OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Vendredi c’est Graphism ! http://owni.fr/2012/07/13/vendredi-cest-graphism-typographie-affiche-science/ http://owni.fr/2012/07/13/vendredi-cest-graphism-typographie-affiche-science/#comments Fri, 13 Jul 2012 09:11:06 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=116149

Allez, on commence la semaine avec un peu de poésie qui va sûrement adoucir les moeurs ! Pour beaucoup, la poésie est un peu démodée alors que c’est une immense part de la culture, notamment de la culture orale.  Mais pour l’ensemble de nos satellites, du progrès ou des prouesses de la biotechnologie, c’est une chose qui n’a que peu d’importance. Heureusement, le Conseil des arts anglais et la BBC ont publié un nouveau projet appelé 60 ans en 60 poèmes. Conçu par « Faber & Faber » et « Somethin ‘Else », cette plate-forme multimédia en  HTML5 saura, je l’espère, vous faire apprécier le dernier demi-siècle en matière de poésie.

Ici, la poésie est présentée sous forme d’un texte en ligne, de photos, de visualisation graphique du son, et de lecture. Beau et riche en données, on appréciera également la forme d’onde circulaire avec ce bouton de lecture en son centre. Vous allez ainsi pouvoir explorer année par année, ou thématique par thématique, l’ensemble sera beaucoup plus moderne que les textes présentés mais le tout est fait avec goût.

poesie La visualisation de la poésie en HTML5 ! :)

source

On continue avec cette animation étonnante réalisée par Joshua Catalano, un talentueux motion designer de Nantes ! Voici donc son illustration animée et musicale d’un lamento. Un lamento est un morceau de musique à caractère plaintif. De même, on parle de lamento tragique pour un texte littéraire mêlant les registres tragique et pathétique. Joshua retranscrit ainsi ces émotions planantes..

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Merci Jérémy

Et voici sous vos yeux ébahis… le kit de survie du designer !

Le symbolisme des couleurs , celui des formes, le design d’une carte de visite et même les idées qu’il faut avoir, tout a été mis dan ce «Kit de Survie du designer » ! Cet élégant kit dans sa boîte en bois a été conçu par une équipe de designer à l’école Massey de l’Université d’Auckland. Réalisé par Josephine Ross, étudiante en design et son professeur Eric Thompson, le kit a notamment été créé pour les designers néo-zélandais qui souhaitent voyager en Asie afin de les familiariser avec certaines coutumes.

survival Le kit de survie du designer !

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En français, il y 28% des lettres utilisées à l’écrit qui ne se prononcent pas. Mais comment représenter ces lettres muettes? Quelle forme prennent-elles quand vous les sortez du silence ? Peut-on utiliser le code informatique comme un outil pour répondre à ces questions? “Silenc” essaye de donner un sens à ces lettres muettes et d’offrir une visualisation de ces lettres muettes en danois, anglais et français.

Ce projet, réalisé par les étudiants Momo Miyazaki, Manas Karambelkar et Kenneth Aleksander Robertsen est assez simple mais efficace. Ces étudiants ont imprimé des textes dont les lettres “silencieuses” apparaissent en rouge et, lorsque vous regardez ce texte avec un film rouge, les lettres disparaissent. C’est sur les oeuvres de Hans Christian Andersen que le travail a été réalisé lors d’un cours de design d’interaction à l’Institut de design d’interaction à Copenhague.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Ceci aura été l’excellente nouvelle de la semaine, il s’agit de “Pop Labs graphique” qui au travers d’un voyage éducatif, nous enseigne tout ce que nous avons besoin de savoir sur la typographie ! L’ensemble est présenté sur une affiche très élégante et qui met en avant ​​la structure alphabétique dans toute sa splendeur. Cette amorce alphabétique sur les merveilles de la typographie nous ouvrira les yeux sur les empattements, les crochets, les signes diacritiques, les ligatures, et plus encore.

À noter que chaque tirage est numéroté et signé par les artistes. Précieux !

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On termine avec une petite vidéo pleine de couleurs et de mouvements ! Vous connaissez peut-être ma passion pour la science et pour les sciences en général. Oui, il m’arrive de sourire quand je tombe sur un cycle de krebs ou des équations. L’imaginaire de la science me plait beaucoup également et c’est ce qui m’a touché dans le travail Tony Zagoraios pour le documentaire sur « l’Academic and Scientific Excellence ». Cette séquence d’ouverture très agréable à regarder, tout est fluide s’enchaîne bien et rempli de détails généreux à observer.

À noter que Tony Zagoraios est un motion designer de Grèce et il travaille en freelance à Athènes. Ses projets ont été sélectionnés et primés dans de nombreux festivals à travers le monde. Pour ce projet là, Tony Zagoraios a travaillé avec l’illustrateur Stavros Kypraios, le réalisateur Apostolos Nikolaidis et Ted Reglis ainsi que Renos Papastavros pour le design sonore ! Un travail d’équipe qui contentera nos yeux.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Par avance… désolé ! Voici LA vidéo WTF de la semaine avec un chat, un univers tout rose et une modélisation 3D à faire pâlir les graphistes ;-) Le travail est signé par caviar.ws, Takumi Shiga et Toru Sasaki pour la musique. C’est félin, c’est chic, mais c’est surtout terriblement WTF !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Et oui, c’est terminé pour cette semaine, mais je vous invite, pour cet été, à vous rendre à Lyon pour découvrir Géographie parallèle par Marc Jurt et Michel Butor ! À Paris, chez Colette, vous pourrez aussi voir le travail de dessin de Clo’e Floirat, une artiste française qui se veut à la fois architecte, dessinatrice et critique d’art, ou encore si vous passez en Suisse, à Genève, rendez-vous absolument à la HEAD, la Haute Ecole d’Art et de Design de Genève pour voir cette expositions de jeux conçus par des jeunes développeurs suisses et des étudiants de master Media Design.

Allez, bonne route graphique et bon week-end !

