloirs, des mamans qui ne mangent plus. C’est contre-productif comme disait Me Baudouin. Plus une politique sécuritaire est coercitive, plus elle crée de la violence et de l’instabilité.

Dans quel quartier étiez-vous à Fresnes ?

Au début, j’étais à l’hôpital pénitentiaire en raison de mon état de santé. J’y suis resté quatre mois. Puis j’ai été transféré en 3e division du quartier principal.

Vos codétenus étaient des mis en examen ou des condamnés dans des affaires similaires ?

Après l’hôpital pénitentiaire, j’étais dans la 3e division Sud, au rez-de-chaussée avec tous les malades : 90% sont des cas psychiatriques, dont certains très graves. J’y suis resté presque un an. Je n’ai jamais vu autant de misère humaine de ma vie. J’avais le rôle de Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucous.
Ensuite j’ai été transféré au Nord, toujours au rez-de-chaussée. J’ai croisé différents types de profils, essentiellement du banditisme et un seul cas politique, c’était Ivan Colonna. Il était dans la cellule à côté.

Pas d’autres personnes impliquées dans des affaires terroristes ?

Dans les autres activités, comme le terrain de sport, j’ai croisé des Basques et d’autres Corses.

Quel genre de relations aviez-vous avec eux ?

Un esprit de camaraderie de prison. J’ai aussi ressenti beaucoup de compassion. Personne n’est dupe en prison, tout le monde connaît bien le système, ils savent décoder l’actualité. J’ai senti de la révolte aussi, des droits communs notamment. Le discours : “si vous aviez fait des études, vous ne seriez pas là” était faux. Eux se retrouvaient avec plus de droits que moi, qui ai pourtant fait beaucoup d’études !

Avez-vous fait appel à une solidarité confessionnelle pour “cantiner” ou autre ?

J’interagis avec les gens selon un seul critère : qu’ils soient réglos. J’ai partagé de bons moments avec des gens très différents de moi tant qu’ils sont agréables et pas nuisibles. On est tous dans le pétrin ! Quand quelqu’un manque d’un produit, on lui donne et vice versa. C’est quasiment automatique.

Tous les détenus n’ont pas de doctorat en physique des particules. Comment s’est passé votre détention de ce point de vue ?

J’ai lu quelques bouquins, dont La force de l’ordre de Didier Fassin sur la police anti-criminalité et Les veines ouvertes de l’Amérique latine qui m’a marqué. Des ouvrages scientifiques aussi pour m’entretenir. J’ai réussi à tenir les 20 premiers mois, à travailler, à être efficace. Ensuite, je fatiguais.

J’ai eu du mal à m’ajuster à la mentalité de la prison. L’administration pénitentiaire avait elle du mal à voir sous quel registre me gérer. L’aspect sécuritaire et disciplinaire des peines fait que les détenus particulièrement surveillés (DPS) et de la catégorie “mouvance” ont des fouilles régulières des cellules et une fouille à corps intégrale, ce qui est particulièrement humiliant et parfaitement illégal. Il y a une volonté politique de rendre la détention préventive la plus pénible possible pour user la personne. C’est ainsi à Fresnes en tout cas.

La notion du châtiment douloureux est très forte en France. Certains personnels de l’administration pénitentiaire font sentir qu’ils sont là pour être odieux. Les surveillants sont très jeunes, et tout dépend de leur caractère et de leur humeur. C’est un jeu : celui qui s’énerve perd la partie.

Pigeon providentiel

Dès les premiers jours de votre arrestation, des articles utilisaient les mots clés “terroriste”, “physicien”, “nucléaire” dans leur titre. Quand avez-vous appris cette médiatisation, très forte dès le début ?

Je suis passé en comparution médiatique immédiate. Le circuit passe par la police, le ministère de l’intérieur et la Présidence, puis redescend dans les médias qu’ils connaissent et choisissent. Mes parents sont venus à mon premier parloir, ils m’ont raconté verbalement. J’étais coupé du monde jusque-là.

Quand j’ai réalisé, j’étais dépressif. J’ai compris que s’ils avaient fait ce bruit-là, rien ne les arrêterait. J’ai réalisé l’ampleur de l’entourloupe : j’étais le pigeon providentiel.

La médiatisation d’une personne privée qui ne l’a pas choisie est d’une grande violence psychologique. L’instrumentalisation des médias est très puissante, même un “ange qui marche sur terre” se ferait détruire. Je suis frappé du sceau des parias, pour que je ne puisse pas me refaire, pour que je sois précaire le restant de mes jours. On verra, je ne suis pas prêt à baisser les bras, je veux me refaire, tant bien que mal.

Vous avez été présenté comme la figure du loup solitaire par certains responsables de la lutte antiterroriste.

Dans le passé, ils avaient au minimum des bandes de copains à qui on pouvait reprocher, ou pas – je ne sais pas – une certaine forme de prosélytisme. Il y avait des points d’ancrage pour donner l’illusion. Pas dans mon cas. Il y a un gars qui a étudié toute sa jeunesse, qui travaille, qui vit dans un environnement rural. Jamais j’aurais pensé qu’on arriverait à de tels extrêmes à partir de rien. C’est une dérive dans la dérive.

Ils ont été obligés de créer un profil artificiel pour justifier toute la mascarade. Il n’appartient pas à un groupe ? Il vit tout seul ? Ce sera le loup solitaire par exemple. La rhétorique ancienne ne pouvait pas fonctionner.

En s’appuyant sur votre utilisation d’Internet ?

Oui, mais le plus grave c’est l’idée qui se dégage de l’expression loup solitaire. On imagine quelqu’un qui vit reclus. C’est faux. Je travaillais dans le cadre de collaboration internationale, j’avais affaire à des centaines de personnes quasi-quotidiennement au Cern. Plusieurs milliers de physiciens de nationalités différentes travaillent ensemble. Aucun outil de sociabilité n’est aussi fort ! Il faut s’adapter à toutes les cultures, à tous les tempéraments, à toutes les personnalités.

Cette partie a été zappée dans les médias. La personne réelle disparaît au profil d’un clone, d’un hologramme, habillé de toutes les caractéristiques pour vendre la justice à l’opinion publique. Il y avait une feuille blanche, immaculée, avec un bon cursus scolaire et universitaire. C’était un défi de construire une intrigue à partir de mon vécu ! Personne dans mon entourage familial, professionnel, de mon voisinage ne voulait me “salir”. Alors ils sont allés chercher des internautes avec qui j’avais interagi il y a x années.

Pourquoi acceptez-vous de parler aujourd’hui ?

Je ne parle pas à tout le monde. Je considère que ça peut être productif ou positif, mais à dose homéopathique. S’il fallait tout dire, on pourrait noircir des pages.

Désintégration morale

Comment voyez-vous votre avenir maintenant ?

Difficile. Par nature, j’ai tendance à être prudent. Dans un premier temps, je n’accepte pas qu’on me démissionne de ma passion et de mon gagne-pain par “la force des mitraillettes” comme dirait Louis de Funès. Si je devais quitter le milieu scientifique ou la physique des particules, ce serait de mon propre chef. Utiliser le sécuritaire pour me faire basculer dans la précarité dépasse une procédure de sanction pénale – déjà injuste – pour me faire entrer dans un processus de désintégration morale. Je n’accepte pas que la force publique me coupe de ma passion pour laquelle j’ai sacrifié ma jeunesse. Il faut être réaliste et voir comment rebondir. Je prospecte, rien n’est défini. J’ignore si la campagne a influencé les employeurs, je veux d’abord briser cet embargo.

Vous avez été soutenu par votre milieu professionnel.

Oui, la solidarité est venue des scientifiques, mais il reste le milieu administratif. Je n’ai pas de visibilité dessus.

Et l’Algérie, dont vous avez également la nationalité ?

C’est un grand point d’interrogation. Il est trop tôt pour le dire.

C’est en Algérie que vivrait Phoenix Shadow, la personne avec qui vous correspondiez. Lors du procès, vous avez dit qu’on vous présentait un pseudo et un nom, comme une équation à deux inconnues, et qu’on vous demandait d’affirmer que l’un correspond à l’autre.

Dès le début de l’instruction, les avocats n’ont eu de cesse de demander d’où venait ce nom, Moustapha Debchi. A aucun moment, l’explication n’a été fournie. Pour mon cas, l’adresse IP renvoie à une connexion Internet etc. En face, un nom est balancé sans justification, sans preuve.

A aucun moment vous ne connaissiez l’identité de la personne derrière le pseudo Phoenix Shadow ?
Réponses clés en main pour la DCRI

Réponses clés en main pour la DCRI

L'instruction du dossier antiterroriste du physicien Adlène Hicheur n'a pas été clôturée mardi. Nouvelle pièce au ...

Phoenix Shadow restait Phoenix Shadow, point à la ligne. Il n’y a pas eu de connaissance, de volonté de connaissance. C’était une interaction contingente à un moment donné utilisée des mois plus tard. Je pense qu’au début on voulait me coller à l’affaire des filières belgo-afghanes. Je l’ai senti pendant la garde à vue. Trop peu d’éléments existaient alors que le scénario aurait été terrible : un scientifique dans l’affaire des filières !

Puis, les questions ont évolué au fil de la garde à vue, en fonction de l’exploitation de mon disque dur. Les questions se sont réorientées vers Aqmi. Il n’y a vraiment que dans l’antiterrorisme que ça se passe ainsi. Normalement, quand une personne est placée en garde à vue, il faut lui signifier le chef de mise en garde à vue et remplir le cas d’espèce, ce qui lui est reproché. Moi, il n’y avait rien ! Le chef de mise en garde à vue était “présomption grave d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste”, mais la suite était vide, blanche.

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http://owni.fr/2012/07/02/adlene-hicheur-jetais-le-pigeon-providentiel/feed/ 41
La DCRI veut un calin http://owni.fr/2012/06/21/la-dcri-veut-un-calin/ http://owni.fr/2012/06/21/la-dcri-veut-un-calin/#comments Thu, 21 Jun 2012 17:34:24 +0000 Jean Marc Manach http://owni.fr/?p=114155 Owni l'a retrouvé. Il affirme que des "sources policières" l'avaient averti, et a décidé de disparaître. Une affaire pleine de #Bisous.]]>

C’est une information RTL signée Georges Brenier. Une partie du groupe de pirates informatiques “Anonymous” a été démantelée ce matin.

Mardi 19 juin, RTL révélait que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) avait interpellé et placé en garde-à-vue trois hommes âgés de 19, 24 et 43 ans, dans l’Essonne, en Isère et en Haute-Savoie. Ils sont “soupçonnés par le contre-espionnage français d’avoir notamment bloqué en janvier dernier le site du ministère de la Défense et celui du syndicat policier Unité-SGP Police, au nom de la liberté d’expression“.

Le plus âgé, interrogé à Chambéry, n’a pas été conduit au siège de la DCRI, à Levallois-Perret. Contacté par Owni, il a refusé de nous parler, ayant promis à la police de se taire à ce sujet.

Il aurait été confondu suite à la publication d’informations au sujet d’un certain “Calin” sur le site pastebin.com, très souvent utilisé par les Anonymous pour rendre public des données sensibles ou confidentielles. Bien connu des Anonymous francophones, Calin (@CalinSecurity sur Twitter) a participé à plusieurs actions en soutien aux démocrates syriens ou aux étudiants québécois, notamment.

Dans la nuit de mardi à mercredi, Calin avait répondu à Owni qu’il avait eu vent de rumeurs sur l’arrestation d’un Anonymous que la DCRI prenait pour lui. Contacté ce jeudi soir sur l’origine de ces rumeurs, évoquées alors même que le “vrai-faux” Calin était encore en garde à vue, le vrai Calin évoque des “sources policières“ :

Owni : Des Anonymous à la DCRI ?

Calin : Je peux pas en être sûr, mais vu que j’ai eu vent de cette rumeur, et si elle s’avère vraie … on en déduit ce qu’on en déduit.

Plusieurs sources nous ont confirmé avoir discuté sur le Net avec le “vrai” Calin alors que le “faux” était encore interrogé par les policiers… Joint par Owni, Calin confirme ne pas avoir été arrêté, tout en précisant :

J’annonce que ça signifie ma future disparition ; j’avais choisi ce pseudo dans un dictionnaire.

J’arrêterai jamais :) mais “Calin” oui : maintenant je disparais ; adieu.

“C’est un trou ce site !”

Les rapports de la DCRI sur Anonymous

Les rapports de la DCRI sur Anonymous

Depuis un an, la DCRI enquête sur un collectif d'Anonymous dans le cadre d'une procédure ouverte au Tribunal de grande ...

Les deux autres Anonymous présumés ont, eux, été conduits au siège de la DCRI ce mercredi après-midi, après plus de 24 heures de garde à vue. Leur arrestation fait suite à la première série d’interpellations, faites en janvier dernier, au sujet desquelles Owni avait publié plusieurs rapports la semaine passée.

En janvier 2012, suite à la fermeture de MegaUpload, #Anonymous avait en effet lancé de nombreuses attaques DDoS à l’encontre de sites web dans le monde entier, dont plusieurs du gouvernement français, y compris celui de l’Elysée.

Quelques jours plus tard, on apprenait dans la presse l’arrestation de trois membres présumés d’Anonymous. Owni avait rencontré l’un d’entre-eux, Triskel, qui avait nié faire partie d’Anonymous.

DCRI contre Anonymous

DCRI contre Anonymous

La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) part en guerre contre les Anonymous. Jeudi, deux membres supposés ...

En réaction à ces arrestations, des #Anonymous décident de s’en prendre à des policiers. L’un d’entre-eux avait précisément contacté le webmaster du syndicat Unité SGP Police, en juin 2011, afin de le prévenir de l’existence de nombreuses failles de sécurité sur leur site web. Le syndicat a confirmé à Owni que celui qui, à l’époque, ne s’était pas présenté comme un Anonymous, l’avait effectivement aidé à colmater une ou plusieurs brèches.

Il en avait parlé à d’autres Anonymous qui, se souvenant de l’existence de ces failles -qui n’avaient pas toutes été colmatées- décidèrent d’en profiter. Dans la foulée, les noms, adresses email et numéros de téléphone de 451 policiers liés à Unité SGP Police étaient mis en ligne par Anonymous.

Les deux Anonymous sont également accusés d’avoir profité d’autres failles de sécurité pour accéder aux interfaces d’administration de deux sites du gouvernement français, immigration.gouv.fr et modernisation.gouv.fr, dont la page d’accueil avait été modifiée, fin janvier, pour relayer ce message à l’État français :

La modernisation passe par la compréhension de notre technologie.

Nous serons en paix avec l’État Français lorsque celui-ci se battra aux côtés du peuple, pour la liberté d’expression et contre toutes formes de censures. Aujourd’hui, nous ne pouvons tolérer un gouvernement qui est coupable d’espionnage, de répression et qui maintient les dictateurs au pouvoir, comme il l’a fait en Libye.

Les deux Anonymous ont été libérés ce jeudi midi après avoir été mis en examen pour avoir diffusé la faille découverte sur le site du syndicat policier, avoir contribué à rendre public les données personnelles des 451 policiers, et s’être frauduleusement connectés aux trois sites web.

Il leur est interdit de se parler, mais également de fréquenter les forums de discussion où se retrouvent les “internautes se réclamant de la nébuleuse “Anonymous”“, ainsi que d’entrer en relation avec “l’internaute connu sous le pseudonyme ‘Calin’ ou ‘CalinSecurity’.


Article écrit avec Pierre Alonso, aussi.