Geoffrey

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Chat avec Olivier Tesquet, auteur de “La véritable histoire de Wikileaks” http://owni.fr/2011/06/07/chat-avec-olivier-tesquet-auteur-de-la-veritable-histoire-de-wikileaks/ http://owni.fr/2011/06/07/chat-avec-olivier-tesquet-auteur-de-la-veritable-histoire-de-wikileaks/#comments Tue, 07 Jun 2011 08:40:10 +0000 Admin http://owni.fr/?p=65875 N’hésitez pas à poser vos questions à Olivier Tesquet, auteur de “La véritable histoire de Wikileaks”, via Cover It Live, Facebook ou encore le PiratePad (s’il n’est pas surchargé), il y répondra en direct ce mardi à 16h…:

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Le petit chat au piano est mort http://owni.fr/2011/05/30/le-petit-chat-au-piano-est-mort/ http://owni.fr/2011/05/30/le-petit-chat-au-piano-est-mort/#comments Mon, 30 May 2011 16:08:38 +0000 Alexandre Léchenet http://owni.fr/?p=65376

Une vidéo d’un chat qui joue du piano ? Tu en es là ?

Il est toujours assez compliqué d’expliquer l’attachement des internautes aux chats. Plusieurs raisons ont été soulevées. Un attachement immarcescible de l’homme au chat, comme en témoigne sa déification par les égyptiens. Ou alors par la place particulière que tient le chat sur les genoux de la personne tapant qui sur sa machine à écrire, qui sur son clavier.

En 2004, les chats font une entrée remarquée dans la blogosphère, avec l’habitude prise par les blogueurs états-uniens démocrates comme républicains, de partager une photo de leur chat tous les vendredis. Habitude tournée au ridicule ensuite par les /b/tards de 4chan, lançant la mode du caturday, dérivé rapidement en lolcat, ces photos de chats, illustrées d’une légende en presque-anglais. Tout ça fut ensuite récupéré sur le site icanhazcheeseburger, empire du LOL états-unien.

Au milieu de ces chats, il en est un qui fait du piano. Vidéo tournée en 1986 par Charlie Schmidt, selon la bible des mèmes Know Your Meme, la vidéo est mise en ligne sur Youtube en 2007. Un chat, déguisé d’un kimono bleu tape sur un clavier.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Ce n’est que deux ans plus tard qu’un blogueur, pour illustrer un “fail” dans sa vidéo, c’est à dire une tentative ratée, une chute ridicule, un plantage magistral, incruste les images et la musique du Keyboard Cat.

Play him off, Keyboard Cat.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

“Mets le hors jeu, chat au piano” devient une pastille vidéo utilisée dès lors pour illustrer des “fails”.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Cela fait donc 3 ans qu’il rythme les vidéos postées par les internautes, jusqu’à devenir une icône. Il est repris dès lors tel quel, dans des parodies, le consacrant mème à part entière, comme ce Three Keyboard Cat and a Moon, qui mixe un t-shirt ayant fait sensation sur l’image et le félin.

Comme toutes les créations devenues références populaires, il n’a pas fallu attendre longtemps avant que des âmes peu scrupuleuses récupèrent la bête pour espérer en tirer profit. Son réalisateur a déjà ouvert un compte Twitter, permettant de donner un second souffle à la star de 2009.

Mais le pire était encore à craindre. Le chat pouvait perdre tout son crédit, en redevenant un simple joueur de piano, réalisant l’illustration sonore d’une publicité. C’est hélas ce qui est arrivé par la faute de commerciaux sans âme et sans culture.

Dans une pub créée pour promouvoir la pistache, un pastiche de keyboard cat rhabillé en vert (pistache) casse une graine d’un coup de patte. La cible de cette publicité est cependant assez restreinte, car la référence n’est connue que d’un petit nombre de gens.

Quels autres exemples les publicitaires vont trouver ? Un dentifrice sponsorisé par David ? Il semble que cela ait déjà été fait. Le double-rainbow guy qui s’extasie devant Microsoft ? Antoine Dodson, effrayé par les agresseurs qui vante les mérites d’une application surveillant ces mêmes agresseurs ? Que restera-t-il aux internautes ?

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Vendredi c’est graphism S02E16! http://owni.fr/2011/04/22/vendredi-cest-graphism-s02e16/ http://owni.fr/2011/04/22/vendredi-cest-graphism-s02e16/#comments Fri, 22 Apr 2011 06:21:42 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=58276

Bonjour les ami(e)s !

Vous êtes de plus en plus nombreux à lire Vendredi c’est Graphism et à m’envoyer vos actualités graphiques pour que je les publie et je vous en remercie infiniment ! Encore une belle semaine pleine de belles choses à se mettre sous les yeux et notamment grâce à vous :-) Au programme de la semaine, je vous présente la nouvelle version de Photoshop…sur tablette, une vidéo pour Virgin America, un travail culinaire ET typographique, un clip vidéo d’Antony and the Johnsons. On regardera également 10 000 images générées, ainsi que le projet Surface Switch. Et comme toutes les semaines, on finira sur un WTF très très obsédant à base de chat :)

Bon vendredi et bon graphisme !

Geoffrey

On commence notre semaine avec Adobe qui a enfin dévoilé « Photoshop Touch » et ses nouvelles façons d’interagir avec un écran tactile. L’idée est d’adapter réellement la plupart des fonctionnalités d’Adobe Photoshop (en ayant déployé un nouveau moteur de script dans Photoshop) et que cette version puisse fonctionne sur Android, Blackberry OS Tablet, et iOS.