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http://owni.fr/2012/06/21/la-dcri-veut-un-calin/feed/ 23
Les rapports de la DCRI sur Anonymous http://owni.fr/2012/06/14/les-rapports-de-la-dcri-sur-anonymous/ http://owni.fr/2012/06/14/les-rapports-de-la-dcri-sur-anonymous/#comments Thu, 14 Jun 2012 16:48:05 +0000 Guillaume Dasquié http://owni.fr/?p=113347 Owni, dont nous publions de larges extraits, et qui illustrent la perception des nouvelles formes d'activisme par l'appareil sécuritaire français.]]>

Selon des sources au sein du Tribunal de grande instance de Paris, vendredi 8 juin le juge David Benichou a achevé ses investigations dans la première procédure judiciaire menée en France contre des Anonymous, et confiée à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Ce dossier avait été ouvert à la suite d’actions menées par des Anonymous, il y a près d’un an, contre les serveurs des géants du nucléaire.

DCRI contre Anonymous

DCRI contre Anonymous

La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) part en guerre contre les Anonymous. Jeudi, deux membres supposés ...

Owni a obtenu tous les rapports d’enquête et procès-verbaux, 211 au total, retraçant les missions de la DCRI dans cette affaire. Au-delà des méthodes et des techniques d’enquête qu’ils révèlent, ces documents mettent surtout en évidence la disproportion entre la perturbation provoquée par des Anonymous et les moyens mis en œuvre par ce service spécialisé dans la lutte contre le terrorisme et dans la protection des intérêts fondamentaux de la nation – enfin a priori.

L’histoire débute le 20 avril 2011. Une attaque par déni de service est lancée par des Anonymous contre plusieurs géants de l’électricité impliqués dans l’industrie nucléaire. Nom de code : Operation Greenrights. Après la tragédie de Fukushima au Japon, les activistes entendent alors protester contre les dangers du nucléaire civil. Le Français EDF, l’Américain General Electric et l’Italien ENEL sont visés.

Le lendemain à Paris, l’Agence nationale pour la sécurité des systèmes d’information (Ansi) alerte la DCRI “du déroulement d’une attaque informatique visant le portail Internet de l’Opérateur d’importance vitale (OIV) EDF”, selon un compte rendu de la DCRI.

Cette notion d’opérateur d’importance vitale, définie en France dans une Instruction générale interministérielle de septembre 2008, crée des relations exceptionnelles entre les industriels et les services de sécurité.

En conséquence, branle-bas de combat chez les fins limiers du renseignement intérieur. Ses agents se mettent en quête de vilains Anonymous susceptibles d’avoir commis le coup. Dans un cadre légal pas très clair.

Mais par chance, le 2 mai, EDF dépose plainte contre ces attaques et se dépêche de transmettre quantité de données techniques à la DCRI – permettant donc l’ouverture officielle d’une enquête préliminaire. Un service avec lequel l’électricien entretient des relations institutionnelles comme l’illustrent les mails échangés entre le directeur sécurité de l’entreprise, Jean-Marc Sabathé (qui n’a pas répondu à nos sollicitations), et ses interlocuteurs au sein de la DCRI.

Au plan du droit, l’opérateur avance le motif que durant 14 heures ses sites bleuciel.edf.com ou entreprises.edf.com ont été indisponibles. La société chiffre le préjudice à 162.000 euros. Les autorités prennent l’affaire très au sérieux. La DCRI de son côté rédige des procès-verbaux dans lesquels elle livre sa définition des collectifs Anonymous et du Parti Pirate, dont il sera vite question dans l’affaire.

Une semaine plus tard, le Tribunal de Bobigny initialement saisi est écarté au profit de la Juridiction inter-régionale spécialisée (Jirs) de Paris, regroupant des magistrats experts es organisations criminelles.  Au parquet de Paris, le vice-procureur Catherine Sorita-Minard, d’ordinaire chargée de traquer les gros bonnets, supervise les recherches.

Gros poisson

Au siège de la DCRI, à Levallois, les geeks de la maison exploitant “un micro-message émis sur le réseau social Twitter” découvrent que l’opération Greenrights trouve une justification dans un manifeste publié sur un site rattaché au Parti Pirate allemand. Un parti qu’ils ne semblent pas vraiment connaître, comme l’indique un procès-verbal synthétisant leurs “recherches sur Internet sur ce mouvement”.

Convaincus qu’ils ont ferré un gros poisson, ils sollicitent une organisation méconnue : le réseau G8/24-7 dédié à la cybercriminalité. Également connu sous l’appellation Groupe de Lyon, il agit comme une instance informelle de coopération entre les services de sécurité des États membres du G8, spécialisée dans la surveillance des réseaux. Un réseau dont le fonctionnement a été validé par les ministres de l’Intérieur du G8 lors d’une réunion tenue il y a dix ans, à Mont Tremblant en mai 2002. Dans chaque pays, une adresse email est réservée à cette coopération entre services, pour la France c’est : cyber-france24-7@interieur.gouv.fr

Par ce biais, une coopération judiciaire accélérée est établie avec le BKA – les homologues allemands de la DCRI. Pour les Français il s’agit d’obtenir dans des délais records un enregistrement des données contenues sur les serveurs du Parti Pirate allemand, et correspondant à l’écriture du texte collaboratif de revendication de l’opération Greenrights. Pour identifier les fauteurs de troubles sous le masque des Anonymous.

Le 23 mai le BKA crie victoire et avertit les collègues de la DCRI. Leurs agents sont parvenus à récupérer des données sur http://piratenpad.de, l’un des sites utilisé par le Parti Pirate pour la rédaction en ligne de textes collectifs. Non sans faire de dégâts. Ils ont ainsi rendu indisponible le site du mouvement pendant près de six heures mais surtout ils ont déconnecté 255 adresses IP, une manœuvre qui a dû provoquer ce jour-là quelques perturbations.

Talentueux

Ces recherches approfondies en Allemagne ne permettent pas de remonter aux auteurs du manifeste diffusé lors de la première vague de l’opération Greenrights. Les administrateurs du Parti Pirate ayant pris la bonne habitude d’effacer quantité de données. Tant pis pour la DCRI. Mais le 31 mai, des Anonymous repassent à l’action contre les géants de l’électricité nucléaire, dont EDF. Cette fois-ci, les agents de la DCRI aux aguets repèrent un flyer des Anonymous faisant référence au nom de domaine irc.lc/anonops/operationgreenrights.

Celui-ci appartient à un Français, Pierrick Goujon, présenté par les enquêteurs comme “un technicien talentueux”. Selon la DCRI : “ce brillant dilettante, tout en reconnaissant que son site offrait une ampleur supplémentaire à l’attaque, limitait sa responsabilité à la mise en relation et non au contenu. La copie et le début d’exploitation du serveur de M. Goujon menés durant le temps de sa garde à vue confirmaient ces éléments”.

Placé en garde à vue par la DCRI, Pierrick Goujon a été mis en examen par le juge David Benichou, le 26 janvier dernier, pour “Entrave au fonctionnement d’un système automatisé de données”. Après un an d’enquête menée par la DCRI, sa culpabilité dans l’attaque par déni de service des sites d’EDF n’a pas été formellement établie, corroborant en cela les propos qu’il nous avait tenus peu après sa garde à vue. De la même manière, la deuxième personne mis en examen dans ce dossier, Matthieu O. a reconnu avoir fait œuvre de prosélytisme lors de l’opération Greenrights, sans toutefois participer à des attaques par dénis de service, comme l’a confirmé l’enquête.


Photo de Jacob Davis [CC-byncnd] via Flickr

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L’attentat oublié du Caire http://owni.fr/2012/06/12/lattentat-oublie-du-caire/ http://owni.fr/2012/06/12/lattentat-oublie-du-caire/#comments Tue, 12 Jun 2012 20:09:03 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=113137

L’enquête est en panne. Plus de trois ans après l’attentat du Caire du 22 février 2009, rien n’indique que les investigations aient mené à des résultats concrets. À 18h50 ce jour-là, une bombe artisanale explose dans le souk Khan el-Khalili, sur le parvis de la mosquée Hussein. Un groupe de jeunes français est touché. Ils viennent de Levallois, à l’Ouest de Paris. Cécile Vannier, 17 ans, meurt quelques heures plus tard. 24 personnes sont blessés, dont 17 Français. Le nombre précis de victimes n’a pu être déterminé précisément. Des jeunes affirment avoir vu le corps d’au moins un enfant égyptien, “le ventre ouvert, ses entrailles s’en échappa[nt]“.