On remarque ainsi des choses un peu nouvelles comme :

  • l’affichage d’un menu en posant 5 doigts sur l’écran
  • la sélection d’un item de ce menu en retirant tous ses doigts sauf celui posé sur l’item selectionné
  • le mélange « réel » des couleurs (par addition)
  • la synchronisation tablette & logiciel

Bref, l’intelligence de déporter des applications sur tablette est un vrai challenge, je suis pour l’instant assez convaincu par ce que les équipes d’Adobe nous proposent. Bravo à eux et j’ai hâte de voir la suite !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Voici une animation dessinée pour Virgin America avec pour thématique le “vivre ensemble”. Dans ce spot, 3LL s’est associé avec Droga5 pour vous apporter une sorte de leçon de vie pour soulager quelque peu votre esprit en avion.  Cette vidéo colorée et joyeuse est peuplée de stéréotypes exagérés, de sorte que chaque personnage peut avoir un impact énorme sans avoir besoin trop de temps d’écran. Un beau travail très bien maîtrisé, à découvrir.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Si vous avez du temps ce week-end, je vous propose de vous cuisiner un petit goûter avec le fabuleux travail typographique et expérimental de Anna Garforth! Cette jeune femme s’est fait notamment connaître avec ses créations de graffitis de mousse mais elle replonge depuis peu dans l’exploration des matériaux complètement différents pour faire des polices de caractères. Et c’est pour mon plus grand plaisir qu’elle a travaillé le biscuit (miam!)

Elle réalise ainsi cette affiche avec inscrit l’expression « les yeux plus gros que le ventre », pas bête en effet Pour ma vision du travail de designer, je pense que l’expérimentation est un élément fondamental.Explorer, tester, échouer, reprendre, réussir, l’expérimentation graphique, culinaire, dans le code, dans le dessin, bref, c’est vraiment un processus de découverte et d’apprentissage primordial à ne pas négliger donc…

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Séquence grande émotion avec “Christina’s Farm” d’Antony and the Johnsons, dirigé par Milica Zec et produit par Winslow Turner III Porter. L’auteur présente sa vidéo comme dédiée à tous ceux qui ont rencontré l’injustice sociale et il a été inspiré en partie par les émeutes anti-serbes gay qui ont eu lieu 10 octobre 2010, ou encore par les nombreux jeunes LGBTQ (pour “lesbian, gay, bisexual, and transgender”) aux États-Unis, qui ont pris leur vie en main après avoir subi la discriminiation. À regarder en plein écran pour mieux sentir cette sensation de vertige :-)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

On continue avec de très belles images découvertes cette semaine, il s’agit d’un projet intitulé “10,000 unique digital paintings”. Ces 10.000 peintures numériques et uniques ont été créées pour la dernière brochure du fabricant de papier GFSmith pour ses tests d’impressions. Chaque structure dispose d’un point de vue différent sur ​​une sculpture hypercomplexe qui est générée par un processus combinant du code génératif et des figures prédéfinies. Un superbe travail signé l’équipe de Field.io :-)

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On enchaîne la semaine avec « Surface Switch », qui est un nouveau concept d’interaction ultramince réalisée avec une surface faite d’encre conductrice et de papiers conducteurs. Cette vidéo de concept (entendez par là que c’est pour de faux) pose la question de la façon dont il est possible d’utiliser les commutateurs de surface. On y découvre déjà certaines réponses dans cette vidéo ! De quoi nous faire travailler les méninges donc :-) Pour information, cette vidéo est créé par le « Surface interface Design Project » par Atsuhito Sekiguchi, James GIBSON, Akira Segawa, Keiko KOBAYASHI, Julien JASSAUO, Ami KANOH, Akemi Nanya, Takashi KONDO, Takashi HONDA et Ryusei Sakamoto. Nous attendons donc avec impatience la suite et les premières réalisations !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Le WTF qui a fait beaucoup de bruit cette semaine s’appelle NYAN-CAT ! Ce site internet est très addictif (un peu comme le meme Loituma) et… attention, c’est un concept bête mais ça fonctionne très bien et la réalisation est en HTML. Addictif je vous dis… et ça se passe sur nyan.cat !

Pour le mot de la fin, je vous invite à sortir vos agendas pour réserver quelques dates comme par exemple le 7 mai 2011 pour les Puces Typographiques (et boire un verre avec les lecteurs de mon blog), ainsi que le 10 mai pour le Festival Siana par exemple :-)

Allez… bon week-end !

Geoffrey

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La mort de l’e-mail : et après ? http://owni.fr/2011/04/13/la-mort-de-l%e2%80%99e-mail-et-apres/ http://owni.fr/2011/04/13/la-mort-de-l%e2%80%99e-mail-et-apres/#comments Wed, 13 Apr 2011 10:30:22 +0000 Damien Douani http://owni.fr/?p=56644 J’ai animé la semaine dernière une conférence en ligne dénommée “L’e-mail est mort : quelle alternative ?” (que vous pouvez revoir ici dans l’onglet Webinar) avec des témoignages très pertinents de l’IREPS et de la Lyonnaise des Eaux. Cela m’a amené à me pencher sur la question et à identifier des éléments concrets sur un ressenti partagé par tous, à savoir que l’e-mail est devenu un poids dans l’activité professionnelle de chacun.

Les jeunes maîtrisent la communication (surtout par SMS)

Citons un chantre des nouveaux médias, Mark Zuckerberg, 27 ans cette année : « Les jeunes n’utilisent plus l’e-mail, ils préfèrent les SMS. Les gens veulent des choses plus immédiates comme le SMS ou le tchat pour échanger entre eux. »

Si l’on jette un coup d’œil aux statistiques issues de comScore, cela semble corroborer ces dires :

Rien de bien nouveau sous le soleil… Quiconque a un ado près de lui sait que lui demander son e-mail revient à lui parler d’un outil du siècle dernier (c’est techniquement le cas). Rien ne remplace le bref message instantané électronique comme fondation de l’échange interpersonnel.

En fait, l’e-mail est, comme la structure sémantique du mot l’indique, une version électronique du courrier papier classique, avec sa boite aux lettres, son enveloppe, sa « copie carbone » (cc)… Seule innovation : la copie cachée (cci), le tout croisé avec la logique de classement arborescent des ordinateurs des années 80.

Communiquer plus vite… ou mieux ?

Depuis quelques années, on entend dire que la Génération Y importe ses outils et usages au sein de l’entreprise. Quel est l’impact réel sur l’e-mail ?