Officiellement, la justice française ne retient qu’une victime décédée, Cécile Vannier. Compétente quand un ressortissant français est pris pour cible à l’étranger, la section antiterroriste du Tribunal de grande instance de Paris a ouvert une information judiciare, désespérément vide plus de trois ans après les faits. Elle a été confiée au président de la galerie Saint-Eloi, le juge Yves Jannier, récemment nommé procureur de la République à Pontoise.

Gaza

Aujourd’hui, les parties civiles dénoncent l’absence de résultats. Une seule personne est mise en examen en France. Dude Hoxha, dont le prénom a parfois été orthographié Dodi dans la presse. Il lui est reproché d’avoir participé à une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et d’avoir participé au financement d’un groupe terroriste. La justice vise ses relations avec Khaled Moustafa, un Égyptien suspecté d’être l’un des principaux membres du groupe Jaish al Islam, l’armée de l’Islam, lié à Al Qaida et implanté dans la bande de Gaza.

Dude Hoxha est française. Yeux bleus et peau claire, couverte d’un voile noir et d’un autre blanc, elle a répondu aux questions d’Owni dans un café parisien. Passée par Londres, où elle était en lien avec les figures radicales du Londonistan, notamment Omar el Bakri, elle s’est installée en Égypte en août 2005 avec son fils en bas âge. Elle affirme avoir des dissensions et divergences de points de vue avec certaines figures très connues du milieu jihadiste en Europe. Le 23 mai 2009, trois mois après l’attentat, la Sécurité d’État égyptienne l’arrête en même temps que six autres personnes et la place en détention avec son fils de sept ans, raconte-elle aujourd’hui. Elle est enfermée et torturée :

Ils ont menacé de torturer mon fils de sept ans, mais ne l’ont jamais fait parce qu’il a la nationalité française je pense.

Les questions des services de sécurité égyptiens portent sur Khaled Moustafa, l’un des responsables du groupe dans la bande de Gaza. Dude Hoxha affirme avoir appris que son arrestation était en lien avec l’attentat du 22 février que plusieurs semaines plus tard, à la faveur de la première visite consulaire. Sa détention se prolonge jusqu’au 8 mars 2010, elle est alors libérée et expulsée dans les jours suivants vers la France.

À son retour, les services antiterroristes français la surveillent. Elle est placée sous écoute, puis décision est prise de l’interpeller. Le 15 novembre 2010, elle est arrêtée à son domicile dans le Val de Marne, placée en garde à vue pendant 96 heures et mise en examen. Les enquêteurs s’interrogent sur ses liens avec Khaled Moustafa. A Owni, elle explique avoir correspondu avec lui sur MSN et par mail avant son arrivée au Caire puis lors de son séjour.

Dude Hoxha dit aussi l’avoir rencontré deux fois, mais avoir rompu le contact entre 2007 et la fin de l’année 2008, jusqu’à la guerre à Gaza pendant laquelle elle prend de ses nouvelles. Les enquêteurs s’intéressent aussi à une somme d’environ 10 000 dollars qui aurait transité par Dude Hoxha à destination de Khaled Moustafa. Elle se montre peu loquace arguant qu’il s’agirait d’une collecte de fonds pour les enfants de Gaza à remettre à la femme de Khaled Moustafa.

Alibi judiciaire

Les autorités égyptiennes se félicitent de les avoir arrêtés, lui et Ahmed Sediq, également présenté par les autorités égyptiennes comme l’un des chefs de la cellule terroriste responsable de l’attentat du 22 février. Principaux suspects pour les autorités égyptiennes qui avaient évoqué de nombreuses pistes avant, ils ont été relâchés après une courte période en détention. C’est l’avocat de Dude Hoxha, Pascal Garbarini, qui a apporté des éléments, parus dans la presse égyptienne, concernant la libération de Moustafa et Sediq.

En charge du dossier depuis juillet 2011, il plaidait en appel une demande de placement sous contrôle judiciaire de sa cliente, devant la chambre de l’instruction. Yves Jannier, magistrat instructeur, a confirmé les informations apportées par l’avocat : les deux suspects ont bien été relâchés par les autorités égyptiennes. La chambre de l’instruction a accordé la remise en liberté de Dude Hoxha le 8 novembre 2011.

Me Garbarini, plus familier des affaires corses que des dossiers jihadistes, ne mâche pas ses mots à l’égard de la tenue de l’enquête :

Les éléments ne justifiaient pas de mise en examen ni la détention provisoire. Il s’agit de donner le change aux victimes, qui ont bien entendu le droit de savoir. Mme Hoxha sert de justificatif face à une enquête carencée. Elle sert d’alibi judiciaire.

Les parties civiles sont elles aussi loin de se satisfaire de ces trois ans d’enquête, qui n’ont pour l’heure permis la mise en examen que d’une seule personne, malgré les promesses de Nicolas Sarkozy au lendemain de l’attentat. Malgré les pressions sur certains témoins entendus aussi. Lors d’un interrogatoire par la DCRI, les enquêteurs ont dit à l’un d’eux, qui tient à rester anonyme :

Ce dossier tient à cœur au maire de Levallois.

Mystérieuse note de la DGSE

Sous-entendu, Patrick Balkany, proche de l’ancien Président français. Les parents de Cécile – Catherine et Jean-Luc Vannier – et trois autres mères de victimes, Chantal Anglade, Sophie Darses et Joëlle Cocher, ont interpellé les responsables politiques à plusieurs reprises. Elles cherchent à obtenir la déclassification d’une note des services de renseignement extérieur français, la DGSE. Trois jours après l’attentat, Le Canard Enchainé se faisait l’écho d’une “analyse effectuée par plusieurs membres de la DGSE” :

A l’origine de la version DGSE de l’attentat : l’enquête réalisée sur place par les correspondants du service de renseignement, et une information selon laquelle les jeunes touristes français auraient été pistés pendant plusieurs jours par un groupe terroriste. Ces poseurs de bombes auraient ainsi voulu faire “payer” à la France la participation de la frégate “Germinal” au blocus des côtes de Gaza en compagnie de navires israéliens. Cette participation de Paris à la surveillance du territoire palestinien, sous prétexte de possibles trafics d’armes, a été récemment dénoncée par plusieurs sites islamistes égyptiens.

La version qui prévalait jusque là était celle de la frappe aveugle. Les informations de l’hebdomadaire satirique laissent penser que l’attentat intervient au contraire en représailles à un discret soutien français à Israël pendant le conflit. Depuis, les familles de victimes demandent le déclassement de la fameuse note. Ce qui leur a été accordé par la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN), selon l’avis paru au Journal officiel le 23 septembre 2011. La commission cite “la note n°30455 de la direction générale de la sécurité extérieure en date du 23 février 2009″. La-dite note, versée au dossier, ne correspond pas aux attentes des parties civiles. Dans un courrier adressé au nouveau ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, elles écrivent :

La note déclassifiée versée au dossier ne correspond pas à celle citée par Le Canard Enchaîné, ni ne porte le numéro 30455 indiqué par le JO (…), et enfin ne fait référence ni à la frégate Germinal, ni au fait que le groupe d’adolescents aurait été suivi et visé. En d’autres termes, la note versée n’est pas la note déclassifiée et c’est une autre note que celle dont nous avons demandé et redemandons la déclassification. En conséquence, nous exigeons la déclassification de la note citée par Le Canard Enchaîné.