  • Est-ce-que Twitter et autres outils de réseautage social vont avoir la peau du courrier électronique ?
  • Est-ce-que l’e-mail est une technologie passéiste uniquement bonne pour la communication corporate ou bien est-elle complémentaire ?
  • Est-ce-que l’a communication instantanée (ou accélérée) est juste une marotte d’adolescent ou bien est ce un révélateur de changements plus profonds ?
  • Et surtout, y-a-t-il quelque chose qui puisse remplacer l’e-mail ?

Une boîte pleine à craquer. Période numérique, début des années 2000.

L’e-mail est un excellent outil de communication interpersonnelle mais de nouveaux outils font leur apparition. Et dans les faits, si tout le monde a encore le droit d’écrire 5 pages de courriel, plus personne n’en a l’envie. Les messages ont tendance à se réduire en longueur, à devenir plus informels : ils s’adaptent aux rythmes du business, à l’importance du message et aux circonstances dans lesquels ils sont émis. D’où l’apparition de tweets, chats et autres mécanismes de communication.

Le principal problème de l’e-mail est qu’il est utilisé pour tout même s’il n’est pas le moyen le mieux adapté. Envoyé à une ou plusieurs personnes (plus souvent en copie qu’en destinataire), l’usage est parfois « d’arroser » le plus de monde possible afin d’être sûr que personne n’ait raté l’information. Quitte à ce que cela ressemble au final à du spam, et finisse dans le dossier de classement vertical (communément appelé « poubelle »).

Il pourrait être parfois aussi efficace de se lever de son fauteuil et hurler l’information dans l’openspace, mais cela pourrait déranger la quiétude des lieux. Plus sérieusement, l’e-mail n’est pas adapté à de nombreux cas de communication, par exemple une large diffusion avec une volonté d’interaction. Il faut aussi en finir avec une légende urbaine : l’e-mail n’est pas fait pour la collaboration, ni pour la coordination. Avez-vous déjà essayé de mettre à jour une version d’un document sans vous perdre dans les échanges, et au final vous tromper de fichier ? Avez-vous déjà réussi à déterminer un jour commun de réunion entre plusieurs personnes sans que cela ne se finisse par une date imposée ?

C’est exactement ce sur quoi les réseaux sociaux professionnels peuvent apporter une vraie plus-value. En proposant des fonctionnalités de recherche, de coordination, de planification et de collaboration, le besoin en e-mail s’en trouve automatiquement réduit. Vous avez une annonce à faire ? Au lieu de l’envoyer à la Terre entière, postez-la sur la première page de la communauté, lieu de passage obligé de tous lorsqu’ils se connectent. Vous avez une réunion à organiser ? Publiez l’invitation, et suivez en temps réel qui répond venir ou pas. Enfin, si vous avez besoin de retravailler un document, faites en un wiki (sorte de page Word partagée) et suivez les révisions collectives du document.

Une passerelle vers les réseaux sociaux

Tout cela devrait nous permettre de conclure que « plus de médias sociaux = moins d’e-mails ». D’après Nielsen, il n’en est rien :

Ce graphe montre au contraire l’inverse : plus vous êtes utilisateur de réseaux sociaux, plus vous « consommez » de courriers électroniques. La raison en est très simple : en fait, la valeur de l’e-mail est en train de migrer vers le réseau social, et l’e-mail ne devient plus qu’une passerelle, un trait d’union temporel. Il ne sert plus qu’à notifier, tenir au courant des nouveautés postées sur le réseau, suivre les mises à jour (un DM sur Twitter lisible d’un clic depuis un e-mail, le résumé d’une conversation, une nouvelle photo postée). Il est désormais inducteur d’actions. La vraie valeur des informations n’est plus dans l’e-mail, qui devient totalement périssable et jetable, mais dans la plateforme sociale.

Ces e-mails de notification sont en fait une réassurance, une transition en douceur d’un monde à l’autre. Une fois le réflexe pris d’aller sur le réseau social spontanément, il n’est plus nécessaire d’avoir ses notifications. C’est une questions de transition et d’évolution inéluctable des usages.

Pour preuve : à ce jour les entreprises ont de plus en plus tendance à communiquer sur les réseaux sociaux pour leurs relations publiques. Facebook est devenu un nouveau canal de discussion corporate (ce qui peut poser d’autres soucis, comme la confidentialité ou la propriété des données).

Ne nous leurrons pas : la transition sera longue. Raison de plus pour s’y mettre immédiatement ! Le réseau social est un nouvel outil centré sur l’utilisateur et non sur les process. L’e-mail aura toujours sa place dans certains cas (comme la validation d’inscription, les démarchages commerciaux, les notifications en provenance des réseaux sociaux) mais sa valeur va se déplacer. Cette transhumance peut, selon les entreprises et les projets, prendre entre quelques mois ou années. Mais au final c’est à la fois plus d’efficacité, de rapidité, de justesse dans les prises de décision, des rapports humains renforcés et une collaboration interne et externe à l’entreprise généralisée.

Billet initialement publié sur le blog de bluekiwi

Image CC Flickr PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification Frank Gruber et PaternitéPartage selon les Conditions Initiales Biscarotte

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Science for the Lulz http://owni.fr/2011/02/27/science-for-the-lulz/ http://owni.fr/2011/02/27/science-for-the-lulz/#comments Sun, 27 Feb 2011 13:10:24 +0000 vran http://owni.fr/?p=48441

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Article initialement publié sur Strange Stuff and Funky Things et selectionné par OWNIsciences

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Reste-t-il dans le monde de la publication scientifique, une place pour la science ludique? Les sujets et les outils devenant de plus en plus pointus, le langage de plus en plus obscur et les revues de plus en plus spécialisées, la planète science a tendance à ne plus tourner que sur elle même et ne se montre que rarement aux yeux du grand public.