De fait, la note déclassifiée, qu’Owni a consultée, présente de possibles auteurs de l’attentat et leurs différents motifs. Les auteurs penchent pour une action d’Al-Qaida, rappelant le “parcours personnel” du numéro deux du groupe terroriste, Ayman al-Zawahiri, lui-même égyptien. A aucun moment n’apparaît l’opération Plomb Durci ou la frégate Germinal. Reçus à leur demande le 10 avril par Jean-Pierre Picca, le conseiller justice de l’ancien Président de la République, les parents de Cécile Vannier ont eu la surprise d’apprendre qu’il s’agit d’un “malentendu”, que le juge Jannier n’avait sans doute pas compris à quelle note précise ils faisaient référence.

Poussière

Un juge qui concentre les critiques, tant des mis en examen que des parties civiles. Lors de l’interpellation en France de Dude Hohxa, Yves Jannier aurait averti les parties civiles que de “la poussière recouvrirait le dossier” si elle venait à s’ébruiter, racontent les familles, choquées par une telle réplique. Elles rappellent que les deux commissions rogatoires n’ont donné aucun résultat. Yves Jannier s’est rendu à deux reprises en Égypte, la première fois en décembre 2009, la seconde fin 2011. Selon plusieurs sources, aucune pièce issue de ces séjours n’est venue enrichir le dossier. Dude Hoxha affirme ne pas avoir été interrogée en sa présence alors qu’elle était détenue en Égypte en décembre 2009. Une personne familière du dossier met en cause la nature des informations récoltées, des renseignements fournis par la DCRI difficiles à faire entrer dans une procédure judiciaire.

Me Garbarini avance une autre piste. La lenteur de l’enquête pourrait provenir du changement de régime en Égypte et donc du renouvellement des interlocuteurs pour les services français. En 2009, un attaché de sécurité intérieur était présent à l’ambassade de France, Olivier Odas. Joint par Owni, il refuse de commenter cette affaire insistant sur son rôle d’abord “la coopération ouverte et non des missions de renseignement” du Service de coopération technique internationale de police (SCTIP) auquel il était rattaché. Il avait été entendu le 24 février, deux jours après l’attentat, par la commission des affaires étrangères du Sénat, dans le cadre de la rédaction d’un rapport sur “Le Moyen-Orient à l’heure nucléaire”. Une partie était consacrée à la menace d’Al Qaida au Proche-Orient, notamment en Égypte.

Rédigé par deux sénateurs, Jean François-Poncet et Monique Cerisier ben Guiga, le rapport rejette l’hypothèse d’un attentat aveugle et reprend prudemment la thèse des représailles :

Mme Monique Cerisier-ben Guiga a précisé que, d’après les informations fournies sur place, l’attentat du 22 février dernier au Caire a probablement été le fait d’un petit groupe de terroristes improvisés. La bombe était artisanale, d’une puissance explosive faible. L’attentat n’a pas été revendiqué. (…) Les Français étaient-ils visés ? Il paraît probable que la France ait été ciblée, compte tenu de l’amitié proclamée entre le Président Moubarak et le Président Sarkozy et de l’envoi de la frégate Germinal au large de Gaza pour mettre fin à la contrebande par voie de mer. Mais cela ne peut être prouvé, du moins pour l’instant.

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http://owni.fr/2012/06/12/lattentat-oublie-du-caire/feed/ 2
Adlène Hicheur terroriste idéal condamné avec ses pères http://owni.fr/2012/05/05/hicheur-terroriste-tribunal-jugement/ http://owni.fr/2012/05/05/hicheur-terroriste-tribunal-jugement/#comments Sat, 05 May 2012 15:33:57 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=109135

Cinq ans de prison, dont quatre fermes. Le verdict prononcé contre Adlène Hicheur n’a pas surpris, mais a choqué ses soutiens. Physicien de haut niveau au Cern, il est condamné pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. En cause : des échanges de mails avec un correspondant identifié par les services antiterroristes comme étant Moustapha Debchi, présenté comme un cadre d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) en Algérie, ce que la commission rogatoire en Algérie n’a pas permis de prouver.

La présidente de la 14e Chambre du tribunal de grande instance (TGI) a murmuré le verdict. Hors micro, à voix basse, Jacqueline Rebeyrotte l’a rapidement énoncé, avant de lever la séance (la copie de son jugement est publiée au bas de cet article).

Confiscation

À la prison ferme, le tribunal ajoute la confiscation des scellés, soit plus de 15 000 euros trouvés en cash lors des perquisitions et du matériel informatique. Sur les 15 000 euros, 13 000 étaient destinés à financer le début de travaux en Algérie, où Adlène Hicheur venait d’acquérir un terrain. Loin d’un détail, cette confiscation s’apparente à “une humiliation” dénonce Me Baudouin qui n’a pas mâché ses critiques à l’issue du verdict :

Le fruit de ses recherches, son travail intellectuel est confisqué. Il a beau être soutenu par plus de 400 physiciens du monde entier, dont un prix Nobel [Jack Steinberger, NDLR], il lui sera difficile de reprendre une vie professionnelle à sa sortie. On a la sensation que l’intention est de le briser, de l’humilier.

Hicheur bon terroriste confirmé

Hicheur bon terroriste confirmé

Le physicien du Cern accusé d'activités terroristes, Adlène Hicheur, a comparu jeudi et vendredi devant le tribunal ...

Avant l’audience, l’avocat se disait inquiet, bien qu’une “surprise soit toujours possible”. Ses critiques visaient en premier lieu la tenue du procès les 30 et 31 mars derniers, présidé par une magistrate du siège qui “n’assurait pas l’équilibre entre l’accusation et la défense”, mais semblait s’être rangée du côté du Parquet.

Halim Hicheur, le frère du physicien, aussi était inquiet, notamment en raison de la tenue du procès, “complètement à charge”. Un déroulement qui avait surpris Adlène Hicheur, surtout le premier jour : la Présidente procédait à de longues lectures et lui demandait ensuite de réagir, la plupart du temps sans poser de questions plus précises. La deuxième journée avait permis davantage d’échanges. Sans convaincre Me Baudouin d’un déroulement correct : “C’est un scandale judiciaire et l’aboutissement de la logique du rouleau compresseur” a-t-il dénoncé à l’issue du prononcé du verdict.

Au centre de ses critiques : un chef d’accusation (l’association de malfaiteur en relation avec une entreprise terroriste) qui n’a jamais reposé sur des faits, “le moindre commencement de cadre pré-opérationnel”. Une procédure abusive qui inaugure l’ère du “pré-terrorisme” et ne manquera pas d’alimenter la propagande d’esprits radicaux, a poursuivi l’avocat :

Ces injustices font le choux gras des terroristes. C’est très regrettable.

Dans des termes très durs, Me Baudouin a dénoncé les risques pour les libertés individuelles et la démocratie d’une justice qui ne reposerait que sur des propos tenus pour qualifier de terroristes des individus. Halim Hicheur a concentré ses critiques contre une “justice qui n’a plus rien d’indépendante”, désignant “une culpabilité déterminée dès le premier jour” :

Le scénario a été écrit dans les bureaux de la DCRI [Direction centrale du renseignement intérieur, le "FBI à la française" créé par Nicolas Sarkozy en 2008, NDLR]. Il a ensuite été entretenu par son directeur Bernard Squarcini et Frédéric Péchenard [le directeur central de la police judiciaire, NDLR] qui a évoqué dans les médias une bombe qu’Adlène aurait été prêt à poser. A aucun moment cette accusation n’est ressortie pendant le procès.

Story telling

Mathieu Burnel lui a emboité le pas, visant le “story telling” jamais contrarié de l’accusation. Mis en examen dans l’affaire Tarnac, il a apporté son soutien à Adlène Hicheur lors d’une conférence de presse mi-mars et a signé en début de semaine une tribune dans Le Monde avec Halim Hicheur, Jean-Pierre Lees, directeur de recherche au CNRS, et Rabah Bouguerrouma, porte-parole d’un collectif viennois créé pour l’occasion.

À la sortie de l’audience, devant les dizaines de caméras et de micros, Mathieu Burnel a vivement déploré la distorsion entre cette issue qui paraissait “aberrante à tout le monde, y compris les journalistes” et l’absence de remise en question du “story telling” par les médias alors que l’arrestation s’était déroulée presque un an jour pour jour après Tarnac :

Dans l’affaire Tarnac, les journalistes ont fait leur métier. Dans l’affaire Hicheur, ils sont là pour compter les années de prison.

Lors du procès, Adlène Hicheur avait contesté le chapeau qu’on essayait de lui faire porter, “plus une plate-forme qu’un sombrero”. Outre les 35 mails échangés, l’accusation s’appuyait sur les documents trouvés chez lui, dont les traductions étaient très approximatives avait-il dénoncé. Dans son jugement, le tribunal note que ces documents “démontrai[en]t l’intérêt, voire la fascination, d’Adlène Hicheur pour l’islamisme radical et le jihad guerrier” (voir p. 17 du jugement reproduit en intégralité au bas de l’article). Et réfute d’un point d’interrogation la défense du prévenu (page 14) :

Interrogé sur la teneur de ces documents, Adlène Hicheur a déclaré qu’ils étaient “relatifs à l’histoire de l’Islam” (?).

L’affaire est à la croisée du cyberjihad et de l’association de malfaiteurs. Le premier, la “fréquentation assidue [par Adlène Hicheur] de sites pro-djihadistes, ainsi que par son action pour l’animer et traduire, afin de les mettre en ligne, des documents émanant notamment d’AQMI” confirme son intérêt pour le jihad selon le tribunal.

Le second, l’association de malfaiteurs, était le plus contesté par sa défense qui soulignait des propos parfois inquiétants mais limités à l’échange d’opinions. Pour le tribunal, Adlène Hicheur a désigné “une cible potentielle à un individu appartenant à une organisation terroriste, en l’occurrence AQMi, sans savoir quelle suite serait donnée à sa suggestion”.

Il a ensuite détaillé les modalités dans un texte (page 40). Ce texte avait fait l’objet de vives protestations de la part de la défense d’Adlène Hicheur : il n’a jamais été envoyé et ne peut être qualifié de message. Le tribunal l’a considéré comme tel, s’appuyant sur sa forme : “Il s’agissait donc d’une missive complète et manifestement envoyée” (sic).

Le jugement se clôt donc sur une peine de cinq ans, dont quatre fermes, que les deux ans et demi de détention provisoire effectués par Adlène Hicheur couvriront en partie. La circonstance atténuante, un an avec sursis, est accordée au titre de son origine algérienne (page 45) :

Adlène Hicheur a employé plusieurs fois le terme “humiliation” et l’on sent, à travers les messages de cet homme intelligent et fier, la douleur d’appartenir à un peuple qui a effectivement été colonisé pendant deux siècles par des représentants de son pays d’accueil et d’adoption ainsi que la difficulté à surmonter cette antinomie. Le Tribunal ne peut de même ignorer qu’Adlène Hicheur est né à Sétif, ville de triste mémoire, ce qui n’a pu que renforcer son sentiment d’injustice, d’humiliation devant le sort réservé à ses pères (sic).

Jugement affaire Hicheur anonymisé


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Dix jours de profils terroristes http://owni.fr/2012/03/22/dix-jours-profils-terroristes-mohamed-merah/ http://owni.fr/2012/03/22/dix-jours-profils-terroristes-mohamed-merah/#comments Thu, 22 Mar 2012 11:02:45 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=102925

Un inconnu qui règle ses comptes, un déséquilibré, un néo-nazi viré de l’armée, un jihadiste. Depuis une semaine, les enquêteurs ont étudié des pistes multiples, et autant de profils, pour trouver le coupable des assassinats qui secouent la région de Toulouse.

Mercredi, à 16h30, le procureur de Paris, François Molins a brandi une réponse : l’auteur présumé, Mohamed Merah, présente un profil “d’autoradicalisation salafiste atypique”. La formule clôt une enquête de 12 jours, depuis l’assassinat d’Imad Ibn Ziaten, un sous-officier du 1er régiment du train parachutiste.

Tous les profils

La Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), saisie, étudie alors toutes les pistes, y compris des querelles personnelles. L’affaire prend une tournure plus sérieuse à partir du 15 mars, quand trois militaires du 17e régiment du génie parachutiste sont pris pour cibles ; deux sont tués d’une balle dans la tête, le troisième très grièvement blessé.

La DCPJ reçoit l’aide des services spécialisés dans les affaires terroristes, la sous-direction antiterroriste (SDAT) et la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Mais le profil du tueur reste éthéré. Lundi, trois enfants et le père de deux d’entre eux sont assassinés dans une école juive, à Toulouse. Les enquêteurs semblent alors privilégier deux pistes : celles du néo-nazi et du jihadiste.

En 2008, la caserne de Montauban, le 17e RGP, avait été éclaboussée d’un scandale. Le Canard Enchaîné avait publié une photo montrant trois militaires du régiment devant un drapeau nazi, en train de faire le salut fasciste. Plusieurs voix dénonçaient alors un climat raciste au sein de la caserne.

Autre source d’intérêt pour les policiers, l’assassin semble aguerri au maniement des armes. Dans les témoignages recueillis et sur les images filmées dans l’école, ils notent son sang-froid, sa parfaite maîtrise et son calme.

Du néo-nazi au jihadiste

Mardi en fin d’après-midi, le procureur de Paris dément favoriser une hypothèse plutôt qu’une autre. Toutes les pistes restent ouvertes, martèle-t-il. Du néo-nazi au jihadiste, Mais dans la nuit, mercredi matin très tôt, assaut est donné contre le logement d’un habitant du quartier bourgeois de la Côte Pavée à Toulouse, au 17 rue du Sergent Vigné.

Enquête en bas débit

Enquête en bas débit

L'identification du terroriste au scooter a été très rapide, selon certains. La chronologie que nous avons reconstituée ...

Le profil de l’assassin présumé se dessine dans la journée, alors que s’égrainent les conférences de presse. Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, le décrit comme “celui qui a commis les assassinats successifs des 11, 15 et 19 mars”. Un jihadiste. Un jeune de la banlieue toulousaine. Il a grandi entre la cité du Mirail et les Izards, un quartier populaire. Le premier assaut des unités d’intervention spéciales du RAID, lancé à 3h10, a été accueilli par un rafale de tirs par l’occupant des lieux. Il blesse deux policiers, l’un au genou, l’autre légèrement. Un autre assaut à 5h donne un résultat similaire. Un nouveau blessé, à l’épaule, côté policier et l’homme reste toujours retranché à son domicile.

Zones tribales

Mais un canal de communication est établi. Un négociateur du RAID parvient à parler avec lui. Il est prolixe, dévoile son passé et revendique les sept assassinats de la semaine. L’homme a un nom et un âge, rendus public tôt le matin. Mohamed Merah, 24 ans, finalement ramené à 23 en fin de journée.  Il dit agir au nom d’Al-Qaida, vouloir punir la France pour son engagement en Afghanistan et tuer des enfants juifs pour venger la mort d’enfants palestiniens.

Selon le procureur du parquet antiterroriste, François Molins, Mohamed Merah a effectué deux séjours dans les zones tribales afghano-pakistanaises. Il s’y serait rendu par ses propres moyens, “sans avoir recours aux filières connues”, et surveillées. Contrôlé par hasard par les autorités afghanes, il est remis à l’armée américaine, puis renvoyé en France lors de son premier séjour, dont le parquet n’a pas précisé la date.

Son second séjour aurait duré deux mois, entre “mi-août et mi-octobre 2011″, date à laquelle il rentre en France, atteint d’un hépatite A. Mineur, Mohamed Merah avait été condamné à de nombreuses reprises pour des délits de droits communs. Il avait été écopé d’un an de prison. Mohamed Merah a deux frères aînés, dont Abdelkader, 29 ans. Tout comme leur mère, Abdelkader a été interpellé un peu après 3h30 mercredi matin.

Pas très pratiquant

Dans la matinée de mercredi, alors que Mohamed Merah est retranché à son domicile, des jeunes du quartier, connaissances et anciens camarades d’école, viennent à la rencontre des journalistes rassemblés à une centaine de mètres du 17, rue du Sergent Vigné.