Heureusement (en plus des héroïques bloggeurs/journalistes vulgarisateurs que vous suivez régulièrement) il subsiste quelques équipes de chercheurs qui s’attachent à décrypter les mystères du quotidien et à répondre aux questions les plus fondamentales qui taraudent nos diencéphales.

Mieux encore, certaines parviennent même à publier leurs travaux dans les journaux les plus renommés, s’offrant par ce moyen une visibilité maximum.

L’étude que je vais vous présenter aujourd’hui est ainsi le résultat d’un pari fou et réussi : celui de publier en 2010 dans le célèbre journal Science, une analyse détaillée et rigoureuse du lapement d’un chat filmé en slow motion.

Science + Slowmotion + Chat (i.e mème internet potentiel) = une gigantesque perche tendue à Strange Stuff And Funky Things (et à OWNI).

Comment boire quand on ne peut pas pomper l’eau ?

S’il est vrai que tous les vertébrés terrestres ont un même besoin de boire, tous ne s’y prennent pas de la même manière. Ceux qui possèdent des joues complètes (comme les porcs, les moutons, les chevaux… et nous-mêmes) peuvent pomper l’eau jusqu’à leur bouche par succion et utilisent ensuite leur langue pour déglutir (à propos de succion, je ne peux m’empêcher de vous renvoyer à deux articles précédemment publiés sur les techniques de capture des poissons, avec des vidéos pour le moins impressionnantes).

Cependant, certains autres animaux, comme les chiens et les chats ont des joues incomplètes (ce que l’on appelle couramment des babines) qui ne leur permettent pas de fermer hermétiquement la bouche et rendent la succion impossible. Ceux-là sont obligés d’utiliser leur langue pour amener le liquide dans leur bouche, de manière plus ou moins élégante.

On notera d’abord l’exemple du chien qui replie sa langue en arrière et l’utilise comme une cuillère, occasionnant les éclaboussures et renversement de gamelle que l’on connait.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Boire avec sa langue technique n°1 : le chien

Le chat quant à lui, a une technique beaucoup plus subtile et intrigante, jouant sur la mécanique des fluides et nécessitant une fréquence de lapement calibrée en fonction de la masse de l’animal. Regardez:

Cliquer ici pour voir la vidéo.

(source : Reis et al, Science 2010)

En quelques millisecondes (fréquence moyenne de lapement chez le chat adulte f = 3.5±0.4 coups de langue /sec), la pointe de la langue vient toucher la surface (sans aller plus loin) et en remontant, lève une petite colonne de liquide sur laquelle le chat referme la bouche. L’image G illustre le fait que la partie de la langue qui touche le liquide est dépourvue de papilles filiformes (ces petits picots qui lui donnent sa rugosité), ces dernières ne sont donc pas impliquées dans le processus.

Mais comment le chat fait-il pour lever une mini-colonne de liquide sans plonger sa langue à l’intérieur? Les auteurs ont étudié la question en recréant un modèle mécanique de lapement à l’aide d’un disque de verre (matériau hydrophile) touchant une surface liquide puis remonté à vitesse ajustable.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

(source : Reis et al, Science 2010)

En résumé, voici comment se déroulent les événements. Tout d’abord lorsqu’ils entrent en contact, le liquide va mouiller la langue (ou le disque de verre) c’est à dire qu’il va y adhérer. Lorsque la langue remonte, elle tire le liquide et lui donne sa vitesse ascendante initiale, donc de l’énergie cinétique. Le liquide monte à son tour en formant une colonne pour laquelle deux phénomènes antagonistes s’affrontent : le poids de la colonne, qui augmente avec sa masse à mesure qu’elle s’agrandit et tend à la faire chuter, et d’autre part son inertie, qui tend à préserver le mouvement initial impulsé par la langue. La colonne conserve donc une vitesse orientée vers le haut tant que son énergie cinétique n’a pas été totalement convertie en énergie potentielle de pesanteur (c’est-à-dire, tant que l’accélération gravitationnelle n’a pas annulé sa vitesse initiale). Lorsque ce moment arrive, elle cesse de s’élever, et la gravité, qui continue bien entendu d’agir, la fait s’effondrer… à moins que le chat ne referme sa bouche avant pour happer le liquide.

Tout le talent de la bête réside alors dans le choix d’une hauteur où placer sa bouche au dessus de l’eau et le maintient d’une fréquence de lapement optimale pour faire s’élever rapidement des colonnes de liquide suffisamment larges pour étancher sa soif. Forts de leurs conclusions, les auteurs ont extrapolé avec succès la théorie aux autres félins (tigres, lions, guépards…) et ont montré que la fréquence de lapement dépend de la masse de l’animal. Ainsi, plus le chat est gros, plus il lapera lentement.

Références

Notes

  • Sirtin a aussi abordé le sujet.
  • Dans leur article, Reis et ses collaborateurs citent un vieux film de la Metro-Goldwyn-Mayer : Quicker’n a Wink. Je vous recommande chaudement ce court)métrage oscarisé de 1940 qui montre devinez quoi ? Un chat qui lape, filmé en slow motion (et plein d’autres choses).

    Cliquer ici pour voir la vidéo.

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http://owni.fr/2011/02/27/science-for-the-lulz/feed/ 8
VENDREDI C’EST GRAPHISM ! S01E16 http://owni.fr/2010/12/03/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s01e16/ http://owni.fr/2010/12/03/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s01e16/#comments Fri, 03 Dec 2010 10:00:41 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=37749 Bonjour toutes et tous :-)

Ici Geoffrey et je vous présente aujourd’hui le 16e épisode de “Vendredi c’est Graphism!”. C’est donc reparti avec une revue de la semaine remplie d’images avec notamment : l’identité visuelle de la Hadopi, enfin diffusée, avec également un nouveau concept d’interface tout en papier, ou encore avec  une série d’affiches WTF de très bon goût ;-) On aura aussi l’occasion de se pencher sur un travail très élégant mélangeant pixel-art et papier ou encore un extraterrestre dans un appartement.. Wouw ! Bonne lecture !