L’un d’eux, Samir, décrit Mohamed comme une personne calme et généreuse, un type “qui porte les courses des vieilles”. Il dit ne pas comprendre, n’être pas au courant de séjours en Afghanistan ou de sa radicalisation. “Un croyant, mais pas très pratiquant” selon lui.

Kamel affirme être sorti la semaine passée avec Mohamed Merah dans une “boîte orientale” de Toulouse, le Calypso, et n’avoir rien remarqué. Tous condamnent unanimement. “Et encore, condamner, le mot n’est pas assez fort” ajoute l’un d’eux. “C’est comme le 11 septembre” déplore Samir.

Mercredi après-midi, le procureur, Michel Salins décrivait un jeune homme ayant connu des troubles du comportement enfant, un passé compatible avec “le profil psychologique du suspect”. Une personne au profil solitaire, qui pourrait passer des heures à regarder des vidéos très violentes, “comme des scènes de décapitation”, un loup solitaire au profil “d’autoradicalisation salafiste atypique”.

Jeudi matin, vers 11h30, Mohamed Merah est tué lors d’un assaut mené par les policiers.


Illustration (cc) par Truthout.org

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Enquête en bas débit http://owni.fr/2012/03/21/tueur-toulouse-dcri-mohamed-merah/ http://owni.fr/2012/03/21/tueur-toulouse-dcri-mohamed-merah/#comments Wed, 21 Mar 2012 19:22:54 +0000 Jean Marc Manach http://owni.fr/?p=102968

Interrogé sur RTL sur le point de savoir si on aurait pu identifier le terroriste au scooter plus tôt, et donc empêcher la tuerie dans l’école juive de ce lundi – quatre victimes, dont trois enfants -, Gérard Longuet, ministre de la défense, a répondu “je ne pense pas, sauf à transformer la France en Etat policier“. Et d’ajouter :

“C’est la question de l’Etat de droit. Nous pouvons en effet considérer chaque Français comme suspect. Ce n’est pas notre culture. Un Français n’est pas, à première vue , “coupable”.

À une personne qui demandait si les croisements de données qui ont permis l’identification de Mohamed Merah n’auraient pas pu être effectués plus avant, rapporte Le Point, un haut fonctionnaire a déclaré : “Oui, mais nous serions dans un État totalement surveillé“.

Interrogé par LesInrocks.com, Didier Hassoux, co-auteur de “L’espion du président“, sur les dérives de la DCRI, s’interroge de son côté : “pourquoi a-t-il fallu attendre neuf jours ? Je ne vois pas pourquoi on ne lui a pas collé une balise au cul durant les deux ou trois jours ayant suivi le premier meurtre“.

La réponse est simple : il a fallu attendre deux jours pour localiser physiquement Mohamed Merah, mais aussi et surtout six jours pour identifier quels ordinateurs, et donc potentiellement quels internautes, avaient consulté la petite annonce postée par la première victime du terroriste. Reste à savoir pourquoi. Retour sur une enquête qui aura duré dix jours.

La petite annonce, priorité des enquêteurs

Lundi 12 mars. Un motard abattu d’une balle dans la tempe à Toulouse. C’est ainsi que La Dépêche évoque, à 3h49, un faits divers ayant eu lieu la veille, sans préciser que la victime est un militaire. Le 13, le journal se demande s’il s’agit d’un vol ou d’une affaire de coeur, mais précise cette fois qu’il s’agissait d’un officier parachutiste considéré comme “un excellent élément“.

Plus important : La Dépêche évoque le fait que la victime avait posté une petite annonce sur LeBonCoin.fr fin février afin de vendre sa moto, et qu’il aurait reçu, quelques minutes avant d’être abattu, “un coup de fil” à ce sujet :

Ce rendez-vous était-il un piège ? Le ou les faux acheteurs ont-ils paniqué ? Le bike-jacking a-t-il mal tourné ? L’hypothèse fait partie des « priorités » des enquêteurs.

L’article, publié le 13 à 7h46, laisse entendre que la police avait fait de cette petite annonce l’une de ses “priorités” dès le lundi 12, au lendemain du meurtre.

La DCRI l’identifie jeudi

Jeudi 15 mars. Suite au meurtre des deux autres militaires, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) dresse, dans la journée, rapporte Libé, la liste d’une dizaine d’individus suspectés de sympathie avec les groupes islamistes en Afghanistan et au Pakistan, dont Mohamed Merah.

Une information confirmée par Le Monde, qui précise que Mohamed Merah avait effectué “plusieurs séjours en Afghanistan et au Pakistan, dans des camps d’entraînement d’Al-Qaida“, et qu’il faisait partie des “profils que nous surveillons, a indiqué au Monde une source du renseignement intérieur. Nous l’avions dans le collimateur“.

Claude Guéant aurait ainsi précisé, rapporte Le Parisien, qu’il “était suivi depuis plusieurs années par la DCRI et ses agents toulousains, mais jamais aucun élément de nature à (faire) penser qu’il préparait une action criminelle n’était apparu“.

Ce même jeudi soir, les services de Police judiciaire font le lien entre l’arme utilisée à Toulouse et celle qui avait frappé à Montauban : “à cet instant, s’est déclenché un énorme effort de mobilisation“, a expliqué Gérard Longuet, avec près de 200 enquêteurs lancés sur la piste du tueur au scooter.

Six jours pour identifier des adresses IP

Contacté par OWNI, LeBonCoin.fr a déclaré ne pas être “autorisé” à nous dire quand les services de police judiciaire lui avaient demandé la liste des ordinateurs ayant consulté la petite annonce en question, ni quand le site les leur avait transmis.

D’ordinaire, nous confirme une source policière, ce genre d’opérations ne prend que quelques minutes. Un autre source, proche de ceux qui répondent à ce type de réquisitions judiciaires, indique de son côté qu’elles sont traitées “en 48h maximum“.

Or, selon nos informations, ce n’est que le vendredi 16 mars, soit cinq jours après le premier meurtre, et trois jours après que la piste, considérée comme l’une des “priorités” des enquêteurs, ait été évoquée dans la presse, que la liste des 576 adresses IP a été transmise aux fournisseurs d’accès à l’internet (FAI). Ces adresses IP identifient les ordinateurs sur les réseaux, permettant donc de remonter jusqu’aux utilisateurs.

Ensuite, les FAI semblent eux avoir œuvré prestement : François Molins, procureur de la République de Paris, a expliqué que les résultats des vérifications, et donc la liste des abonnés à qui avaient été attribuées ces adresses IP, ont été connues le samedi 17 mars.

Une multitude de pistes

Cette liste, qui va s’avérer décisive, n’était que l’une des pistes suivies par les enquêteurs, qui ont également vérifié, toujours selon François Molins, 7 millions de données téléphoniques, et procédé à plus de 200 auditions, entraînant la rédaction de plus de 1000 PV.

La Dépêche précise que parallèlement, près de 20 000 dossiers militaires sont examinés par la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD) “puis, pour certains, croisés avec les connexions internet. Chou blanc.“.

Dans la liste des internautes ayant consulté la petite annonce, un nom attire l’attention des enquêteurs, écrit Rue89 : Mme Aziri, mère de deux garçons connus des services de police :

Abdelkader Merah, impliqué dans une filière de transferts de djihadistes en Irak.
Mohamed Merah, condamné à 15 reprises par le tribunal pour enfants de Toulouse et apparu selon un « profil d’autoradicalisation salafiste atypique ».

Lundi après-midi, les enquêteurs identifient, selon la journaliste Audrey Goutard (à 1h35 de la vidéo) le n° de téléphone portable de Mohamed dans la liste de ceux présents autour de l’école juive où a eu lieu la tuerie.

Le lundi soir, huit lignes téléphoniques de Mme Aziri et de sa famille sont mises sur écoute, a expliqué François Molins : “Problème, on n’avait pas d’élément permettant de les rattacher aux trois affaires.

Mardi, les enquêteurs recueillent le “témoignage décisif” d’un concessionnaire Yamaha, qui révèle avoir reçu la visite d’un des frères Merah lui demandant comment désactiver le traqueur GPS du modèle de scooter utilisé par le tueur.

Mohamed est localisé mardi en début d’après-midi, son frère Abdelkader en fin d’après-midi. La décision de les arrêter dans la nuit est prise à 23h30, ce mardi.

La vidéo de Gérard Longuet, interrogé sur RTL :


Gérard Longuet, ministre de la Défense : "20… par rtl-fr


Merci à Pierre Alonso, envoyé spécial d’OWNI à Toulouse.
Illustrations par Marion Boucharlat pour OWNI /-)

Vous pouvez me contacter de façon sécurisée via ma clef GPG/PGP (ce qui, pour les non-initiés, n’est pas très compliqué). A défaut, et pour me contacter, de façon anonyme, et en toute confidentialité, vous pouvez aussi passer par privacybox.de (n’oubliez pas de me laisser une adresse email valide -mais anonyme- pour que je puisse vous répondre).

Pour plus d’explications sur ces questions de confidentialité et donc de sécurité informatique, voir notamment « Gorge profonde: le mode d’emploi » et « Petit manuel de contre-espionnage informatique ».

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Les vilains terroristes se rebellent http://owni.fr/2012/03/16/les-vilains-terroristes-se-rebellent/ http://owni.fr/2012/03/16/les-vilains-terroristes-se-rebellent/#comments Fri, 16 Mar 2012 13:40:47 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=102332

À priori, les deux affaires ne se ressemblent pas. D’un côté, deux mis en examen dans l’affaire de Tarnac. Militants de “l’ultra-gauche”, “anarcho-autonomes” selon les mots de Michèle Alliot-Marie alors ministre de l’Intérieur, ils sont arrêtés en novembre 2008, soupçonnés de sabotage de lignes TGV.

De l’autre, Adlène Hicheur, physicien au du Cern, l’organisation européenne pour la recherche nucléaire. Accusé d’avoir projeté des attentats en France en lien avec Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), il est interpelé le 8 octobre 2009 et maintenu en détention provisoire depuis.

Tarnac Production

Tarnac Production

Tarnac dossier judiciaire scandaleux, dérive éloquente de l'antiterrorisme à la française. Certes. Mais aussi et surtout ...

Entre les deux affaires, un dénominateur commun : “la fabrication de parfaits terroristes, une dérive de l’antiterrorisme”, ont affirmé les intervenants de la conférence de presse qui s’est tenue jeudi matin à la Ligue des droits de l’homme. Elle réunissait avocats et groupes de soutiens des deux affaires.

Une différence de taille les sépare. Les inculpés de Tarnac bénéficient aujourd’hui d’un relatif capital de sympathie. Adlène Hicheur pâtit au contraire de la “circonstance aggravante de ne pas être blanc” selon l’un des mis en examen de Tarnac qui a contacté Halim Hicheur, le frère ainé d’Adlène, après la publication d’une tribune.

Intelligents

Pour l’un des avocats des mis en examen de Tarnac, Jérémie Assous, la personnalité de ses clients a contribué à faire changer le point de vue de l’opinion :

Il s’agit de jeunes gens intelligents, blancs, issus de la classe moyenne, certains ont fait des études brillantes. Ils maitrisent la prise de parole publique. Une identification est possible pour les journalistes et le public.

À titre d’exemple, il cite la libération de Julien Coupat intervenue quelques jours après une longue interview parue dans Le Monde. Mathieu Burnel, arrêté en novembre 2008 dénonce la logique de l’antiterrorisme qui fonctionne comme une histoire, au lieu de reposer sur des éléments matériels. Dans cette mise en récit, “le pouvoir médiatique se fait l’adjoint des pouvoirs policier et politique” critique Benjamin Rosoux, l’autre inculpé de Tarnac présent à la conférence de presse de jeudi.

Me Assous explique cette partialité en partie par la disponibilité des sources au début d’une affaire :

Les médias n’ont d’abord des informations que du parquet ou de la police. Ensuite, ils ont souvent une méfiance vis-à-vis de la parole de la défense, que ce soit les avocats ou les proches des mis en examen.

Dans l’affaire Adlène Hicheur, ses soutiens dénoncent aujourd’hui une fine orchestration médiatique, qui commence dès la garde à vue. Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur de l’époque, est en déplacement à Lyon alors qu’Adlène Hicheur y est interrogé après avoir été interpelé au domicile de ses parents à Vienne. Lors d’une conférence de presse improvisée, Brice Hortefeux affirme que “la France a peut-être évité le pire”.

“Éveiller les fantasmes”

Transparaît une allusion aux qualifications scientifiques d’Adlène Hicheur, physicien de très haut niveau en physique nucléaire. “Une façon d’éveiller les fantasmes qui n’a rien à voir avec la réalité” dénonce Patrick Baudouin, son avocat. Le dossier repose aujourd’hui sur 35 mails échangés avec un interlocuteur que la DCRI a identifié en la personne de Moustapha Debchi, décrit comme un cadre d’AQMI.

Le parfait terroriste physicien

Le parfait terroriste physicien

Il y a deux ans, un physicien du Cern d'origine algérienne, devenait le client idéal de l'antiterrorisme à la française ...

L’arrestation de ce dernier a été rapportée dans la presse algérienne en février 2011. En septembre, le procès-verbal de son interrogatoire par les services de sécurité algériens est versé au dossier d’Adlène Hicheur, à l’issue d’une commission rogatoire internationale. Patrick Baudouin, avocat d’Adlène Hicheur, a fait part jeudi de grandes difficultés pour obtenir des informations sur Moustapha Debchi et pour que ce PV soit ajouté à l’instruction. Un PV dont la forme avait soulevé l’étonnement de la défense, comme nous l’avions découvert.

Aucune pièce d’identité ne venait confirmer l’identité de Moustapha Debchi. Ses réponses “surabondaient dans le sens de l’accusation” selon Patrick Baudouin pour qui l’instruction a été menée uniquement à charge. Pour preuve, il cite le choix du juge d’instruction, Christophe Teissier (alors peu expérimenté en matière d’antiterrorisme), et non Marc Trévidic, reconnu pour son indépendance selon l’avocat. Voire des “manipulations” avec des traductions approximatives de l’arabe et des tentatives de “subordination de témoins”.

Dans un échange daté du 1er juin 2009, Moustapha Debchi demande : “Cher frère, on ne va pas tourner autour du pot : est-ce que tu es disposé à travailler dans une unité activant en France ?”. La réponse d’Adlène Hicheur, telle qu’elle apparaît dans le dossier d’instruction est “Concernant ta proposition, la réponse est OUI bien sûr”. Son avocat conteste cette traduction de l’arabe, notamment l’utilisation des majuscules qui change selon lui le sens que l’on peut y donner.

Aucun des mails ne montre “le moindre début d’intention de mise en œuvre d’un projet précis d’acte terroriste” poursuit Patrick Baudouin. “Tout est virtuel. La question de la qualification est clairement posée”. Il conclut :

Dans cette affaire, une vérité est pré-établie et l’instruction veut la confirmer. C’est une présomption, une affirmation de culpabilité.

Les deux affaires mettent en lumière des dérives de l’antiterrorisme, fondé en France sur une justice d’exception. “Elle permet la violation des droits individuels de certains et attribue des droits surdimensionnés à d’autres” critique Jérémie Assous. D’un côté les mis en examen, de l’autre les services et les organes de justice. “Dans ce système, les acteurs s’auto-alimentent” poursuit-il.

En octobre 2010, après un renforcement du plan vigipirate, Brice Hortefeux citait le séparatisme basque, “l’ultragauche” et “l’islamisme radical” au titre des principales menaces. La conférence de presse jeudi matin réunissait “deux mamelles de l’antiterrorisme” relevait, grinçant, Benjamin Rosoux.

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