On commence donc notre revue de la semaine avec  un document qui a été révélée avant-hier. Il s’agit de la charte graphique de la Hadopi qui a été publiée ! On se rappelle bien des histoires rocambolesques qu’il y avait eu avec le tout premier logo, puis le second, bref, aujourd’hui Numerama publie la charte graphique réalisée pour la Hadopi. Une charte très classique mais toujours intéressante à éplucher quand on s’intéresse au graphisme et au branding corporate.

On découvre donc la tête du courrier que les « méchants pirates » recevront, mais aussi le graphisme de l’enveloppe, de la carte de visite des représentants de la Hadopi, les choses « à ne pas faire » avec le logo, ou encore l’iconographie utilisée pour l’image de marque.

Voici d’ailleurs quelques extraits :

source

Toujours cette semaine, j’ai découvert un travail vraiment intelligent d’une interface interactive sur papier. Les innovations relatives aux interfaces tactiles sont encore nombreuses mais la dernière que j’ai remarqué est une création de l’Université de Keio au Japon. Un groupe de recherche de cette université a donc développé une interface tactile qui utilise le papier comme point de contact et comme élément visuel. L’idée est donc de prendre la courbure de la surface de la feuille et de jouer avec. Voilà ce que ça donne :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Après cette vidéo, on enchaîne avec la suite tant attendue de la série d’illustrations “WTF?”. Cette série graphique est réalisée par la société de design créatif “Estudio Minga” qui, au départ avait conçu ces affiches comme des blagues… Et comme souvent, la blague a pris une ampleur plus importante !  Ces illustrations minimalistes ont pour thème le “What de Fuck ?” ou la situation absurde, le n’importe quoi. Je vous laisse découvrir :

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Cette semaine fut également pour nous l’occasion de découvrir la grande avancée de Google Earth 6. Le virtuel a réellement fait un pas en avant avec cette nouvelle version de Google Earth. Cette fois, on peut découvrir les forêts (avec une cinquantaine d’espèces d’arbres pour l’instant..) ou encore le travail très important qui a été réalisé pour les transitions entre la 2D et les buildings en 3D. Un sacré travail donc :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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C’est l’image gag de la semaine qui aura fait rire les graphistes , j’en profite donc pour faire un petit extra et vous la présenter :

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Ce vendredi c’est aussi l’occasion de vous partager un travail graphique tout en bande dessinée avec le travail de la talentueuse et charmante Ruth Afrita, une jeune designeuse de Singapour qui a réalisé cette série de création en papier découpé sur Scott Pilgrim. Le résultat est coloré, précis, très dynamique, à l’image de Scott Pilgrim donc ;-)

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On termine cette semaine de Vendredi c’est Graphism avec un bon WTF qui m’aura fait rire il s’agit tout simplement du premier extraterrestre et de sa soucoupe volante… Humm !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Pour finir notre revue de la semaine je vous invite à partager vos news, vos attentes, vos envies dans les commentaires de cet article et pourquoi pas, m’envoyer vos actus à diffuser ici :-) Soyez sages et ouvrez grand les yeux !

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http://owni.fr/2010/12/03/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s01e16/feed/ 7
De Roméo et Juliette à Chatroulette http://owni.fr/2010/09/13/de-romeo-et-juliette-a-chatroulette/ http://owni.fr/2010/09/13/de-romeo-et-juliette-a-chatroulette/#comments Mon, 13 Sep 2010 09:00:29 +0000 Alain François http://owni.fr/?p=27855 Attention : page très légèrement, mais vraiment très légèrement  misanthrope…

Croyez-moi, le problème de tous ces gens numériquement connectés entre eux, c’est qu’ils ne se croisent plus, il n’y a plus de convivialité, plus de contact « humain », une véritable disparition du corps de l’autre !

Ben tiens ! Donc, moi, connecté depuis 1998, je suis un monstre froid, un ours asocial, coincé dans une sorte d’hibernation perpétuelle… fasciné par un écran lumineux animé par une altérité cybernétique… Bien sûr !

Dans la réalité, loin de ces prémâchés remâchés à longueur de conversation, aussi colportés par les médias que par des « gens de qualité », le réseau a littéralement fait exploser mon niveau de relation sociale, et m’a fait rencontrer de véritables amis, que je croise, tout ce qu’il y a de plus physiquement, autant de fois que possible malgré parfois notre grand éloignement géographique. Cette « connexion numérique » si néfaste m’a permis de renouer des contacts chaleureux avec d’antérieures connaissances que l’ancienne manière de vivre m’avait malheureusement fait perdre de vue… Et pour parler du pire des diables, j’ai découvert grâce à Facebook que je partageais beaucoup avec des gens que je croisais dans des soirées, dans mon quartier, alors que nous n’aurions jamais pu nous parler à cause d’ancestraux codes sociaux, d’uniformes claniques et autres préjugés variés qui empêchaient naguère deux personnes apparemment très différentes de simplement s’adresser la parole… Ha, ce barbare monde prénumérique ! Mais ça ne m’intéresse pas plus que ça de contrarier l’idée reçue, mais plutôt d’en profiter pour pointer un fantasme, voire une véritable mythologie du « contact humain ».

Car, pour notre joyeuse espèce, la distance des corps, et même l’absence du corps de l’autre commence avec le langage, et se termine avec l’écriture. C’est donc un très vieux drame déjà joué jusqu’à l’usure…

Cachez ce corps !

Oui, ce drame est déjà joué, anthropologiquement, lorsque le rapport sexuel se perd téléologique dans le dialogue amoureux qui « repousse les corps » dans des préliminaires infinis, comme dans la scène du balcon dans Roméo et Juliette, et plus encore, définitivement consommé, dans la scène de Cyrano qui utilise un autre corps, un « avatar » pour le représenter. Et comme chez Shakespeare, sur l’Internet, les romances se nouent par l’entremise du langage. Et comme chez Rostand, le corps en cache souvent un autre, à la manière de ses séducteurs/trices des sites de rencontre qui mentent sur leur corps, leurs âges, leur condition, et même leur sexe… ou à l’exact modèle de Christian (dans Cyrano), qui n’écrivent pas eux-mêmes.

Ce jeu-là, de la distance des corps, commence donc lorsque le langage se substitue à la confrontation physique, et l’Internet ne fait que continuer ce qui commence avec le moucharabieh, le paravent, la cloison et tout autre moyen d’occulter le corps au profit de la langue. Ce qu’ont déjà instauré en règle tous les supports de l’écriture et le papier si perfectionné qui permet enfin à Voltaire de séduire (ou d’être séduit par) une Tsarine, Catherine II de Russie, qu’il ne rencontrera pourtant jamais… Car cette distance, ici de la France à la Russie, est propice à l’épanouissement de la langue, et de l’un de ses enfants, l’érotisme, qui transforme les stratégies d’escamotage des corps en espace symbolique d’exacerbation du désir.

Oui, cet « Internet » si dangereux pour l’homme n’invente pourtant rien. Il ne colporte rien d’autre que l’écriture, la voix, l’image. C’est à dire toute chose humaine transmise à distance bien avant son invention…

Il semble que d’une seule prévenance, sur l’insupportable isolement des corps, on inscrive une confusion sur le rôle de notre corps dans la communication interpersonnelle. Le corps est « mal compris », car il est double, « corporel » dans une confrontation, combat ou sexe, et « simple apparence », une image donc, plate et manipulable image, dans à peu près toutes les autres situations, et surtout dans toutes les relations sociales. Ainsi, encore chez Cyrano, ce que donne Cyrano à l’amour, c’est son esprit, bien, mais ce que donne Christian, dans le cadre de leur contrat, ce n’est pas son corps (qui restera vierge), mais son apparence, car c’est cette apparence « qualifiée » que réclame la superficielle Roxane ! De la même manière, l’amour de Roméo et Juliette est basé sur une séduction esthétique mutuelle, et ne deviendra un commerce des corps, paradoxe, que dans la mort. Comme si le corps n’existait pour nous que dans l’amour et la mort. Mais la vie humaine est majoritairement sociale, et est-il nécessaire de revenir sur la dimension purement théâtrale de la scène sociale ? Théâtrale, c’est-à-dire factice… Ce n’est pas tant la qualité de « présence » du corps, qui compte alors, que les attributs symboliques qu’il exhibe, et qui sont lisibles par tous les acteurs sociaux, « clairement lisibles » et même attendus. Et ces attributs, par leur charge symbolique, sont déjà des remparts qui mettent le corps à distance. Le costume-cravate est signe et carapace, c’est évident, mais même l’étui pénien traditionnel, en Papouasie, qui semble pourtant souligner plus que cacher, transforme l’organe sexuel masculin en « signe » et donc efface sa présence organique.

La communication interpersonnelle « sans corps » n’est pas traumatique, comme semble le sous-entendre la rumeur, mais parfaitement habituelle, ontologique à la nature même de la communication humaine, c’est-à-dire aux relations sociales.

Ce balcon en métaphore….


Le balcon de Juliette : un dispositif audiovisuel
Le balcon de Roxane : une virtualisation du rapport amoureux.

Entre le sol de la cour et le balcon, l’espace du langage, en haut du balcon, l’étreinte… c’est donc bien la distance qui permet à la langue (au fantasme) de s’épanouir, ou inversement, c’est la distance des corps qui « oblige » à la stratégie de la langue… Roméo franchit l’espace qui le sépare de Juliette, c’est-à-dire qu’il franchit l’abime de la langue, qui est aussi la frontière sociale entre les deux familles pour accéder au corps de Juliette et donc détruire cette langue qui les sépare… De la même manière, les amants « Internet » transgressent les interdits familiaux, en parcourant parfois des distances énormes pour se retrouver physiquement et fuir ensemble… le langage est cette distance qu’il faut parcourir pour accéder au corps interdit, et ça « fonctionne » quel que soit le moyen de transporter le message.

[J'ai été stupéfait de découvrir, en faisant une recherche iconographique sur le balcon, que les artistes ont quasi systématiquement illustré les deux scènes, de Roméo et Juliette ou de Cyrano, en représentant la confrontation des corps, enlacements et baisers, ce qui est un presque contresens pour ces deux grandes histoires de frustration !]

Chat vidéo, balcon métaphorique…

…qui permet d’enjamber (sic !) des distances-temps inédites. Ce qui est amusant, c’est que ce méjugement de l’Internet s’accentue paradoxalement lorsque le corps « parait », c’est-à-dire lorsqu’il y a usage de la webcam, ou chat vidéo, alors même qu’on déplorait l’absence du corps. Bien sûr le corps n’est toujours pas présent, mais son image oui, et l’image du corps c’est pourtant ce « minimum » qui sert notablement à augmenter la quantité d’information d’une relation interpersonnelle… Dans l’échange épistolaire, il manque parait-il les « réactions physiques » de son interlocuteur. Et bien, branchez votre webcam, et découvrez comment la vision du corps de votre interlocuteur n’apporte pas toujours ce qu’on espère, et souvent, s’avère plus troublant, parasitant, gênant qu’autre chose. En fait, tout le monde a expérimenté ça, le « chat vidéo », à l’arrivée de l’ADSL, et qui connait quelqu’un l’ayant adopté comme pratique régulière ? Dire qu’Apple tente de nouveau d’en faire un argument marketing !

Pourquoi donc ? Si la présence des autres nous manque tant que ça, pourquoi préférons-nous parfois un échange d’email plutôt qu’un rendez-vous avec quelqu’un habitant dans notre quartier (ou dans le bureau d’à côté) ? Pourquoi les adolescents se pressent-ils de se quitter « physiquement » pour se retrouver sur MSN, ou maintenant sur Facebook ? Ce qui est intéressant à interroger, ce n’est donc pas tant cette soi-disant « virtualisation » des rapports humains, soi-disant nouvelle, et soi-disant problématique, mais les usages réels, et le sens qu’ils ont. Car nous ne sommes pas en présence d’une technologie dont nos rapports humains seraient « victimes » (sensé détruire quelque chose de l’homme) mais plutôt d’un outil dont nous usons de manière volontariste tout aussi bien pour mettre en relation des esprits à distance que pour la mise à distance du corps de l’autre… Et pourquoi ? Pour notre plus grand confort ! Après tout, inversons la proposition des geignards : les corps des autres nous manquent tant que ça ? À part pour les relations amoureuses, qui ne remplissent malheureusement pas notre vie, à part pour quelques soirées amicales choisies et qu’on espère bonnes, désirons-nous tant que ça la présence des autres ? Ces gens qui se plaignent que nous ne nous « croisions plus » veulent donc vivre dans une rame de métro ? C’est bizarre, parce que dans les rames de métro, les gens ont rarement l’air très épanoui… Et ce visible manque d’épanouissement, cette gêne de la promiscuité obligée, est justement ce qui rend grandement inaudible le discourt des écologistes sur les transports en commun, car qui échappe au transport en commun ne veut y retourner pour rien au monde !

La présence « continuelle » du corps des autres se termine toujours mal ! Voir les expériences d’isolement pour simuler la vie dans l’espace, et la version simulacre dans les téléréalités dont les caméras attendent de manière perverse que les corps se mêlent (le sexe) ou s’étripent (le conflit)… Ces deux situations étant, pour le producteur de téléréalité, parfaitement équivalentes. La « chaleur humaine » est une utopie. Tous les systèmes d’échange symbolique à distance servent à mettre les corps à distance. Donc, suppriment les possibilités immédiates de s’entretuer et construisent les sociétés, et parmi tous les dispositifs, le premier d’entre eux, le langage… Je suis persuadé que ceux qui ont si peur que « les gens ne se croisent plus » sont très contents d’avoir pour eux des espaces d’intimité aussi bien physique (présence) que symbolique (regard), des moments de mise à distance du corps si encombrant des « autres ». Car la société, mais aussi la famille, comme le bureau, et tout lieux d’intense rencontre interpersonnelle, ne sont pas des paradis, paradis, d’ailleurs, tient ! presque toujours représenté désertique…

Ont-ils donc tous tort de vouloir nous forcer à nous rencontrer ?

Bon, ok, la rencontre a bien une validité (apporte une plus-value) à une certaine échelle sociale, une échelle toute petite, qui dessine une quantité de fréquentations acceptables assez faible, même si cette quantité est variable en fonction des individus. Mais le développement des moyens de communication à distance est corrélé à la croissance des sociétés, et distance et vitesse ne font que répondre à l’enjeu de ce développement. Dans ce monde global, totalement développé, totalement déplié, il fallait une prothèse qui efface les distances, au point d’effacer même le temps. Tous ceux qui pratiquent depuis longtemps les communications numériques savent très bien qu’elles n’interdisent pas les rencontres, que c’est une bêtise de croire ça, et même qu’elle en provoque de nouvelles, comme il est écrit que je rencontrerais certains de mes amis Facebook dont je ne connaissais même pas l’existence il y a peu. Mais ces rencontres restent rares, car elles doivent être rares, car analogiques, et donc lourdes et lentes…

Le véritable problème posé par ces communications n’est ni la distance des corps, ni l’absence de rencontre, mais la vitesse, la vitesse qui abolit les distances, et permet une explosion de sollicitation ! C’est la quantité, directement née de la vitesse, qui pose un véritable problème de traitement de l’information à nos pauvres petits cerveaux, et non la nature « numérique » de ces communications. La communication numérique n’est pas un problème en soi, mais une solution à une situation globalisante qui pose un problème inédit à cause de sa trop grande performance.

À chaque nouveau problème, une solution…

Solution qui apparait parfois avant même que le problème ne soit clairement formulé. Ainsi, pourquoi Facebook dévore-t-il le Net ? Car le Net est sans structure, horizontalité brute à l’échelle du monde, et c’est une échelle qui nous dépasse. Facebook rétrécit le réseau à un groupe de « proche », et canalise les informations qui arrivent du grand web par le filtre des goûts et choix des « amis », de proche en proche, et la communication, redevenant « virale », comme de village en village, perd sa dimension « globale » pour redescendre à une dimension humaine. Facebook est un rétrécissement du réseau mondial qui nous excède trop, car hors d’échelle à l’aune de nos capacités cognitives et sociales, et c’est pour ça que Facebook est si confortable, si « chaud », là ou le web est si froid… Ce que personne ne dit jamais ! Mais si le réseau Internet parait beaucoup plus « froid », il est infiniment plus libre, varié et vaste, comme l’océan… Et de la même manière que tout groupe social oblige à respecter des codes, refréner ses pulsions, et donc brime les libertés individuelles, Facebook n’est pas un lieu libre, mais policé, voir policier. Pour se « rencontrer » dans un lieu pacifier, Facebook réinvente un balcon pour tous, d’une simplicité enfantine, à l’échelle de l’organe sociale de notre cerveau, et ça fonctionne ! À quel prix ? La liberté d’expression.

Heureusement, pour la liberté, il y a [encore] l’océan…

Billet initialement publié sur Détresse visuelle, un blog de Culture visuelle

Image CC Flickr Bikerock

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Vincent, par Tim Burton [fr] http://owni.fr/2009/09/24/vincent-par-tim-burton-fr/ http://owni.fr/2009/09/24/vincent-par-tim-burton-fr/#comments Thu, 24 Sep 2009 18:00:14 +0000 Admin http://owni.fr/?p=3890 Cliquer ici pour voir la vidéo.

Un petit film d’animation du grand Tim Burton, dans lequel on retrouve ce qui fait l’intérêt de son univers : enfance, film d’horreur, créatures informes, angoisse aussi, un peu.

Dans la version originale, c’est Vincent Price, l’homme dur rire effrayant à la fin du Thriller de Michael Jackson, qui fait le narrateur :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Enjoy !

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